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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2502641

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2502641

vendredi 6 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2502641
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantMUKENDI NDONKI JOSEPH

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. D, ressortissant tunisien, qui demandait l'annulation d'un arrêté préfectoral du 31 mai 2025 lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de quatre ans. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et signée par une autorité compétente. Il a estimé que le préfet n'avait pas commis d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, en application des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu du maintien irrégulier de l'intéressé, de l'absence de liens familiaux stables et de la menace pour l'ordre public liée à ses condamnations pénales. La requête a été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 et 5 juin 2025, ainsi que des pièces enregistrées le 6 juin 2025, M. A D, représenté par Me Mukendi Ndonki, demande au tribunal, dans le dernier état des écritures produites par son conseil :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2025 par lequel le préfet de la Sarthe a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Sarthe porte son signalement au système d'information SIS ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe au réexamen de sa situation, à l'effacement de son signalement au SIS dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ainsi qu'à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à titre principal au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à titre subsidiaire sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que la décision contestée :

- est insuffisamment motivée ;

- a été signée par une personne dont la compétence devra être justifiée ;

- méconnaît les articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'un défaut d'examen personnalisé ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juin 2025, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 juin 2025 à 13 heures 30 :

- le rapport de M. Berthet-Fouqué,

- et les observations de Me Mukendi Ndonki, représentant M. D, en présence de celui-ci, assisté de Mme B, interprète en langue arabe.

Le conseil de M. D soulève à la barre le moyen tiré de l'erreur de droit en ce que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée pour prendre la décision contestée.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant tunisien né le 26 février 2006, déclare être entré sur le territoire français en août 2021. Il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance à compter du 8 octobre 2021, jusqu'à sa majorité. Par un arrêté en date du 29 octobre 2024, le préfet de la Sarthe a obligé le requérant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. D a été interpellé le 30 mai 2025. Par l'arrêté du 31 mai 2025 dont M. D demande, à titre principal, l'annulation, le préfet de la Sarthe a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans. Par un autre arrêté du même jour, le même préfet l'a placé en rétention administrative.

2. En premier lieu, par un arrêté du 27 janvier 2025, régulièrement publié, le préfet de la Sarthe a donné délégation à Mme C, directrice de son cabinet, à l'effet de signer, notamment, la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cette décision manque en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté cite notamment l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, énonce que M. D a fait l'objet le 29 octobre 2024 d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et fait état de sa situation administrative et personnelle. Dans ces conditions, la décision contestée est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "

5. M. D a fait l'objet en 2024 d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, qu'il n'a ni contestée ni exécutée. Il soutient avoir noué des liens d'amitié sur le territoire français mais se borne à produire une attestation d'hébergement valant du 1er au 28 avril 2025. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été entendu par les services de police le 29 octobre 2024 pour recel de bien provenant d'un vol en réunion, le 26 avril 2025 pour tentative de vol en réunion et le 30 mai 2025 pour vol de vélo. S'il est fait état à la barre de l'existence de circonstances humanitaires en raison des violences que M. D aurait subies de la part de son père, aucune pièce du dossier, notamment les déclarations de l'intéressé à la police, ne vient corroborer cette allégation. Dès lors que de telles circonstances ne sont pas caractérisées, le préfet était tenu, en application des dispositions précitées de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'édicter une interdiction de retour. Il a pu légalement fixer à quatre ans la durée de cette interdiction, en application de l'article L. 612-10 du même code, au regard notamment de la menace à l'ordre public que représente la présence de M. D sur le territoire du fait des trois interpellations en flagrance dont il a fait l'objet en 2024 et 2025, alors même qu'aucune condamnation n'est intervenue, et de la nature de ses liens avec la France.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. M. D, célibataire sans enfant, est entré en France en août 2021 et y a été scolarisé jusqu'en juin 2023. Il ressort de ses déclarations à la police que ses parents et sa famille résident en Tunisie. Dans les circonstances de l'espèce, le préfet n'a pas, en édictant l'interdiction de retour sur le territoire français litigieuse, porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formées par M. D doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2025.

Le président du tribunal,

signé

J. Berthet-Fouqué

Le greffier,

signé

J.-L. Michel

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-L. Michel

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