Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 juin 2025 et le 18 septembre 2025, M. B..., représenté par la SCP Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 19 juin 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l’a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour en France pendant un 1 mois ;
2°) d’enjoindre au préfet de la SEINE-MARITIME de lui délivrer, dans un délai de 8 jours à compter du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour dans l’attente du réexamen de sa situation, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son bénéfice de la somme de 1 500 € sur le fondement de l’article L 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S’agissant de l’obligation de quitter le territoire français :
- elle est signée d’une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît son droit d’être entendu ;
- elle est entachée d’erreurs de fait qui démontrent l’absence d’examen particulier de sa situation personnelle, dès lors qu’il a trois enfants et non deux, qu’il détient un passeport en cours de validité et qu’il dispose d’un domicile fixe où il vit avec son épouse et ses enfants ;
- le préfet n’a pas vérifié son droit au séjour en méconnaissance des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est illégale par exception d’illégalité de la circulaire du ministre de l’intérieur du 12 juin 2025 ;
S’agissant de la décision refusant le délai de départ :
- elle est entachée d’une insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d’une insuffisance de motivation ;
S’agissant de l’interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée, dès lors que le préfet n’a pas examiné les 4 critères de l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale en raison de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 17 juillet 2025, la clôture de l’instruction a été reportée au 7 octobre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience ;
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. Baude, premier conseiller,
et les observations de Me Verilhac, pour M. B....
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant algérien né en 1984 à Tizi Ouzou, Algérie, est entré en France en janvier 2025 selon les déclarations qu’il a faites lors de son audition. Il a fait l’objet d’un contrôle aux fins de vérification de son droit au séjour le 18 juin 2025. Il demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 19 juin 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire pendant un mois.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
Les décisions attaquées, qui n’avaient pas à indiquer de manière exhaustive l’ensemble des éléments afférents à la situation personnelle du requérant, énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent avec une précision suffisante pour permettre au requérant de comprendre leurs motifs et, le cas échéant, d’exercer utilement son recours. S’agissant de la décision d’interdiction de retour sur le territoire français l’arrêté indique que le requérant ne représente pas une menace pour l’ordre public, qu’il n’a pas fait l’objet d’une précédente mesure d’éloignement, qu’il ne justifie pas de l’existence d’une communauté de vie avec sa compagne et qu’il est entré en France à une date indéterminée, procédant ainsi à l’examen des quatre critères prévus par l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté.
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
Par arrêté du 4 avril 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, Mme C..., chargée de mission auprès de la cheffe du bureau de l’éloignement, a reçu délégation à l’effet de signer, en cas d’absence ou d’empêchement de celle-ci et dans le cadre des attributions du bureau, les décisions d’obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.
M. B... a pu faire valoir ses observations lors de la retenue pour vérification du droit au séjour dont il a fait l’objet le 18 juin 2025, au cours de laquelle il a pu notamment faire valoir ses observations sur la perspective de son éloignement. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d’être entendu doit donc être écarté.
Il ressort des pièces du dossier que M. B... a pu porter à la connaissance du préfet, au cours de son audition, des précisions sur sa situation personnelle, familiale et professionnelle, en mentionnant notamment qu’il avait deux, et non trois, enfants. En outre il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il aurait, au cours de cette audition, présenté son passeport aux services de police ou présenté des pièces justifiant de la réalité de sa situation familiale et domiciliaire et notamment de son mariage ou de la communauté de vie avec sa compagne. Par suite le préfet de la Seine-Maritime n’a pas omis de procéder à un examen particulier de la situation du requérant ni entaché cet examen d’erreurs de fait.
Aux termes de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (…)».
M. B... a déclaré lors de son audition qu’il était venu en France pour que ses enfants aient de meilleures perspectives scolaires qu’en Algérie, intention qui n’est pas de nature à justifier son admission au séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B... a porté à la connaissance du préfet, lors de son audition, d’autres éléments qui seraient de nature à établir qu’il réunit les conditions pour qu’un titre de séjour lui soit délivré. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ».
Aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait d’institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ». Il résulte de ces stipulations que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
Il ressort des pièces du dossier que M. B... est entré en France en janvier 2025 selon ses déclarations lors de son audition, qu’il ne justifie pas exercer une activité professionnelle, et que sa compagne a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français le 24 juillet 2025. Celle-ci et leurs trois enfants ont la nationalité algérienne et la scolarisation de ces derniers sur le territoire est récente. Par suite rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Algérie et que les enfants, dont il n’est pas soutenu qu’ils ne parlent pas arabe, y soient scolarisés. Par suite il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées et de ce que le préfet aurait entaché sa décision d’une erreur manifeste d'appréciation dans l’appréciation de la gravité des conséquences de sa décision sur la situation du requérant.
Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des visas de la décision attaquée, que le préfet a fait application, pour édicter celle-ci, des termes de la circulaire du ministre de l’intérieur du 12 juin 2025 ; par suite le moyen tiré de l’exception d’illégalité de cette circulaire, à le supposer opérant, doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée.
En ce qui concerne la décision relative au refus de délai de départ volontaire :
Aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ». Et aux termes de l’article L. 612-3 du même code: « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L’étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour ; (…) ».
Il ressort des pièces du dossier que M. B..., qui ne produit pas le visa de court séjour dont il fait état dans ses écritures, ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire national. Il n’a pas cherché à régulariser sa situation depuis son entrée sur le territoire. Par suite le préfet pouvait se fonder sur les dispositions précitées pour lui refuser le délai de départ volontaire et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un mois :
Il résulte de ce qui précède que l’obligation de quitter le territoire français n’est pas entachée d’illégalité. Par suite, le requérant ne peut se prévaloir, par voie d’exception, de l’illégalité de cette décision, pour demander l’annulation de la décision attaquée.
Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. »
Pour les motifs énoncés au point 10 du jugement il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées et de ce que le préfet aurait entaché sa décision d’une erreur manifeste d'appréciation dans l’appréciation de la gravité des conséquences de sa décision sur la situation du requérant.
Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B... aux fins d’annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d’injonction et de celles présentées au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l’audience du 27 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
M. Bouvet, premier conseiller,
M. Baude, premier conseiller,
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2025.
Le rapporteur,
F. –E. Baude
La présidente,
Gaillard
Le greffier,
H. Tostivint
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.