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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2502720

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2502720

mardi 28 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2502720
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantNIAKATE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. B..., ressortissant congolais, qui contestait un arrêté préfectoral du 10 mars 2025 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant l'arrêté régulièrement signé par un adjoint délégataire et suffisamment motivé en droit et en fait. Il a également estimé que les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation étaient dépourvus de précisions suffisantes. Enfin, le tribunal a considéré que M. B..., entré avec un visa de court séjour diplomatique, ne remplissait pas les conditions de l'article 9 de l'accord franco-congolais du 31 juillet 1993 pour obtenir un titre de séjour "étudiant".

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2025 et un mémoire en production de pièce, enregistré le 15 août 2025, M. D... B..., représenté par Me Niakaté, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 10 mars 2025 par lequel le préfet de l’Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre au préfet de l’Eure, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour « étudiant », à titre subsidiaire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation, le tout dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, à titre subsidiaire au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B... soutient que l’arrêté attaqué :

- est entaché d’un vice d’incompétence ;
- est insuffisamment motivé en droit et en fait ;
- est entaché d’une erreur de droit ;
- méconnaît les dispositions de l’article 9 de l’accord franco-congolais ;
- méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation.


Par un mémoire en défense enregistré le 6 août 2025, le préfet de l’Eure conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.


Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 19 juin 2025 par laquelle M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Ameline, première conseillère,
- et les observations de Me Derbali, substituant Me Niakaté, pour M. B....


Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant de la République du Congo né le 12 janvier 2002, est entré sur le territoire français le 31 août 2022 selon ses déclarations. Le 29 novembre 2024, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l’article 9 des stipulations de la convention entre la République française et le gouvernement de la République du Congo du 31 juillet 1993 et sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par l’arrêté attaqué du 10 mars 2025, le préfet de l’Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, l’arrêté contesté a été pris par M. A... C..., qui disposait, en qualité d’adjoint au chef du bureau des migrations et de l’intégration de la préfecture de l’Eure, d’une délégation de signature du préfet de l’Eure par arrêté n° 24-154 du 13 décembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 27-2024-366 du même jour. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l’arrêté attaqué, qui cite les textes applicables et fait état d’éléments de fait propres à l’intéressé et notamment à sa situation personnelle et universitaire, énonce de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de fait et de droit sur lesquelles il se fonde. Il est donc suffisamment motivé même s’il ne reprend pas l’ensemble des éléments dont le requérant entend se prévaloir. Le moyen doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, les moyens tirés de l’erreur de droit et de l’erreur manifeste d’appréciation sont dépourvus des précisions suffisantes permettant d’en apprécier le bien-fondé.

5. En quatrième lieu, aux termes de l’article 9 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 : « Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d’effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l’autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l’article 4, justifier d’une attestation d’inscription ou de préinscription dans l’établissement d’enseignement choisi, ou d’une attestation d’accueil de l’établissement où s’effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d’existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention "étudiant". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d’existence suffisants. » Aux termes des stipulations de l’article 13 de cette convention : « Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l’application de la législation respective des deux Etats sur l’entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l’accord. »

6. M. B... est entré en France sous couvert d’un visa de court séjour diplomatique. Contrairement à ce qu’il soutient, il ne remplissait donc pas les conditions pour bénéficier d’un titre de séjour portant la mention « étudiant » dès lors que les stipulations précitées de l’article 9 de l’accord franco-congolais subordonnent la délivrance d’un tel titre de séjour à la détention d’un visa de long séjour et ne prévoient aucune dérogation. Les circonstances qu’il soit entré en France régulièrement et justifie d’une inscription en deuxième année de management commercial opérationnel n’ont aucune incidence sur le fait qu’il ne disposait pas d’un visa de long séjour. M. B... n’est donc pas fondé à soutenir que les stipulations citées au point 5 ont été méconnues.
7. En dernier lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié », « travailleur temporaire » ou « vie privée et familiale », sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. / (…) »

8. Il résulte des pièces du dossier qu’à la date de la décision attaquée, les éléments dont disposait le préfet ne lui permettaient pas de caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant l’admission au séjour de M. B.... Ce dernier n’est, par suite, pas fondé à soutenir que le préfet de l’Eure aurait entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 10 mars 2025 par lequel le préfet de l’Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des frais liés à l’instance doivent être rejetées.












D É C I D E :












Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.


Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme M. D... B..., à Me Fatoumata Niakaté et au préfet de l’Eure.


Délibéré après l’audience du 23 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
Mme Ameline, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2025.


La rapporteure,


Signé :
C. AMELINE
Le président,


Signé :
P. MINNE Le greffier,


Signé :

N. BOULAY




La République mande et ordonne au préfet de l’Eure en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,


N. BOULAY


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