Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2200538
jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2200538 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 janvier 2022 et le 22 novembre 2023, la société Wipelec, représentée par Me Hadri, demande au tribunal :
1°) d'annuler les treize mises en demeure émises le 26 juillet 2021 et les deux mises en demeure émises le 25 août 2021 par le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne et la décision implicite par laquelle le recours administratif préalable obligatoire qu'elle a présenté le 22 septembre 2021 a été rejeté ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les mises en demeure sont insuffisamment motivées ;
- pour onze d'entre elles, portant sur des titres de perception émis entre 2013 et le 8 mars 2016, l'action en recouvrement des sommes est prescrite.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2023, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par ordonnance du 27 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 décembre 2023.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administratif pour connaître du moyen tiré de l'absence de motivation de mises en demeure contestées, dès lors que le moyen se rattache à la contestation relative à la régularité en la forme d'un acte de poursuite qui ressortit, en application des dispositions de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, de la compétence du juge de l'exécution.
La société Wipelec a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public, enregistrées le 25 septembre 2024.
Un mémoire en défense a été enregistré le 1er octobre 2024 pour le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne, après la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le livre des procédures fiscales ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
-la loi n° 2003-1312 du 30 décembre 2003 de finances rectificative pour 2003, en particulier son article 71 ;
-le décret n°80-854 du 30 octobre 1980 relatif aux taxes parafiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Tiennot,
- les conclusions de M. Allègre, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Wipelec, spécialisée dans l'activité de traitement et revêtement des métaux, s'est vue notifier entre le 29 mai 2013 et le 24 mai 2019 quinze titres exécutoires portant sur le recouvrement de créances relatives, d'une part, à des astreintes administratives au titre de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement et, d'autre part, à la mise en recouvrement de la taxe pour le développement des industries du secteur d'activité de la mécanique. Par treize mises en demeure valant commandement de payer en date du 26 juillet 2021 et deux mises en demeure valant commandement de payer en date du 25 août 2021, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne a engagé une action en recouvrement de ces quinze titres exécutoires. Par la présente requête, la société Wipelec demande l'annulation de quinze mises en demeure émises les 26 juillet 2021 et 25 août 2021 et de la décision implicite par laquelle le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'elle a présenté le 22 septembre 2021.
Sur le moyen tiré de l'absence de motivation :
2. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics compétents mentionnés à l'article L. 252 doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / Les contestations ne peuvent porter que : / 1° Soit sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° Soit sur l'existence de l'obligation de payer, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués, sur l'exigibilité de la somme réclamée, ou sur tout autre motif ne remettant pas en cause l'assiette et le calcul de l'impôt. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés, dans le premier cas, devant le juge de l'exécution, dans le second cas, devant le juge de l'impôt tel qu'il est prévu à l'article L. 199. ".
3. Le moyen tiré de ce que les mises en demeure valant commandement de payer contestées, prises sur le fondement de l'article L. 257 du livre des procédures fiscales, sont insuffisamment motivées relève d'une contestation relative à la régularité en la forme de ces actes de poursuite, qui relève de la compétence du juge judiciaire, juge de l'exécution, de telle sorte que le juge administratif n'est pas compétent pour en connaître. Le moyen doit donc être écarté.
Sur le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement :
4. Aux termes de l'article R*281-1 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 peuvent être formulées par le redevable lui-même ou la personne tenue solidairement ou conjointement. / Elles font l'objet d'une demande qui doit être adressée, appuyée de toutes les justifications utiles, au chef de service compétent suivant : a) Le directeur départemental ou régional des finances publiques du département dans lequel a été prise la décision d'engager la poursuite ", aux termes de l'article R* 281-3-1 du même code : " La demande prévue à l'article R* 281-1 doit, sous peine d'irrecevabilité, être présentée dans un délai de deux mois à partir de la notification : () c) A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, du premier acte de poursuite permettant de contester l'exigibilité de la somme réclamée. " et aux termes de l'article R*. 281-5 du même code : " Le juge se prononce exclusivement au vu des justifications qui ont été présentées au chef de service. Les redevables qui l'ont saisi ne peuvent ni lui soumettre des pièces justificatives autres que celles qu'ils ont déjà produites à l'appui de leurs mémoires, ni invoquer des faits autres que ceux exposés dans ces mémoires. ". Il résulte de ces dispositions que la prescription de l'action en recouvrement doit, en application du c de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales (LPF), être invoquée à l'appui de la réclamation préalable adressée à l'administration compétente dans un délai de deux mois à partir de la notification du premier acte de poursuite permettant de s'en prévaloir. Lorsqu'une réclamation a été présentée à l'administration à l'encontre de ce premier acte de poursuite sans invoquer un tel motif, le contribuable, s'il conteste devant le juge le rejet de cette réclamation, peut néanmoins invoquer devant ce juge, eu égard au premier alinéa de l'article
R. 281-5 du même livre, la prescription de l'action en recouvrement à la condition que celle-ci n'implique l'appréciation d'aucune autre pièce justificative ou circonstance de fait que celles qu'il a produites ou exposées dans sa réclamation.
5. Il résulte de l'instruction que si la société Wipelec a présenté une réclamation préalable au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne par un courrier du 22 septembre 2021, elle ne soulève pas, à cette occasion, la prescription de l'action en recouvrement à l'encontre des quinze mises en demeure contestées, de telle sorte que le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement doit être examiné dans les conditions rappelées au précédent point.
En ce qui concerne les mises en demeure portant sur le recouvrement des astreintes au titre de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement :
6. Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. ".
7. Il est constant que deux des mises en demeure émises le 26 juillet 2021 portent sur le recouvrement de créances non fiscales de l'Etat résultant respectivement d'un titre exécutoire émis le 15 mars 2013, pour un montant de 112 200 euros, et du 29 mai 2013, pour un montant de
38 793,69 euros. Il ne ressort d'aucun élément de l'instruction qu'un acte de nature à interrompre ou suspendre le délai de prescription serait intervenu après l'émission de ces titres exécutoires. Par suite, la prescription de cinq ans de l'action en recouvrement était acquise lors de la notification desdites mises en demeure du 26 juillet 2021, de telle sorte qu'elles doivent être annulées.
En ce qui concerne les neuf mises en demeure portant sur le recouvrement de la taxe pour le développement des industries du secteur d'activité de la mécanique :
8. Aux termes du E de l'article 71 de la loi du 30 décembre 2003, dans sa version applicable jusqu'au 22 décembre : " I.- Il est institué une taxe pour le développement des industries suivantes : () 4° Construction métallique ; ()Pour le secteur d'activité de la mécanique et du décolletage, le produit de la taxe, dont le taux est mentionné au 1° du VII du présent E, est affecté à hauteur de 97 % au Centre technique des industries mécaniques et à hauteur de 3 % au Centre technique des industries mécaniques et du décolletage.() III.- La taxe est assise sur le chiffre d'affaires hors taxes réalisé au titre des ventes, exportations, mises en location ou autres prestations de services et des opérations à façon portant sur les produits mentionnés au premier alinéa du II. () VIII.- Les redevables adressent au Comité de coordination des centres de recherche en mécanique, au plus tard le 25 du mois suivant l'expiration de chaque semestre, la déclaration du chiffre d'affaires imposable qu'ils ont réalisé au titre du semestre échu. Cette déclaration est conforme à un modèle établi par arrêté du ministre chargé de l'industrie. () L'ensemble des opérations liées au recouvrement de la taxe et au versement de son produit aux centres techniques fait l'objet d'une comptabilité distincte tenue par le Comité de coordination des centres de recherche en mécanique. / Le produit de la taxe est versé semestriellement aux centres techniques mentionnés au I. La part revenant à chaque centre est égale à la quote-part du produit de la taxe correspondant au chiffre d'affaires réalisé par le secteur intéressé. / Lorsqu'elle est due sur les produits importés, la taxe est recouvrée par l'administration des douanes et droits indirects, selon les règles, garanties et sanctions applicables en matière de droits de douanes. Le produit de la taxe est versé mensuellement au centre technique concerné pour les produits de son secteur d'activité. () J.- Les taxes mentionnées aux A à I bis sont régies par les dispositions complémentaires suivantes. () / Le recouvrement de ce titre est effectué par le comptable compétent de la direction générale des finances publiques, selon les mêmes procédures et sous les mêmes sanctions, garanties, sûretés et privilèges que les impôts directs./ L'action en recouvrement se prescrit à l'issue d'un délai de quatre ans à compter du jour où le titre a été rendu exécutoire./ Les contestations relatives au recouvrement de la taxe et aux poursuites sont présentées, instruites et jugées selon les règles applicables en matière d'impôts directs. ".
9. Il résulte de l'instruction que les neuf mises en demeure émises le 26 juillet 2021 en vue du recouvrement de la taxe visée par les dispositions précitées portent sur des titres exécutoires émis respectivement les 18 décembre 2014, 22 décembre 2014 et 8 mars 2016 et qu'aucun acte interruptif de prescriptif n'est intervenu depuis lors. Par suite, la prescription de quatre ans de l'action en recouvrement était acquise lors de la notification des mises en demeure du 26 juillet 2021, de telle sorte qu'elles doivent être annulées.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les onze mises en demeure émises le 26 juillet 2021 pour le recouvrement des titres de perception des 15 mars 2013, 29 mai 2013, 18 décembre 2014, 22 décembre 2014 et 8 mars 2016 doivent être annulées, de même que la décision portant rejet du recours de la société Wipelec s'agissant de ces décisions.
11. En revanche, les conclusions tendant à l'annulation des quatre mises en demeure des 26 juillet 2021 et 25 août 2021, portant respectivement sur les titres exécutoires des 14 novembre 2016, 10 juillet 2017 et 24 mai 2019 relatifs à des consignations environnementales doivent, quant à elles, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les onze mises en demeure émises le 26 juillet 2021 pour le recouvrement des titres de perception des 15 mars 2013, 29 mai 2013, 18 décembre 2014, 22 décembre 2014 et 8 mars 2016 sont annulées, de même que la décision portant rejet du recours dirigé contre ces décisions.
Article 2 : Le surplus des conclusions à fin d'annulation est rejeté.
Article 3 : L'Etat versera à la société Wipelec la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Wipelec et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lalande, président,
M. Pradalié, premier conseiller,
Mme Tiennot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
La rapporteure,
S. TIENNOT
Le président,
D. LALANDELa greffière,
C. KIFFER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,0
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2618596
01/09/2026
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2618522
01/09/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2604282
01/09/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2503670
01/09/2026