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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2502089

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2502089

jeudi 25 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2502089
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantHAIK

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. C..., ressortissant tunisien, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de l'Eure. Le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le préfet n'avait pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que le requérant ne justifiait pas du caractère sérieux de sa formation en apprentissage, d'une maîtrise suffisante du français ou de ressources stables. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L. 435-1, L. 435-3 et L. 423-23, ainsi que sur l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 26 avril 2025, et des pièces complémentaires enregistrées le
24 juin 2025, M. C..., représenté par Me Haik, demande au tribunal :

- d’annuler l’arrêté du 25 mars 2025 par lequel le préfet de l'Eure à refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

- d’enjoindre au préfet, dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cinquante euros (50 euros) par jour de retard, en application de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention « travailleur temporaire » sur le fondement de l’article L. 435-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou un titre de séjour temporaire mention « vie privée et familiale » sur le fondement des articles L. 423-23 ou L. 435-1 du même code ou de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

- ou à défaut, d’enjoindre au préfet, dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cinquante euros (50 euros) par jour de retard, en application de l’article L. 911-2 du code de justice administrative, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

- de condamner l’Etat à lui verser la somme de mille euros (1 000 euros) au titre des frais exposés pour sa défense en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :


- l’arrêté est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d’une erreur de fait et d’une erreur manifeste d'appréciation s’agissant du caractère sérieux de la formation suivie, de l’intégration professionnelle et de la perception de ressources ;
- il méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;



Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2025, le préfet de l’Eure conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.



Par ordonnance du 25 juin 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 10 juillet 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code du travail ;
- l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience ;

Le rapport de M. Baude, premier conseiller, a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissant tunisien né en 2006 à Gabès, Tunisie, est entré en France en 2022 selon ses déclarations. Il a été pris en charge par l’ASE le 14 novembre 2022. Il a sollicité la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-1, L. 435-3 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 25 mars 2025 par lequel le préfet de l’Eure a pris à son encontre une décision de refus de titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

L’arrêté attaqué vise notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et contient l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de l’Eure pour édicter les décisions contenues dans l’arrêté, et notamment le fait que M. C... ne justifie pas du caractère sérieux de sa formation par la voie de l’apprentissage, qu’il maîtrise difficilement le français, qu’il ne dispose pas de ressources stables et que son contrat d’apprentissage prendra fin en juillet 2025. Par suite, le moyen invoqué par M. B... tiré de de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

Aux termes de l’article 7 ter de l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne en matière de séjour et de travail, modifié par l'avenant du 19 décembre 1991 : « d) Reçoivent de plein droit un titre de séjour renouvelable valable un an et donnant droit à l'exercice d'une activité professionnelle dans les conditions fixées à l'article 7 : - les ressortissants tunisiens qui justifient par tous moyens résider habituellement en France depuis plus de dix ans, le séjour en qualité d'étudiant n'étant pas pris en compte dans la limite de cinq ans ; (…) ». Aux termes de l’article 7 quater de cet accord : « Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ». Aux termes de l’article 11 du même accord : « Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord (…) ». Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ». Aux termes de l’article L. 435-1 de ce code : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ».

Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile n’institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d’une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d’une activité salariée. Dès lors que l’article 3 de l’accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour en vertu d’une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d’une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l’article L. 435-1 à l’appui d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national, s’agissant d’un point déjà traité par l’accord franco-tunisien, au sens de l’article 11 de cet accord. Toutefois, si l’accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n’interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l’ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d’apprécier, en fonction de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation.

Par ailleurs, aux termes de l’article L. 435-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « A titre exceptionnel, l’étranger qui a été confié à l’aide sociale à l’enfance ou à un tiers digne de confiance entre l’âge de seize ans et l’âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l’année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d’origine et de l’avis de la structure d’accueil ou du tiers digne de confiance sur l’insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ».

Il ressort des pièces du dossier que M. C... est célibataire et sans enfant en France. Si M. C... fait valoir que son père résiderait régulièrement en France, celui-ci a toutefois déclaré n’avoir entretenu que des relations distantes avec son fils avant l’entrée sur le territoire français de celui-ci. La reprise de relations stables et durables entre eux depuis l’entrée en France de M. B... n’est pas établie. M. C..., dont la mère réside en Tunisie, n’avait ainsi pas tissé des liens personnels stables et durables en France à la date de la décision attaquée.

Par ailleurs si M. C... a été inscrit pour les années scolaires 2023 - 2024 et 2024 - 2025 au CFA interconsulaire de l’Eure pour préparer un CAP « production et services en restauration » et est titulaire d’un contrat d’apprentissage avec une entreprise de Louviers, il résulte de ses relevés de notes semestriels depuis 2023 qu’il maîtrise difficilement le français, qu’il a cumulé 21 heures d’absences injustifiées au premier semestre 2023 – 2024, 83 heures d’absences injustifiées au second semestre 2023 – 2024 et 32 h 45 d’absences injustifiées au premier semestre 2024 - 2025. Ces absences, outre qu’elles témoignent d’un manque caractérisé d’assiduité, ne permettent pas, une fois cumulées avec les absences justifiées, de regarder comme significatives et représentatives les moyennes, au demeurant assez faibles, de 11,28, 11,69 et 11,15 obtenues sur ces trois semestres. S’agissant des appréciations littérales portées par les enseignants de M. C..., plusieurs mettent en évidence de sérieuses difficultés. Par suite le caractère réel et sérieux de la formation suivie par M. C... n’est pas établi.

Il résulte de tout ce qui précède que la situation de M. C... ne constitue pas des circonstances humanitaires ou un motif exceptionnel de nature à justifier sa régularisation. De même il n’a pas tissé en France des liens personnels et familiaux tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ».

Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 6 et 7 du jugement, le moyen dirigé contre les décisions contenues dans l’arrêté du 25 mars 2025 et tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté, de même que celui tiré de l’erreur manifeste d'appréciation qu’aurait commise le préfet dans l’appréciation de la gravité des conséquences de sa décision sur la situation de M. C....
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté doivent être rejetées ainsi que, par conséquent, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article : La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l’audience du 11 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
M. Bouvet, premier conseiller,
M. Baude, premier conseiller,
Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2025.

Le rapporteur,

signé

F. –E. Baude
La présidente,

signé

GaillardLe greffier,

signé

H. Tostivint

La République mande et ordonne au préfet de l’Eure en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
S. Combes

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