Le Tribunal administratif de Rouen a annulé l'arrêté du 22 avril 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime refusait d'admettre au séjour M. A..., ressortissant algérien, et l'obligeait à quitter le territoire. Le tribunal a jugé que le préfet avait commis une erreur de droit en exigeant une assurance maladie pour délivrer un certificat de résidence "visiteur", condition non prévue par l'article 7 a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Seuls les moyens d'existence suffisants et l'engagement de n'exercer aucune activité professionnelle sont requis par ce texte. En conséquence, la décision de refus de séjour a été annulée, entraînant par voie de conséquence l'annulation de l'obligation de quitter le territoire et de la fixation du pays de destination.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 mai 2025 et 24 juillet 2025, M. B... A..., représenté par Me Merhoum-Hammiche, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 22 avril 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à lui verser au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A... soutient que :
les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire :
sont insuffisamment motivées ;
sont entachées d’un défaut d’examen réel et sérieux ;
méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
méconnaissent les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
méconnaissent les stipulations de l’article 7 a) de l’accord franco-algérien ;
méconnaissent les stipulations de l’article 6.5 de l’accord franco-algérien ;
sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation ;
la décision fixant le pays de renvoi :
est insuffisamment motivée ;
est illégale du fait de l’illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par courrier du 31 octobre 2025, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible, sur le fondement de l’article R. 611-7-3 du code de justice administrative, d’enjoindre d’office au préfet territorialement compétent de délivrer à M. A... un certificat de résident valable un an portant la mention « visiteur » dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
M. A..., représenté par Me Merhoum-Hammiche, a présenté des observations, enregistrées le 3 novembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Favre,
- et les observations de Me Derbali substituant Me Merhoum-Hammiche, représentant M. A....
Le préfet de la Seine-Maritime n’était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant algérien né le 13 octobre 1986, est entré sur le territoire français le 10 août 2024 muni d’un visa de long séjour valable du 22 juillet 2024 au 20 octobre 2024. Le 2 septembre 2024, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l’article 7 a) de l’accord franco-algérien. Par l’arrêté attaqué du 22 avril 2025, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d’existence suffisants et qui prennent l’engagement de n’exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d’usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention "visiteur" ; (…) » ;
Pour refuser de délivrer un certificat de résidence mention « visiteur » à M. A... sur le fondement des stipulations du a) de l’article 7 de l’accord franco-algérien, le préfet de la Seine-Maritime s’est fondé sur le motif qu’il ne justifiait pas de la possession d’une assurance maladie couvrant la durée de son séjour en France. Toutefois, il ne résulte pas de ces stipulations, ni d’aucune autre de l’accord franco-algérien, lequel régit d’une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, que le bénéfice du certificat de résidence mention « visiteur » serait subordonné à la détention d’une assurance maladie. Cette circonstance ne pouvait pas justifier le refus de titre contesté sur le fondement des stipulations de l’article 7 a) de l’accord franco-algérien qui conditionne la délivrance de ce titre aux seules conditions que l’intéressé justifie de moyens d'existence suffisants et prenne l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation. Par suite, M. A... est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime a méconnu les stipulations de l’article 7 a) de l’accord franco-algérien et a entaché la décision attaquée d’erreur de droit.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 22 avril 2025 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer à M. A... un certificat de résidence algérien doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
En raison du motif qui la fonde, l’annulation de l’arrêté attaqué implique seulement que la demande de M. A... soit réexaminée par le préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l’intéressé dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction de l’astreinte demandée.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu dans les circonstances de l’espèce de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. A... au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du 22 avril 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé d’admettre au séjour M. A..., l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la demande de M. A... dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L’Etat versera la somme de 1 000 euros à M. A... au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Van Muylder, présidente,
- M. Cotraud, premier conseiller,
- Mme Favre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2025.
La rapporteure,
L. FAVRE
La présidente,
C. VAN MUYLDERLe greffier,
J.-B. MIALON
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.