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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2500693

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2500693

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2500693
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°./ Par une requête enregistrée le 7 février 2025 sous le n° 2500557, Mme D C, représentée par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme C soutient que :

La décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit ;

- a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur de droit ;

- a été prise en méconnaissance des stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

L'obligation de quitter le territoire français :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut de base légale dès lors que le refus de titre de séjour est lui-même entaché d'illégalité ;

- a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur de droit ;

- a été prise en méconnaissance des stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'un défaut de base légale du fait de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en production de pièces enregistré le 19 février 2025 et un mémoire en défense enregistré le 21 février 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.

II°./ Par une requête enregistrée le 14 février 2025 sous le n° 2500693, Mme D C, représentée par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au Tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme C soutient que la décision contestée :

- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue ;

- est entachée d'un défaut de base légale compte tenu de l'illégalité de l'arrêté du 17 octobre 2024 ;

- a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 24 février 2025, ont été entendus le rapport de Mme Jeanmougin, magistrate désignée, et les observations de Me Lechevalier, pour Mme C, qui reprend ses conclusions et moyens, le préfet de la Seine-Maritime n'étant présent ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience, en application des dispositions de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, de nationalité ivoirienne, demande au tribunal d'annuler, d'une part, par sa requête n° 2500557, l'arrêté du 17 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination et, d'autre part, par sa requête n° 2500693, l'arrêté du 13 février 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence.

2. Les requêtes n°s 2500557 et 2500693 sont présentées par la même requérante, posent des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire dans l'instance n° 2500693.

Sur le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, l'arrêté en litige indique les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, notamment les conditions d'entrée et de séjour en France de Mme C, sa situation familiale et l'absence de preuve qu'elle pourrait encourir des traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine. Elle est donc suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le préfet de la Seine-Maritime dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

6. En troisième lieu, il résulte des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'elles garantissent le droit des personnes au respect de leur vie privée et familiale. Ces stipulations n'imposaient nullement au préfet de la Seine-Maritime de procéder à un examen distinct du droit au séjour de la requérante au titre de sa vie privée, d'une part, et de sa vie familiale, d'autre part. La décision en litige n'est, dès lors, entachée d'aucune erreur de droit.

7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée régulièrement en France en septembre 2017 à la seule fin d'y poursuivre des études, lesquelles ont été interrompues en mai 2019 à la suite d'un accident de circulation subi par l'intéressée, qui n'a cependant pas validé son diplôme à l'issue de l'année universitaire 2021-2022 pendant laquelle elle était inscrite en 5ème année à l'ESG Finance. Mme C, qui n'apporte aucune pièce justifiant son échec, n'établit aucune perspective d'insertion professionnelle. Si elle est pacsée depuis octobre 2023 avec un compatriote, M. B A, dont elle a eu deux enfants nés en France en septembre 2019 et février 2023, M. A fait également l'objet d'une mesure d'éloignement dont l'illégalité n'est pas démontrée. Le couple ne dispose pas de logement autonome. M. A fait preuve d'une insertion professionnelle depuis février 2022 comme laveur automobile mais n'établit ni être entré régulièrement en France ni disposer d'une autorisation de travail. Il n'est pas démontré que les enfants de Mme C ne pourraient pas bénéficier d'un suivi médical en cardiologie en Côte-d'Ivoire ni qu'ils ne pourraient pas poursuivre ou entamer dans ce pays leur scolarité. Le couple n'est pas dépourvu de toute attache dans le pays d'origine commun où résident leurs familles. La situation personnelle et familiale de Mme C ne présente dès lors pas de caractère humanitaire ou exceptionnel. La décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, eu égard aux buts poursuivis, ne porte donc pas une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et ne méconnaît pas l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs. Par suite, elle n'a été prise en méconnaissance ni des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni de celles de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation de Mme C doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision contestée, de l'erreur de droit, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4, 6 et 7 du présent jugement.

9. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé à Mme C n'est pas entaché d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit dès lors être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle et familiale de Mme C est écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 du présent jugement.

11. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé à Mme C ainsi que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ne sont pas entachées d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit dès lors être écarté.

Sur l'assignation à résidence :

12. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C a été entendue par les services de police le 13 février 2025 et qu'elle a été mise à même, à cette occasion, de faire valoir les observations qu'elle souhaitait sur la perspective de son assignation à résidence. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit donc être écarté.

13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'arrêté du 17 octobre 2024 n'est pas entaché d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.

14. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait assigné Mme C à résidence en se croyant lié par l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Si l'intéressée établit être enceinte depuis novembre 2024, aucune pièce ne démontre que son état rendrait difficile un déplacement deux fois par semaine à 11 h 15 dans les locaux de la police aux frontières du Havre, commune dans laquelle elle réside. Mme C ne conteste pas n'avoir pas remis aux services de police un passeport en cours de validité et n'allègue pas avoir organisé son départ par ses propres moyens. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur de droit doivent donc être écartés.

15. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation est écarté pour les motifs indiqués aux points 7 et 14 du jugement.

16. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est fondée à demander l'annulation ni de l'arrêté du 17 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ni de l'arrêté du 13 février 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire dans l'instance n° 2500693.

Article 2 : Le surplus de la requête 2500693 et la requête n° 2500557 sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

La magistrate désignée,

Signé :

H. JEANMOUGINLa greffière,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2500557, 2500693

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