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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2502612

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2502612

lundi 23 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2502612
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a annulé l'arrêté du 27 mai 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime avait prolongé de onze mois l'interdiction de retour sur le territoire français de M. A, ressortissant tunisien. La juridiction a estimé que cette décision portait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de sa relation avec une ressortissante française et de la naissance de leur enfant français. L'État a été condamné à verser 1 000 euros à M. A au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juin 2025, M. B A, représenté par Me Berradia, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de onze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Armand comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Armand, magistrat désigné ;

- les observations de Me Berradia, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 26 février 2001, est entré régulièrement en France en juin 2015. Il a fait l'objet, par des arrêtés du 4 février 2021 et 17 août 2022, de deux refus d'admission au séjour, assortis d'obligations de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et, pour le dernier, lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un mois. Par un arrêté du 27 mai 2025, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a prolongé cette interdiction de retour pour une durée de onze mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est le père d'un enfant français, né le 24 février 2025, qu'il a reconnu antérieurement à sa naissance et issu de la relation qu'il entretient avec une ressortissante française. Dès lors que la décision attaquée fait obstacle au retour du requérant sur le territoire français pour une durée de onze mois, elle a ainsi porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit, par suite, être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du préfet de la Seine-Maritime du 27 mai 2025 prolongeant l'interdiction de retour sur le territoire français de M. A pour une durée de onze mois doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Ces conclusions doivent être rejetées dès lors que le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution.

Sur les frais de l'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement à M. A de la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 mai 2025 du préfet de la Seine-Maritime est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2025.

Le magistrat désigné,

Signé :

G. ARMAND La greffière,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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