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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2202848

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2202848

lundi 9 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2202848
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBAYONNE PIERRE-EDGARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mars 2022, M. D C, représenté par Me Bayonne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision portant refus de séjour :

* est entachée d'incompétence ;

* est entachée d'un défaut de motivation ;

* méconnaît les articles 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* est entachée d'un défaut d'examen de sa situation individuelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte grave à sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, notamment son article 18 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga qui a informé à l'audience les parties en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre un refus de séjour qui n'existe pas.

M. C et le préfet de Seine-et-Marne n'étaient ni présents ni représentés.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 10h17.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant congolais (République du Congo), né le 14 avril 1995 à Brazzaville (République du Congo), entré en France le 23 aout 2019 selon le relevé des informations de la base de données " TelemOfpra " produit en défense, a sollicité l'asile qui lui a été refusé par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) le 28 novembre 2019 contre laquelle les conclusions en annulation ont été rejetées par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 7 octobre 2021. Par arrêté du 10 février 2022, le préfet de Seine-et-Marne a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 10 février 2022.

Sur le refus d'admission au séjour :

2. Il ressort du dispositif de l'arrêté du 10 février 2022 que le préfet de Seine-et-Marne n'a opposé à M. C aucun refus de séjour au titre de l'asile. Les conclusions dirigées contre une telle décision qui n'existe pas sont donc irrecevables et les moyens soulevés à cet effet inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 de ce code prévoit que " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ". Le premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet, ainsi qu'il a été dit au point 1, d'un rejet de sa demande d'asile. Il ressort des termes de la décision de la CNDA, mise au contradictoire à l'audience par le magistrat désigné, que la formation de jugement de la Cour, si elle a émis des doutes quant à la filiation du requérant, ne s'est toutefois pas fondé sur ce point pour rejeter son recours tout en écartant le certificat administratif de l'Ofpra du 17 janvier 2023. Toutefois, ce certificat administratif porte le numéro 2000-01-02757 qui est le numéro mentionné sur le certificat de dépôt de la demande d'asile du 19 janvier 2000 de Mme A B que le requérant déclare comme étant sa mère et qui a obtenu la qualité de réfugiée. Ce même certificat administratif, s'il comporte deux divergences par rapport au passeport présenté au dossier, à savoir une partie du nom devenant le premier prénom et le genre de l'intéressé, erreurs au demeurant possibles eu égard à la date et aux déclarations faites dans la demande d'asile, précise que la personne citée bénéficie de la qualité de réfugié en tant que mineur, document qui ne peut être établi que si l'enfant mineur du parent reconnu réfugié se trouve en France au moment de la reconnaissance de la qualité de réfugié. Sur ce dernier point, le requérant indique être entré en France en 2019 selon le relevé " TelemOfpra " cité au point 1. En outre, le passeport présenté au dossier a été établi par les autorités congolaises alors que le certificat précité indique clairement l'impossibilité de s'adresser aux autorités de son pays d'origine pour l'obtention de documents officiels, la Cour indiquant dans sa décision précitée clairement que l'intéressé est entré en France le 23 août 2019 muni d'un passeport d'emprunt. Par ailleurs, le courrier du ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement du 28 avril 2008 relative à la demande de regroupement familial déposée par Mme A B ne porte pas le nom de son enfant résidant à l'époque au Bénin en sorte qu'il est impossible au juge de déterminer s'il s'agit du requérant. Pour finir, le document intitulé dans le bordereau de pièces " liens familiaux en France de M. C " ne porte aucunement le nom du requérant. Le dossier comporte donc beaucoup d'incohérences sur l'identité du requérant et son statut au regard du droit d'asile alors que le préfet se borne en défense à indiquer " que [la] requête n'appelle aucune observation particulière de [sa] part " en sorte qu'il n'apporte aucun élément permettant de lever les doutes sur les points précités alors que la question de la qualité de réfugié revêt, eu égard au haut degré de protection en faveur des bénéficiaires d'une protection internationale au regard de la Constitution, du droit international, du droit de l'Union européenne et du droit européen, un caractère d'une particulière importance. Dans ces conditions, il y a lieu de considérer que le préfet de Seine-et-Marne a entaché sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de M. C.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 10 février 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de l'autre décision attaquée, privée de base légale, par laquelle cette autorité a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

7. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet de Seine-et-Marne réexamine la situation de M. C et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Eu égard aux motifs retenus pour le défaut d'examen, il y a lieu d'enjoindre à l'autorité administrative de prendre l'attache de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) afin de déterminer la situation du requérant au regard du droit d'asile au regard notamment de son identité éventuellement à déterminer et de vérifier l'authenticité du certificat administratif précité du 17 janvier 2023 et de la filiation avec Mme A B. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de saisir l'Office dans le délai d'un mois et de procéder à ce réexamen dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. Enfin, les annulations prononcées n'impliquent aucune autre injonction.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée par M. C, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 février 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a obligé M. D C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer la situation de M. D C dans un délai de six mois et de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) dans un délai d'un mois dans les conditions définies au point 7.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : G. Girard-Ratrenaharimanga

La greffière,

Signé : S. Aït Moussa

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Aït Moussa

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