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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2503385

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2503385

mardi 29 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2503385
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPOLE URGENCES
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a annulé l'arrêté du 11 juillet 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime avait prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de trois mois à l'encontre de M. A. Le tribunal a relevé d'office que la décision était fondée sur l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que M. A n'avait pas bénéficié d'un délai de départ volontaire, ce qui rendait applicable l'article L. 612-6. En l'absence de circonstances humanitaires justifiant une interdiction de retour, le tribunal a jugé la décision illégale. Par voie de conséquence, l'assignation à résidence, fondée sur cette interdiction, a également été annulée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juillet 2025 M. C A, représenté Me Mary, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois ;

3°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée d'un an ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sans délai sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant la durée de ce réexamen ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu avant une décision individuelle défavorable ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision implicite de refus d'abrogation de l'obligation de quitter le territoire français du 23 novembre 2024 dont il fait l'objet ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu avant une décision individuelle défavorable ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision implicite de refus d'abrogation de l'obligation de quitter le territoire français du 23 novembre 2024 dont il fait l'objet ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 731-3 et L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Par un courrier du 25 juillet 2025, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, dès lors que les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne s'appliquent pas à M. A dans la mesure où un délai de départ volontaire ne lui a pas été accordé pour exécuter son obligation de quitter le territoire français, et qu'il y a lieu d'y substituer les dispositions de l'article L. 612-6 du même code comme base légale de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Par une décision du 2 janvier 2025, le président du tribunal a désigné Mme Esnol, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol, magistrate désignée,

- les observations de Me Lechevalier, substituant Me Mary, représentant M. A qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et fait valoir en outre que la décision fixant l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que M. A n'a pas fait l'objet de condamnation pénale, qu'il est entré en France lorsqu'il a appris que sa compagne était enceinte et qu'il est père d'un enfant, dont la mère est en situation régulière, avec lesquels il réside et enfin, que la décision attaquée méconnait les stipulations des articles L. 612-6 et L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa situation présente des circonstances humanitaires ;

- les observations de M. A et de sa compagne Mme B, présente à l'audience ;

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant algérien né le 2 juin 1995, a déclaré être entré en France le 20 septembre 2024 en provenance de l'Espagne. Par un arrêté du 23 novembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et par un arrêté du même jour par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par un jugement n°2404868 du 20 décembre 2024, le tribunal administratif de Rouen a annulé l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans dont M. A faisait l'objet.

2. Par un premier arrêté du 11 juillet 2025, M. A a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois. Par un second arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée d'un an en application de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés du 11 juillet 2025.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'urgence, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, d'admettre provisoirement M. A à l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

4. Aux termes de l'article L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-1 peut être contestée selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. "

5. La contestation de l'arrêté assignant à résidence M. A pour une durée d'un an prise le fondement des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'entre pas dans le champ des dispositions de l'article L.732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, il appartiendra à une formation collégiale du tribunal de se prononcer sur les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté portant assignation à résidence pour une durée d'un an. Par suite, il y a lieu de réserver leur examen à une telle formation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français

6. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () "

7. Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. M. A fait valoir, sans être utilement contesté, être en couple avec sa compagne, Mme B, depuis 2018, avoir séjourné régulièrement en Espagne entre 2020 et 2022 et être rentré sur le territoire français pour la dernière fois, en septembre 2024. Il ressort des pièces du dossier que le tribunal administratif de Rouen a par un jugement n°2404868 du 20 décembre 2024 annulé l'interdiction de retour sur le territoire français dont M. A faisait l'objet en retenant, notamment que sa compagne était enceinte et a confirmé l'obligation de quitter le territoire français comprise dans l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 23 novembre 2024. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. A est père d'un enfant né le 25 avril 2025, dont la mère, Mme B, qui, au demeurant, est étudiante, est titulaire d'un certificat de résidence valable jusqu'au 18 août 2025. Enfin, il n'est pas contesté que M. A vit aux côtés de son enfant et sa compagne, qui l'héberge depuis son arrivée sur le territoire français. Dans les circonstances de l'espèce, dès lors que M. A vit avec la mère de son enfant et son enfant et compte tenu du très jeune âge de l'enfant, la décision attaquée qui implique nécessairement une séparation de l'enfant et de son père pendant plusieurs mois, est de nature à léser l'intérêt supérieur de l'enfant et méconnait ainsi les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant citées au point précédent.

9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision, M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 juillet 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de trois mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. L'annulation de la seule mesure portant interdiction de retour sur le territoire français n'appelle l'adoption d'aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions présentées à cette fin par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

11. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, la somme de 1 000 euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et que son avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 11 juillet 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois est annulée.

Article 3 : Les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 11 juillet 2025 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a assigné M. A à résidence pour une durée d'un an sont réservées jusqu'en fin d'instance.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, celui-ci versera à Me Mary la somme de 1 000 euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête M. A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, Me Mary et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2025.

La magistrate désignée,

Signé :

B. ESNOL La greffière,

Signé :

A. TELLIER

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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