mardi 25 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2500518 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | SOUTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 février 2025, M. C A, représenté par Me Souty, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent d'effacer son signalement dans le fichier des personnes recherchées et le système d'information Schengen, et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros hors taxes à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ou, à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Il soutient que :
- l'auteur de la décision est incompétent ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'existence d'une menace à l'ordre public ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegardes des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Maritime, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 14 février 2025, ont été entendus :
- le rapport de Mme B,
- les observations orales de Me Montreuil, substituant Me Souty, représentant M. A ; il conclut aux mêmes fins que la requête et soutient que l'existence d'une menace à l'ordre public n'est pas établie, dès lors que le requérant conteste avoir commis les faits à l'origine de son interpellation du 24 janvier 2025 et qu'aucune pièce n'est produite pour l'établir ; que le requérant avait entamé des démarches pour solliciter l'abrogation de l'obligation de quitter le territoire français qui le vise, décision qu'il n'avait pu contester à temps ;
- les observations de M. A, qui admet avoir été placé en garde à vue le 24 janvier 2025 à la suite d'un différend avec un avocat mais ne reconnait pas avoir commis les faits de rébellion et de menaces dont il est accusé ; il précise qu'il est convoqué à une audience devant le tribunal judiciaire pour ces faits ; il indique avoir été confié à l'aide sociale à l'enfance, n'avoir pas de famille en France, et indique qu'il travaille sans être déclaré afin de subvenir à ses besoins.
Le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 2 mai 2002, est entré en France en 2018 selon ses déclarations, et a fait l'objet d'un arrêté notifié le 22 mai 2023 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Il a été interpellé par les services de police le 24 janvier 2025. Par l'arrêté contesté du 25 janvier 2025, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions précitées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté n°23-065 du 18 avril 2023, régulièrement publié, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à M. Philippe Leraitre, secrétaire général aux affaires régionales, à l'effet de signer, notamment, la décision litigieuse durant les services de permanence du corps préfectoral. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 612-7 de ce code. Il fait état de la situation personnelle et familiale du requérant. Il mentionne également les considérations de fait qui constituent le fondement de la décision en indiquant notamment que le requérant a fait l'objet d'un arrêté du préfet de la Seine-Maritime refusant son admission au séjour et portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours notifié le 22 mai 2023 et qu'il s'est maintenu sur le territoire français. Il précise également que M. A a été interpellé par les services de police le 24 janvier 2025 pour des faits de rébellion, menace de commettre un délit, et non-respect d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté, ainsi que celui tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle,
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
7. Si M. A admet avoir été placé en garde à vue le 25 janvier 2025 et être convoqué devant un tribunal pour des faits survenus lors d'une altercation avec un avocat, il conteste avoir commis les faits de rébellion et de menaces de commettre un délit sur des personnes mentionnés par le préfet dans l'arrêté attaqué. Le préfet de la Seine-Maritime, qui n'a pas produit d'observations ni de pièces en défense, n'apporte aucun élément de précision sur la nature et la gravité des faits reprochés à l'intéressé. A cet égard, la seule circonstance que M. A ait été placé en garde à vue ne permet pas d'établir la matérialité de ces faits. En l'état du dossier, il n'est pas donc pas établi, contrairement à ce qu'a indiqué le préfet dans l'arrêté attaqué du 25 janvier 2025, que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public.
8. Toutefois, M. A ne conteste pas avoir fait l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français notifiée en mai 2023, et précise que celle-ci n'ayant pu être contestée en temps utile du fait d'une erreur des services de l'aide sociale à l'enfance lors de son changement d'adresse, il a entamé des démarches en vue d'en solliciter d'abrogation. Le requérant précise qu'il entend solliciter cette abrogation au motif qu'il dispose de nouveaux documents d'état civil permettant de justifier de son identité, alors que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé était lié à l'insuffisance de ses documents d'état civil. Cependant, il est constant que le requérant s'est maintenu sur le territoire français après la notification d'un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français notifié le 22 mai 2023. M. A, qui n'a pas sollicité l'annulation de cet arrêté, n'allègue pas que cet arrêté ne lui aurait pas été notifié à la dernière adresse connue de l'administration. Par suite, alors même que M. A indique, sans l'établir au demeurant, avoir entamé des démarches afin de solliciter l'abrogation de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, il entrait dans le cas prévu à l'article L. 612-7 dans lequel l'autorité administrative édicte une interdiction de retour sur le territoire français, sauf circonstances humanitaires. En l'espèce, M. A est dépourvu d'attaches familiales en France. Il ne démontre pas être totalement dépourvu d'attaches dans son pays d'origine alors qu'il a indiqué que sa mère et ses deux sœurs y résident, selon les termes de l'arrêté attaqué. Il ne produit aucun document, à l'exception d'une attestation d'un responsable d'un club sportif, de nature à établir son insertion sociale ou professionnelle sur le territoire français. Dans ces conditions, alors même que M. A indique avoir l'intention de solliciter l'abrogation de la mesure d'éloignement, il ne justifie pas de circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Il résulte ce qui précède que le préfet de la Seine-Maritime aurait pris la même décision, au vu de la situation personnelle de M. A et de l'absence de circonstances humanitaires, s'il ne s'était pas fondé sur le motif, qui n'est pas établi, tiré de ce que le comportement M. A constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. En quatrième lieu, si M. A soutient vivre en France depuis 2018, il n'établit pas la continuité de son séjour sur le territoire. Il ne dispose pas de logement propre et ne démontre pas son insertion sociale ou professionnelle. Il n'a pas de famille sur le territoire français. Par suite, en édictant une interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté attaqué a été pris. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté, de même que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cet arrêté sur sa vie privée et familiale.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux du 25 janvier 2025 du préfet de la Seine-Maritime. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Souty, et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.
La magistrate désignée,
Signé
C. B
La greffière,
Signé
C. Dupont
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Signé
C. Dupont
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026