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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2501479

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2501479

mardi 29 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2501479
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantBERTRAND

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. A D, ressortissant tunisien, qui contestait l'arrêté du préfet de l'Eure du 4 mars 2025 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, et prononçant une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, le défaut de motivation, et l'erreur manifeste d'appréciation, en se fondant sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et l'accord franco-tunisien. La solution retenue confirme la légalité de l'arrêté préfectoral, le juge estimant que la situation de l'intéressé ne justifiait pas une admission exceptionnelle au séjour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées le 31 mars, le 19 mai et le 8 juin 2025, M. B A D, représenté par Me E, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2025 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une carte de séjour temporaire, ou de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus d'admission au séjour :

*est entachée d'incompétence ;

*est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

*est entachée d'incompétence ;

*est insuffisamment motivée ;

*est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour ;

*est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

- la décision refusant un délai de départ volontaire :

*est entachée d'incompétence ;

*est insuffisamment motivée ;

*méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

*est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

*est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

*est entachée d'incompétence ;

*est insuffisamment motivée ;

*est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant un délai de départ volontaire ;

*méconnaît les articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2025, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 avril 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 juillet 2025 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Armand,

- et les observations de Mme E, représentant M. A D.

Le préfet de l'Eure n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant tunisien né le 23 avril 1988, est entré le 3 octobre 2008 sur le territoire français, muni d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour et s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", renouvelée le 28 octobre 2009 pour une durée d'un an, dont il a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 25 février 2011, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande et a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français. A la suite de l'interpellation de ce dernier pour des faits de conduite sans permis de conduire et par arrêté du 19 mars 2012, le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le 2 septembre 2014, M. A D a sollicité, du préfet du Nord, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par un arrêté du 17 février 2015, le préfet du Nord a rejeté cette demande. Le 1er août 2016, l'intéressé a sollicité, du préfet de l'Eure, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code précité alors en vigueur. Le préfet de l'Eure a rejeté cette demande le 8 septembre 2016. Par un jugement n° 1603114 du 6 février 2018, le tribunal administratif de Rouen a annulé cette décision et enjoint au préfet de l'Eure de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A D. Le 11 octobre 2022, ce dernier a une nouvelle fois sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 5 avril 2023, le préfet de l'Eure a procédé au " classement sans suite " de cette demande. Cette décision a été annulée par un jugement n° 2301542 du 24 novembre 2023 du tribunal administratif de Rouen, qui a enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la demande de titre de séjour de l'intéressé. Dans le cadre de ce réexamen, le préfet de l'Eure, par un arrêté du 4 mars 2025, a rejeté la demande d'admission au séjour de M. A D, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, par arrêté du 13 décembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, librement consultable par les parties sur son site internet, M. C F, chef du bureau des migrations et de l'intégration, a reçu délégation du préfet de l'Eure à l'effet de signer tous arrêtés dans le cadre des attributions de son bureau. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En second lieu, les décisions attaquées énoncent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, permettant ainsi au requérant d'en contester utilement les motifs. Elles sont donc suffisamment motivées. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur la décision de refus d'admission au séjour :

4. Si M. A D réside en France depuis plus de seize ans et exerce la profession de chauffeur-livreur sous contrat à durée indéterminée, il ne justifie pas détenir un permis de conduire lui permettant d'exercer cette profession. En outre, l'intéressé est célibataire et sans charge de famille et n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et sa fratrie et dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant son admission au séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Il s'ensuit que le moyen ne peut être accueilli.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.

6. En second lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de cette illégalité soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A D n'a pas exécuté les mesures d'éloignement prises à son encontre en 2011, 2012 et 2015. Le risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet peut donc être regardé comme établi. Par suite, et en l'absence de circonstances particulières, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du 5° de l'article L. 612-3 du même code doit être écarté.

9. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.

10. En dernier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de cette illégalité soulevé à l'encontre de la décision refusant un délai de départ volontaire doit être écarté.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, la décision refusant un délai de départ volontaire n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de cette illégalité soulevé à l'encontre de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 8, le préfet de l'Eure n'a pas méconnu les dispositions précitées en interdisant le retour sur le territoire français de M. A D pour une durée de deux ans.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et tendant à la prise en charge des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Van Muylder, présidente,

- M. Armand, premier conseiller,

- Mme Favre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2025.

Le rapporteur,

Signé

G. ARMAND

La présidente,

Signé

C. VAN MUYLDERLe greffier,

Signé

J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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