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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2501625

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2501625

vendredi 3 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2501625
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantSYLVAIN BOUCHON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a annulé la décision du 25 mars 2025 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a retiré l'agrément d'accueillante familiale de Mme B.... La solution retenue est fondée sur l'insuffisance de motivation en fait de la décision, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le tribunal a jugé que la décision se bornait à citer des dispositions générales sans préciser les manquements concrets reprochés à l'intéressée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 avril 2025, Mme A... B..., représentée par Me Bouchon, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 25 mars 2025 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a retiré son agrément d’accueillante familiale ;

2°) d’enjoindre au conseil départemental de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge du département de la Seine-Maritime la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée en fait ;
- est entachée d’un vice de procédure dès lors que la convocation qui lui a été adressée le 21 janvier 2025 à la commission consultative de retrait ne contient ni le contenu de l’injonction préalable ni les motifs de la décision envisagée, en méconnaissance des dispositions de l’article R. 441-11 du code de l’action sociale et des familles ;
- est entachée d’un vice de procédure dès lors que le délai de trois mois prévu à l’article R. 441-9 du code de l’action sociale et des familles auquel renvoie l’article L. 441-2 du même code, n’a pas été respecté ;
- est entachée d’un détournement de procédure ;
- repose sur des faits matériellement inexacts et méconnaît les articles L. 441-1 et L. 441-2 du code de l’action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2025, le département de la Seine-Maritime, représenté par son président, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.


Par une ordonnance du 19 juin 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 17 juillet 2025 à 12 heures.

Mme B... a produit un mémoire, enregistré le 5 août 2025, postérieurement à la clôture de l’instruction et qui n’a pas été communiqué.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Armand,
- et les conclusions de Mme Aubert, rapporteure publique.


Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.


Considérant ce qui suit :

1. Mme B... a bénéficié d’un agrément d’accueillante familiale à titre onéreux pour l’accueil d’une personne âgée ou en situation de handicap de façon permanente à temps complet à compter du 7 février 2019. Son agrément a été étendu à deux personnes, le 3 août 2020, puis à trois personnes, le 5 octobre 2022. Par un courrier du 22 octobre 2024, l’intéressée a reçu une mise en demeure l’informant de dysfonctionnements constatés dans sa prise en charge des accueillis et l’invitant à présenter ses observations dans le délai de trois mois. Après que la commission consultative de retrait ait rendu, le 17 mars 2025, un avis favorable au retrait de l’agrément d’accueillante familiale de Mme B..., cet agrément lui a été retiré par une décision du président du conseil départemental de la Seine Maritime du 25 mars 2025, dont la requérante demande l’annulation.






Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / (…) 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; (…) ». L’article L. 211-5 du même code dispose : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ».

3. La décision du 25 mars 2025 retirant l’agrément d’accueillante familiale de Mme B..., qui vise les textes dont elle fait application, notamment les articles L. 441- 1 à L. 443-9 du code de l’action sociale et des familles, comporte l’énoncé des considérations de droit qui en constituent le fondement. En revanche, pour justifier les difficultés de Mme B... à exercer ses missions d’accueillante familiale de façon satisfaisante, la décision litigieuse se borne à reprendre les dispositions de l’annexe 3-8-3 du référentiel d’agrément des accueillants familiaux, notamment celles de la section 1 relatives aux aptitudes et aux compétences pour l’exercice de cette activité, sans indiquer, à tout le moins par quelques illustrations, en quoi l’intéressée n’a pas respecté ces exigences. La décision du 25 mars 2025, qui ne précise pas de manière circonstanciée les manquements commis par Mme B... dans l’exercice de ses missions, est donc insuffisamment motivée en fait. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration doit être accueilli.

4. En second lieu, aux termes de l’article R. 441-11 du code de l’action sociale et des familles : « Lorsque le président du conseil départemental envisage dans les conditions prévues à l'article L. 441-2 de retirer un agrément ou d'y apporter une restriction, il saisit pour avis la commission consultative de retrait en lui indiquant le contenu de l'injonction préalable et les motifs de la décision envisagée. Lorsque le président du conseil départemental envisage de ne pas renouveler un agrément, il saisit pour avis la commission consultative de retrait en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. L'accueillant familial concerné est informé un mois au moins avant la date de la réunion de la commission, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, des motifs de la décision envisagée à son encontre. Il est invité à présenter à la commission ses observations par écrit ou à en faire part lors de la réunion de la commission. Il peut se faire assister par deux personnes de son choix. La commission délibère hors de la présence de l'intéressé et des personnes qui l'assistent. »

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment du courrier du 21 janvier 2025 de convocation à la réunion de la commission consultative de retrait du 17 mars 2025, qui se borne à indiquer à Mme B... que le département de la Seine-Maritime « souhaite examiner précisément (sa) situation en rapport avec les différents dysfonctionnements constatés dans la prise en charge de la personne » accueillie, que l’intéressée ait été informée, un mois au moins avant la date de la réunion de la commission, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, des motifs de la décision de retrait d’agrément envisagée à son encontre. En outre, le département ne peut utilement faire valoir que ces motifs ont été précisés dans le courrier de mise en demeure adressé à la requérante le 22 octobre 2024 en application de l’article L. 441-2 du code de l’action sociale et des familles. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l’article R. 441-11 du code de l’action sociale et des familles doit également être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 25 mars 2025 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a retiré l’agrément d’accueillante familiale de Mme B... pour l’accueil de trois personnes âgées ou en situation de handicap de façon permanente à temps complet doit être annulée.


Sur les conclusions aux fins d’injonction sous astreinte :

7. Compte-tenu des motifs d’annulation retenus, et dès lors qu’aucun autre moyen n’est susceptible d’être accueilli, le présent jugement implique seulement que le département de la Seine-Maritime réexamine la situation de Mme B.... Il y a lieu de lui enjoindre d’y procéder dans le délai de quatre mois à compter de la notification du jugement.


Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge du département de la Seine-Maritime le versement à Mme B... d’une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




D E C I D E :




Article 1er : La décision du 25 mars 2025 du président du conseil départemental de la Seine-Maritime est annulée.



Article 2 : Il est enjoint au département de la Seine-Maritime de réexaminer la situation de Mme B... dans le délai de quatre mois à compter de la notification du jugement.



Article 3 : Le département de la Seine-Maritime versera à Mme B... une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.









Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au département de la Seine-Maritime.


Délibéré après l'audience du 19 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Van Muylder, présidente,
- M. Armand, premier conseiller,
- M. Cotraud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2025.

Le rapporteur,

G. ARMAND

La présidente,

C. VAN MUYLDER

Le greffier,






J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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