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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2502487

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2502487

mercredi 28 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2502487
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, rejette la requête de M. C, ressortissant tunisien, qui contestait l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 21 mai 2025 prolongeant d'un an son interdiction de retour sur le territoire français. Le tribunal écarte les moyens d’incompétence et d’insuffisance de motivation, puis juge que la mesure ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. Il retient notamment la précarité du séjour de l'intéressé, son défaut d’insertion sociale et professionnelle, et son passé judiciaire défavorable. La décision est fondée sur les articles L. 612-7, L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 mai et le 28 mai 2025, M. A C, représenté par Me Kreuzer, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 21 mai 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé pour une durée d'un an l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre ;

2) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

M. C soutient que l'arrêté :

* est entaché d'incompétence ;

* est insuffisamment motivé ;

* est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions des articles L. 612-7, L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de ses attaches en France et alors que sa demande d'asile est en cours de réexamen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu :

­ la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. E comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 28 mai 2025, présenté son rapport et entendu les observations orales de :

* Me Kreuzer, avocate commise d'office représentant M. C qui soutient que :

- il a une compagne depuis 2018 avec qui il vit, chez la fille de celle-ci, depuis le mois de mai 2025 ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de ses attaches en France.

* de M. C, sous couvert de l'interprétariat de M. B, interprète en langue arabe.

L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 15 heures 45, en application de l'article R.922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, né le 7 février 1985, est, selon ses dires, entré sur le territoire français en 2015. Une obligation de quitter le territoire français assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans a été adoptée à son encontre le 26 avril 2023, décisions auxquelles l'intéressé n'a pas déféré. Par arrêté du 21 mai 2025, le préfet de la Seine-Maritime a prolongé pour une durée d'un an l'interdiction de retour sur le territoire français aux motifs qu'il n'a pas exécuté la mesure d'éloignement, qu'il n'a effectué aucune démarche pour régulariser sa situation, qu'il ne justifie pas de sa résidence en France depuis 2015 ni y avoir fixé le centre des intérêts familiaux, personnels et professionnels, que célibataire et sans enfants il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale et que M. C ne prouve pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. M. C demande l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, Mme F D qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en date du 4 avril 2025, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision, prise après un examen particulier de la situation de M. C par le préfet de la Seine-Maritime est donc suffisamment motivée.

4. En dernier lieu, M. C, qui serait entré sur le territoire français en 2015, soutient qu'il y possède le centre de ses intérêts privés et familiaux, notamment sa compagne depuis 2018. Si la personne qui se présente comme sa compagne ainsi que la fille de celle-ci, chez qui le couple serait hébergé depuis le mois de mai 2025, était présente à l'audience, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé n'est entré en France qu'à l'âge de vingt ans après avoir toujours vécu dans son pays d'origine. Il ne justifie pas être particulièrement inséré socialement et professionnellement dans la société française. Tout au contraire, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans qu'il n'a pas exécutées ce qui conférait nécessairement un caractère précaire à son séjour. Par ailleurs, l'intéressé est défavorablement connu des services de police. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet de la Seine-Maritime du 21 mai 2025 ait porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C alors que, contrairement à ce qu'il soutient, les dispositions des articles L. 612-7 et L.612-10 ne sont pas applicables à sa situation. Enfin, c'est sans méconnaître les dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Seine-Maritime a adopté la décision en litige.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toute ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Kreuzer et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2025.

Le magistrat désigné,

Signé :

T. E

La greffière,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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