Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107862

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107862
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de Mme B, professeure des écoles, qui contestait l'arrêté du recteur de l'académie de Créteil du 12 juillet 2021 la promouvant à l'échelon spécial de la classe exceptionnelle sans prise en compte de son avantage spécifique d'ancienneté (ASA). La requérante invoquait une méconnaissance du décret n° 95-313 du 21 mars 1995 et une rupture d'égalité. Le tribunal a jugé que l'exception d'illégalité soulevée contre l'arrêté de promotion du 27 novembre 2017 était irrecevable, cet acte étant devenu définitif. Sur le fond, il a estimé que l'ASA, qui réduit la durée d'ancienneté dans un échelon, ne peut être prise en compte pour l'accès à un échelon spécial, dont l'attribution est contingente et non automatique, conformément à l'article 57 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et au décret n° 90-680 du 1er août 1990.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires, enregistrés les 24 août 2021, 25 août 2021, 20 septembre 2021 et 27 décembre 2023, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2021 par lequel le recteur de l'académie de Créteil l'a promue à l'échelon spécial de classe exceptionnelle, sans prise en compte de son avantage spécifique d'ancienneté.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- l'arrêté méconnaît les dispositions du décret du 21 mars 1995 relatif au droit de mutation et au droit à l'avantage spécifique d'ancienneté accordés à certains agents de l'Etat affectés dans les quartiers urbains particulièrement difficiles, dès lors qu'il ne prend pas en compte l'avantage spécifique d'ancienneté précédemment acquis ;

- il est entaché d'une rupture d'égalité, dès lors qu'un autre agent placé dans une situation identique a bénéficié de l'avantage spécifique d'ancienneté pour la promotion à l'échelon spécial ;

- il est illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté du 27 novembre 2017 par lequel le recteur de l'académie de Créteil l'a promue au quatrième échelon de classe exceptionnelle, sans prendre en compte son avantage spécifique d'ancienneté.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2021, le recteur de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'avantage spécifique d'ancienneté ne pouvait être pris en compte s'agissant de sa durée d'exercice dans le premier chevron de l'échelon spécial de la classe exceptionnelle, et par conséquent ne peut davantage être pris en compte pour le calcul de ses droits à pension de retraite au 1er septembre 2021 ;

- la prise en compte de l'avantage spécifique d'ancienneté pour certains agents lors de la campagne de promotion de 2019 relève d'une erreur lors de la mise en œuvre de la réforme Parcours Professionnels Carrières et Rémunérations créant en 2017 la classe exceptionnelle dans le troisième grade du corps des professeurs d'école, erreur rectifiée depuis lors ;

- la prise en compte de l'avantage spécifique d'ancienneté, lors de la promotion au quatrième échelon de classe exceptionnelle le 27 novembre 2017 n'était pas possible car la comptabilisation de cette bonification d'ancienneté de trois mois aurait conduit à promouvoir l'intéressée au 4e échelon de la classe exceptionnelle à une date à laquelle elle n'avait pas encore été promue à ce grade.

Par un courrier du 27 août 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen d'ordre public, tiré de l'irrecevabilité de l'exception d'illégalité de l'arrêté du 27 novembre 2017, dès lors qu'il est devenu définitif à la date à laquelle le moyen a été soulevé à l'encontre de l'arrêté du 12 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;

- le décret n° 90-680 du 1er août 1990 relatif au statut particulier des professeurs des écoles ;

- le décret n° 95-313 du 21 mars 1995 relatif au droit de mutation prioritaire et au droit à l'avantage spécifique d'ancienneté accordés à certains agents de l'Etat affectés dans les quartiers urbains particulièrement difficiles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Seignat ;

- les conclusions de Mme Deleplancque, rapporteure publique ;

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, professeure des écoles, était affectée sur un emploi de direction au sein de l'école maternelle publique Jean Moulin à Vitry-sur-Seine. Elle a été promue au 4ème échelon du grade de classe exceptionnelle le 27 novembre 2017. Elle a sollicité la prise en compte d'une bonification d'ancienneté au titre de l'exercice de ses fonctions en zone urbaine sensible. Par décision du 2 décembre 2019, le recteur de l'académie de Créteil a refusé de faire droit à cette demande. Par jugement du 21 juillet 2020, le tribunal administratif de Melun annulait cette décision. Par arrêté du 12 juillet 2021, Mme B a été promue à l'échelon spécial de la classe exceptionnelle de son grade, à compter du 1er septembre 2021, sans report d'ancienneté. L'intéressée a fait valoir son droit à pension de retraite le 1er septembre 2021. Mme B demande l'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2021, en tant qu'il ne prend pas en compte son avantage spécifique d'ancienneté.

2. Aux termes de l'article 57 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " L'avancement d'échelon est accordé de plein droit. Il a lieu de façon continue d'un échelon à l'échelon immédiatement supérieur. / Il est fonction de l'ancienneté. Toutefois, lorsque les statuts particuliers le prévoient et selon des modalités de contingentement définies par décret en Conseil d'Etat, il peut être également fonction de la valeur professionnelle. Les statuts particuliers peuvent en outre prévoir des échelons spéciaux dont l'accès peut être contingenté selon des conditions et des modalités spécifiques. / Il se traduit par une augmentation de traitement ". Aux termes de l'article 1er du décret du 1er août 1990 relatif au statut particulier des professeurs des écoles : " Il est créé un corps des professeurs des écoles qui est classé dans la catégorie A prévue à l'article 13 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée. / Ce corps comporte trois grades : / 1° La classe normale qui comprend onze échelons ; / 2° La hors-classe qui comprend six échelons ; / 3° La classe exceptionnelle qui comprend quatre échelons et un échelon spécial. ". Il ressort de l'article 24 de ce même décret, que la durée du temps passé dans le quatrième échelon de la classe exceptionnelle n'est pas limitée, à l'inverse des échelons un à trois de ce dernier grade. Toutefois ce même article prévoit que : " Le recteur d'académie prononce, pour chaque année scolaire, les promotions des professeurs des écoles. () III. Peuvent accéder au choix à l'échelon spécial du grade de professeur des écoles de classe exceptionnelle, dans la limite d'un pourcentage des effectifs de ce grade fixé par arrêté conjoint du ministre chargé de l'éducation nationale, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget, les professeurs des écoles inscrits sur un tableau d'avancement ayant au moins 3 ans d'ancienneté au 4ème échelon de ce grade. / Le tableau d'avancement est arrêté chaque année, dans chaque département, par le recteur d'académie, après avis de la commission administrative paritaire compétente, selon des orientations définies par le ministre chargé de l'éducation nationale. / Les promotions sont prononcées, dans l'ordre d'inscription au tableau annuel d'avancement, par le recteur d'académie. ". Aux termes de l'article 2 du décret du 21 mars 1995 relatif au droit de mutation prioritaire et au droit à l'avantage spécifique d'ancienneté accordés à certains agents de l'Etat affectés dans les quartiers urbains particulièrement difficiles : " Lorsqu'ils justifient de trois ans au moins de services continus accomplis dans un quartier urbain désigné en application de l'article 1er ci-dessus, les fonctionnaires de l'Etat ont droit, pour l'avancement, à une bonification d'ancienneté d'un mois pour chacune de ces trois années et à une bonification d'ancienneté de deux mois par année de service continu accomplie au-delà de la troisième année. () ".

3. En premier lieu, il ressort des dispositions précitées que l'article 2 du décret du 21 mars 1995 prévoit, de manière indifférenciée pour les échelons au sein desquels une durée maximale est prévue comme pour les échelons au sein desquels aucune durée maximale n'est prévue, la prise en compte de la bonification d'ancienneté pour les agents ayant exercé leurs fonctions dans un quartier urbain au sens de ces dispositions. L'avantage spécifique d'ancienneté permet donc aux professeurs des écoles de remplir les conditions d'inscription au tableau d'avancement d'accès à l'échelon spécial du 3ème grade, avant de justifier de trois années d'ancienneté au 4ème échelon de ce grade. A l'inverse, les dispositions précitées de l'article 2 du décret du 21 mars 1995 ne permettent pas à l'administration, lorsqu'elle nomme un professeur des écoles à l'échelon spécial du 3ème grade, de tenir compte de l'avantage spécifique d'ancienneté précédemment acquis pour fixer la date d'entrée dans cet échelon. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 12 juillet 2021 méconnaîtrait les dispositions du décret du 21 mars 1995, en ne tenant pas compte de son avantage spécifique d'ancienneté pour fixer sa date d'entrée dans l'échelon spécial du grade de classe exceptionnelle.

4. En deuxième lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que dans l'un comme dans l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des différences de situation susceptibles de la justifier.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, professeure des écoles promue lors de la campagne 2021, du 4ème échelon à l'échelon spécial de la classe exceptionnelle de son grade, n'a pas bénéficié, pour la fixation de sa date d'entrée dans cet échelon, de la prise en compte de l'avantage spécifique d'ancienneté précédemment acquis. L'intéressé établit que, lors de la campagne de promotion de 2019, un agent a bénéficié de la prise en compte de l'avantage spécifique d'ancienneté pour le passage du 4ème échelon à l'échelon spécial. En ne prenant pas en compte l'avantage spécifique d'ancienneté de Mme B, qui se trouvait dans une situation identique au sein d'un même échelon, d'un même grade et d'un même corps, à celle de l'agent en ayant bénéficié, l'arrêté du 12 juillet 2021 institue une différence de traitement. Toutefois, cette différence de traitement se fonde sur la nécessité de faire cesser l'illégale application des dispositions du décret du 21 mars 1995, qui ne permet pas à l'administration, tel qu'il a été dit au point 3, lorsqu'elle nomme un professeur des écoles à l'échelon spécial du 3ème grade, de tenir compte de l'avantage spécifique d'ancienneté précédemment acquis pour fixer la date d'entrée dans cet échelon. Par conséquent, la différence de traitement entre Mme B et l'agent ayant bénéficié de la prise en compte de l'avantage spécifique d'ancienneté pour la promotion à l'échelon spécial, est justifiée par un motif d'intérêt général, est en rapport avec l'objet de la norme qui l'établit et n'est pas manifestement disproportionnée. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité doit donc être écarté.

6. En dernier lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

7. L'arrêté du 27 novembre 2017 est devenu définitif, au plus tard, le 28 novembre 2018. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé le 20 septembre 2021 à l'encontre de l'arrêté du 12 juillet 2021, est irrecevable.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2021 présentées par Mme B doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au recteur de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Iffli, conseillère,

Mme Seignat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

La rapporteure,

D. SEIGNAT

Le président,

S. DEWAILLYLa greffière,

L. SUEUR

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,