mercredi 6 août 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2503599 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | POLE URGENCES |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 juillet 2025, M. B D, représenté par Me Elatrassi, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 18 juillet 2025 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 21 juillet 2025 par lequel le préfet de l'Eure l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour, en toute hypothèse, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il doit être regardé comme soutenant que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;
- est insuffisamment motivée ;
- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine, pour avis, de la commission du titre de séjour en méconnaissance du 1° de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;
- est insuffisamment motivée ;
- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant refus de délai de départ volontaire :
- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de renvoi :
- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
L'arrêté portant assignation à résidence :
- a été signé par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 août 2025, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Une copie de ce mémoire a été remise en main propre, à l'audience, avant l'appel de l'affaire, au conseil de M. D, qui a disposé du temps nécessaire pour en prendre utilement connaissance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'accord franco-marocain modifié du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 2 janvier 2025, le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les requêtes régies par les procédures visées au chapitre Ier du titre II du livre IX du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 5 août 2025, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Lecoq Houlière, substituant Me Elatrassi pour M. D, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête. Elle a souligné que l'intéressé, marié avec une ressortissante française et père de deux enfants de même nationalité, avait placé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, et que, compte tenu de ses gages de réinsertion, son comportement ne présentait pas une menace pour l'ordre public. Ont également été entendues les observations de M. D, qui a apporté des précisions sur ses attaches familiales au Maroc, sa relation avec son épouse, leur projet d'acquisition immobilière, et son projet professionnel, ainsi que sur les condamnations pénales relevées par le préfet à son encontre. Ont enfin été entendues les observations de Mme A D, son épouse, qui a apporté des précisions sur leur relation sentimentale et évoqué les conséquences de la mesure d'éloignement sur leur vie familiale, ainsi que son activité professionnelle.
Le préfet de l'Eure n'était pas présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 11 h 33, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, ressortissant marocain né le 20 septembre 1991, est entré en France au cours de l'année 2006. Alors que celui-ci était détenu et par un arrêté du 7 janvier 2020, le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de trois ans. Par un jugement n° 2000059 du 17 février 2020, la magistrate désignée du tribunal administratif de Rouen a annulé cet arrêté. Par un arrêté du 24 février 2020, le préfet de l'Eure a une nouvelle fois fait obligation à M. D de quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de deux ans. Par un jugement n° 2000687 du 10 mars 2020, confirmé par un arrêt n° 20DA00720 du 25 mars 2021 de la cour administrative d'appel de Douai, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours de l'intéressé contre cet arrêté. Le 25 octobre 2024, M. D a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par le premier arrêté attaqué du 18 juillet 2025, le préfet de l'Eure a rejeté cette demande, a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par le second arrêté attaqué du 21 juillet 2025, le préfet de l'Eure a assigné M. D à résidence.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 18 juillet 2025 :
2. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont M. D doit être regardé, eu égard à ses écritures, comme invoquant la méconnaissance de ses dispositions : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet, entre 2009 et 2018, de cinq condamnations pénales à des peines d'emprisonnement, dont une, par un arrêt du 17 décembre 2012 de la cour d'assises des Yvelines, d'une durée de six ans pour des faits de vol avec arme et arrestation, enlèvement ou détention arbitraire commis le 2 décembre 2009. Toutefois, en dépit de la gravité des infractions commises par l'intéressé et de leur récurrence sur une période de sept ans, les derniers faits réprimés, commis le 17 juillet 2016, sont anciens. Il ressort en outre de l'avis du 5 juin 2025 de la commission du titre de séjour qu'elle a estimé que M. D " ne semble plus présenter de risque pour notre société ". Le rapport d'expertise médicale rendu le 7 mai 2019 conclut également à l'absence de dangerosité criminologique et à un risque faible de récidive. Dans ces conditions, eu égard aux gages d'insertion professionnelle également relevés par la commission du titre de séjour et alors que le préfet se borne à faire état, sans apporter aucune précision à leur propos, du signalement de M. D au fichier " Traitement d'antécédents judiciaires " pour des faits, déjà anciens, de violence et de dégradation de bien, dont il n'allègue pas qu'ils aient fait l'objet d'une condamnation, ni même de poursuites pénales, le comportement de l'intéressé ne peut être regardé comme constituant une menace actuelle pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être accueilli.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête invoqués au soutien des conclusions dirigées contre la décision attaquée, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 18 juillet 2025 par laquelle le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, de même que, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
En ce qui concerne l'arrêté du 21 juillet 2025 :
5. Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête invoqués au soutien des conclusions dirigées contre l'arrêté attaqué, celui-ci doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation, prononcée au point précédent, de la décision du 18 juillet 2025 du préfet de la Seine-Maritime portant obligation de quitter le territoire français.
Sur les conséquences de l'annulation :
6. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté du 18 juillet 2025 que le préfet a relevé que M. D contribue à l'entretien et à l'éducation de son enfant de nationalité française et a saisi la commission du titre de séjour, en ce que l'intéressé peut être regardé comme remplissant les conditions exigées par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne conteste ainsi pas dans cet arrêté, ni davantage en défense, que M. D est en droit de se voir délivrer une carte de séjour sur le fondement des dispositions de cet article, ce qui ressort en tout état de cause des pièces du dossier.
7. Dans ces conditions et compte tenu du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté du 18 juillet 2025 implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " soit délivrée à M. D. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, dans un délai de quinze jours à compter de la même date, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
8. En second lieu, outre la fin de la mesure d'assignation à résidence, l'exécution du présent jugement implique également la suppression, en application de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans les conditions prévues à l'article 7 du décret du 28 mai 2010 susvisé.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés des 18 et 21 juillet 2025 du préfet de l'Eure sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et dans l'attente, dans un délai de quinze jours à compter de cette même date, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle.
Article 3 : L'Etat versera à M. D une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de l'Eure.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 août 2025.
Le magistrat désigné,
J. CLa greffière,
A. Lenfant
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026