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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2502226

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2502226

mardi 3 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2502226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantNIAKATE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a annulé la décision du 30 avril 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) avait mis fin aux conditions matérielles d'accueil de Mme B, une ressortissante guinéenne demandeuse d'asile. Le tribunal a jugé que le motif de cessation, fondé sur un défaut de présentation aux entretiens, n'était pas établi, car la non-présentation au second entretien résultait d'une erreur de l'association France Terre d'Asile dans l'envoi de la convocation. En conséquence, la décision a été jugée entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a également enjoint à l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil sous huit jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mai 2025, Mme A B, représentée par Me Niakate, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 30 avril 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) portant cessation des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle ou, titre subsidiaire, la même somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- la décision a été adoptée par une autorité dont il n'est pas justifié de la compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle ne peut être regardée comme en fuite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2025, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouvet comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, magistrat désigné ;

- les observations de Me Niakate pour Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- les observations de Mme B, assistée de Mme C, interprète en langue malinké.

L'OFII n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante guinéenne née le 29 avril 2002, a déclaré être entrée irrégulièrement en France le 10 janvier 2023. Elle a présenté une demande d'asile le 17 octobre 2024 et s'est vue octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le 30 avril 2025, le directeur territorial de l'OFII a édicté une décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil au motif de manquement à l'obligation de présentation aux autorités chargées de l'asile. Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".

5. Pour prononcer la cessation des conditions matérielles d'accueil accordées à la requérante, l'OFII a retenu que l'intéressée n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en ne se rendant pas, sans motif légitime, aux entretiens du 23 janvier 2025 et du 10 mars 2025. Il ressort toutefois des pièces du dossier, ainsi que des déclarations de Mme B à l'audience, que si celle-ci ne conteste pas ne pas s'être rendue à l'entretien du 23 janvier 2025 en raison, selon elle, d'une incompréhension de la procédure, sa carence à se présenter à l'entretien du 10 mars 2025 résulte d'une erreur commise par l'association France Terre d'Asile (FTDA) dans l'adressage du courrier de convocation à cet entretien, qui n'est jamais parvenu à Mme B. Cette circonstance est établie par le versement aux débats d'un courrier électronique de FTDA en date du 20 mai 2025, d'une attestation de la cheffe de structure de premier accueil des demandeurs d'asile du site d'Evreux en date du 27 mai 2025 ainsi que par des captures d'écran du logiciel de gestion du courrier utilisé par l'association. Ainsi, dans les circonstances très particulières de l'espèce, et quoique la carence à se présenter à l'entretien du 23 janvier 2025 soit avérée, Mme B ne pouvait être regardée comme ne respectant pas les exigences des autorités chargées de l'asile, au sens des dispositions citées au point précédent. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à son encontre, la décision du 30 avril 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil accordées à la requérante, encourt l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique le rétablissement des conditions matérielles d'accueil accordées à Mme B. Il y a lieu d'enjoindre à l'OFII d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII le versement de la somme de 1 000 euros à Me Niakate, avocate de Mme B, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle, et que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 30 avril 2025 du directeur territorial de l'OFII portant cessation des conditions matérielles d'accueil accordées à Mme B est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'OFII de procéder au rétablissement des conditions matérielles d'accueil accordées à Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Niakate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'OFII versera à Me Niakate, avocate de Mme B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme B, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Niakate et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2025.

Le magistrat désigné,

Signé :

C. BOUVET

La greffière,

Signé :

A. TELLIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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