Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de Mme A... contestant un avis de sommes à payer émis par son employeur, l’institut médico-social « Le Val Mandé », pour un montant de 735,72 euros correspondant à des rémunérations perçues durant sa suspension de fonctions pour non-respect de l’obligation vaccinale contre la Covid-19. La requérante invoquait, par voie d’exception, l’illégalité de la décision de suspension du 15 septembre 2021. Le tribunal a jugé ce moyen irrecevable, car la décision de suspension était devenue définitive à l’expiration du délai de recours contentieux, aucun recours n’ayant été formé en temps utile. En conséquence, les conclusions à fin d’annulation et de décharge ont été rejetées.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 janvier 2022, Mme B... A..., représentée par Me Lancrenon, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’avis des sommes à payer émis à son encontre le 9 novembre 2021 pour un montant de 735,72 euros ;
2°) de la décharger de cette somme ;
3°) de mettre à la charge de l’institut médico-social « Le Val Mandé » la somme de 1500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que l’avis des sommes à payer litigieux a été pris en conséquence de la décision du 15 septembre 2021 par laquelle elle a été suspendue de ses fonctions ; cette décision est elle-même illégale dès lors qu’elle se fonde sur la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 qui a été adoptée sans saisine préalable du conseil commun de la fonction publique et du conseil supérieur des personnels médicaux, odontologistes et pharmaceutiques, qu’elle a été édictée sans que l’institut ne lui propose préalablement une affectation sur un autre poste, qu’elle ne pouvait entrer en vigueur avant sa notification, le 21 septembre 2021 et qu’elle avait sollicité, au mois d’août 2021, la possibilité de solder ses droits à congés payés de sorte qu’elle n’aurait pas dû être suspendue.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2022, l’institut médico-social « Le Val Mandé », représenté par Me Minaud, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A... la somme de 2 000 au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d’annulation de l’avis des sommes à payer du 9 novembre 2021 présentées par Mme A... sont tardives ;
- les moyens invoqués par Mme A... ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré de l’irrecevabilité du moyen invoqué, par voie d’exception, de l’illégalité de la décision de suspension du 15 septembre 2021, qui était devenue définitive à la date à laquelle ce moyen a été soulevé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Gauthier-Ameil,
- et les conclusions de M. Bourgau, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Mme A..., éducatrice spécialisée au sein de l’institut médico-social « Le Val Mandé », a fait l’objet, par décision de son directeur du 15 septembre 2021, d’une suspension de fonctions au motif qu’elle ne justifiait pas de la régularité de sa situation au regard de son obligation de vaccination contre la covid-19. Le 9 novembre 2021, l’employeur de Mme A... a émis à son encontre un avis des sommes à payer d’un montant de 735,72 euros correspondant aux rémunérations indument perçues durant sa période de suspension. Par la présente requête, Mme A... demande au tribunal d’annuler cet avis des sommes à payer et de prononcer la décharge de la somme qui lui est réclamée.
Sur les conclusions à fin d’annulation et de décharge :
Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / (…) ».
L’illégalité d’un acte administratif non réglementaire ne peut être utilement invoquée par voie d’exception à l’appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l’application du premier acte ou s’il en constitue la base légale. Une exception d’illégalité soulevée à l’encontre d’une décision individuelle n’est recevable que tant que cette décision ne présente pas de caractère définitif. Une décision administrative devient définitive à l’expiration du délai de recours contentieux ou, si elle a fait l’objet d’un recours contentieux dans ce délai, à la date à laquelle la décision rejetant ce recours devient irrévocable.
A l’appui de ses conclusions à fin d’annulation et de décharge, Mme A... se prévaut, par voie d’exception, de l’illégalité de la décision du 15 septembre 2021 par laquelle le directeur de l’institut médico-social « Le Val Mandé » l’a suspendue de ses fonctions du fait du non-respect de son obligation vaccinale. Il résulte de l’instruction, et en particulier de la fiche informatique de suivi postal, que le pli contenant cette décision, qui comportait la mention des voies et délais de recours, a été notifiée à Mme A... le 30 septembre 2021, de sorte que le délai de recours contentieux expirait le 1er décembre 2021. Le recours gracieux formé, le 10 janvier 2022, par Mme A... à l’encontre de cette décision, qui était lui-même tardif, n’a pu avoir pour effet de proroger le délai de recours contentieux. Il s’ensuit qu’à la date à laquelle la requérante a invoqué le moyen tiré, par voie d’exception, de l’illégalité de la décision du 15 septembre 2021, cette dernière était devenue définitive. Par suite, ce moyen est irrecevable, ainsi que les parties en ont été informées, et doit être écarté dans toutes ses branches.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A... à fin d’annulation et de décharge ne peuvent qu’être rejetées sans qu’il soit besoin d’examiner la fin de non-recevoir opposée en défense.
Sur les frais de l’instance :
D’une part, il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de Mme A... une quelconque somme au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D’autre part, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise une quelconque somme à la charge de l’institut médico-social « Le Val Mandé », qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme A... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l’institut médico-social « Le Val Mandé » sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et à l’institut médico-social « Le Val Mandé ».
Délibéré après l'audience du 18 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
M. Gauthier-Ameil, premier conseiller,
M. Demas, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2025.
Le rapporteur,
F. GAUTHIER-AMEIL
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOT
La greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,