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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2503000

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2503000

vendredi 19 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2503000
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantYOUSFI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. C..., ressortissant afghan, qui contestait l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne lui faisant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a jugé que les décisions étaient suffisamment motivées et que le préfet avait procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Il a également écarté les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ainsi que de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et celles relatives aux frais de justice ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juin 2025, M. D... C..., représenté par Me Yousfi, demande au tribunal :

1°) d’annuler, pour excès de pouvoir, l’arrêté du 10 juin 2025 du préfet de la Haute-Garonne en tant qu’il lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d’éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi n° 91‑647 du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une personne ne disposant pas d’une délégation de signature ;
- est insuffisamment motivée ;
- est intervenue au terme d’une procédure irrégulière en l’absence de respect de droit à être préalablement entendu ;
- est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;
- est intervenue au terme d’une procédure irrégulière en l’absence de respect de droit à être préalablement entendu ;
- est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle ;
- doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle ;
- doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les dispositions de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.


Par un mémoire en défense enregistré le 18 septembre 2025, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.


M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 30 septembre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.




Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Cotraud, premier conseiller.

Les parties n’étaient pas présentes, ni représentées.


Considérant ce qui suit :

1. M. D... C..., ressortissant afghan né le 26 août 2004, déclare être entré le 6 septembre 2022 sur le territoire français. Par une décision du 3 novembre 2023, confirmée par une décision du 29 novembre 2024 de la Cour nationale du droit d’asile, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d’asile de l’intéressé. Par suite d’un contrôle, le 10 juin 2025, par les services de police ayant donné lieu à vérification de son droit au séjour et par un arrêté du même jour, le préfet de la Haute-Garonne a fait obligation à M. C... de quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d’éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an, décisions dont il demande l’annulation.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne les décisions prises dans leur ensemble :

2. En premier lieu, les décisions attaquées, qui n’ont pas à faire référence à l’ensemble des éléments caractérisant la situation de l’intéressé, mentionnent les dispositions dont elles font application et relèvent que M. C... ne dispose plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Elles font également état de sa situation personnelle et familiale, à la fois sur le territoire français et dans son pays d’origine, et indiquent qu’il n’établit pas y être exposé à un risque, en cas de retour, de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Elles comportent ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C.... Par suite, le moyen tiré du défaut d’un tel examen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, par arrêté du 5 décembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 6 décembre 2024, librement consultable par les parties sur son site internet, Mme A... B..., cheffe du bureau de l’éloignement et du contentieux, a reçu délégation du préfet de la Haute-Garonne à l’effet de signer, en cas d’absence ou d’empêchement du secrétaire général de la préfecture, de la directrice des migrations et de l’intégration et de son adjointe, les mesures d’éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, M. C... a été entendu préalablement à l’intervention de la décision attaquée, sur sa situation administrative, ses attaches en France et sur la perspective de son éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que le droit de l’intéressé à être entendu préalablement à l’intervention d’une décision qui l’affecterait défavorablement n’a pas été respecté, doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

7. Il ressort des pièces du dossier que la présence en France de M. C... est récente. Il n’allègue en outre pas y disposer d’attaches personnelles ou familiales, ni ne justifie avoir exercé une activité professionnelle. Enfin, si l’intéressé verse à l’instance des documents médicaux, il ne démontre pas que son état de santé requiert une prise en charge médicale, ni en tout état de cause, qu’il ne pourrait en bénéficier dans son pays d’origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

8. En quatrième lieu, M. C... ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour contester la légalité de la décision attaquée, qui n’a pas pour objet de fixer le pays de renvoi de la mesure d’éloignement. Ce moyen doit par suite être écarté comme inopérant.

9. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 7, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l’intéressé.


En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi de la mesure d’éloignement doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de cette mesure doit être écarté.

11. En deuxième lieu, M. C... ne peut utilement invoquer, à l’encontre de la décision attaquée, la méconnaissance des stipulations citées au point 6. Ce moyen doit par suite être écarté comme inopérant.

12. En dernier lieu, aux termes de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l’étranger a la nationalité, sauf si l’Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d’asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s’il n’a pas encore été statué sur sa demande d’asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d’un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l’accord de l’étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d’un pays s’il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu’il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ».

13. Il ressort des informations publiques, notamment celles librement accessibles aux parties sur le site de la Cour nationale du droit d’asile, que, dans une décision n° 22023959 du 14 février 2023, celle-ci a estimé que le niveau de violence aveugle dans la province de Nangarhar, dont M. C... déclare être originaire, n’atteint pas une intensité exceptionnelle, ce que ce dernier ne conteste pas. A cet égard, faute pour lui d’établir l’occidentalisation alléguée de son mode de vie, il ne fait état d’aucune circonstance caractérisant un risque accru d’être exposé aux conséquences de cette violence aveugle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen, soulevé dans les mêmes termes, tiré de l’erreur manifeste d’appréciation.


En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

15. En second lieu, aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l’édiction et la durée de l’interdiction de retour mentionnée à l’article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l’interdiction de retour prévue à l’article L. 612-11 ».

16. Il ressort des pièces du dossier que M. C... réside depuis un peu moins de trois ans en France, où il s’est rendu en vue de demander l’asile. Il n’a fait l’objet, sur cette période, d’aucune mesure d’éloignement et son comportement ne constitue pas une menace pour l’ordre public. Dans ces conditions, le préfet a commis une erreur d’appréciation dans l’application des dispositions précitées en fixant à un an la durée de l’interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l’encontre de M. C.... Ce moyen doit par suite être accueilli.

17. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur le moyen restant invoqué, dans les mêmes termes, au soutien des conclusions dirigées contre la décision attaquée, que M. C... est fondé à demander l’annulation de la décision du 10 juin 2025 du préfet de la Haute-Garonne portant interdiction de retour sur le territoire français, en tant qu’elle fixe sa durée à un an.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. C... est seulement fondé à demander l’annulation de la décision du 10 juin 2025 du préfet de la Haute-Garonne portant interdiction de retour sur le territoire français en tant qu’elle fixe sa durée à un an.


Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

19. Compte tenu de sa nature, l’annulation partielle de la décision attaquée n’implique pas d’autre mesure que la suppression, en application des dispositions de l’article R. 613-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, du signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen dans les conditions prévues à l’article 7 du décret du 28 mai 2010 susvisé, en tant que la durée de l’interdiction de retour prononcée à l’encontre de M. C... est fixée à un an. Les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte ne peuvent dès lors qu’être rejetées.


Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

20. M. C... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font toutefois obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante, pour l’essentiel, dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. C... et non compris dans les dépens.




D E C I D E :




Article 1er : L’arrêté du 10 juin 2025 du préfet de la Haute-Garonne est annulé, en tant que la durée de l’interdiction de retour sur le territoire français est fixée à un an.



Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C... est rejeté.


Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D... C..., à Me Yousfi et au préfet de la Haute-Garonne.


Délibéré après l’audience du 5 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,
M. Cotraud, premier conseiller,
Mme Favre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 19 décembre 2025.


Le rapporteur,


Signé :


J. Cotraud

La présidente,


Signé :


C. Van MuylderLe greffier,


Signé :


J.-B. Mialon



La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,



J.-B. MIALON


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