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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2203283

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203283

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2203283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er avril 2022, M. B A C, représenté par Me de Sèze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 10 mars 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil a refusé de rétablir ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil rétroactivement depuis leur suspension, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil.

Il soutient que :

- la décision querellée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que sa vulnérabilité n'a pas été prise en considération et qu'il n'est pas démontré que l'agent ayant procédé à l'entretien avait été formé à cette fin ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015, fixant le contenu du questionnaire d'évaluation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile, qui méconnaît les dispositions de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que, sa demande d'asile ayant été requalifiée en procédure accélérée par les autorités françaises qui se sont reconnues responsables de l'instruction de celle-ci, l'OFII était tenu de rétablir ses conditions matérielles d'accueil.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Seignat, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A C, ressortissant soudanais né le 1er mars 1992, a vu sa demande d'asile enregistrée en procédure Dublin le 9 août 2017 et acceptait l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le même jour. Le transfert de l'intéressé vers les autorités italiennes, responsables de sa demande d'asile, n'a pu être exécuté, M. A C ne s'étant pas présenté pour son réacheminement par avion. En conséquence, il a été placé en fuite le 28 novembre 2017 et l'OFII a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil. M. A C a présenté une nouvelle demande d'asile enregistrée en procédure accélérée le 11 janvier 2022. Par courrier du 28 janvier 2022, M. A C sollicitait le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par décision du 10 mars 2022, la directrice territoriale de l'OFII rejetait sa demande. L'intéressé s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire par décision du 8 février 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par la présente requête, M. A C demande au tribunal d'annuler la décision du 10 mars 2022 refusant de rétablir ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2022. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur () / b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national (). / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée () compte tenu du principe de proportionnalité. () ".

4. Aux termes des dispositions alors codifiées à l'article L. 714-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Les autorités en charge de l'asile peuvent organiser, le cas échéant en effectuant des missions sur place, la réinstallation à partir de pays tiers à l'Union européenne de personnes en situation de vulnérabilité relevant de la protection internationale. Ces personnes sont autorisées à venir s'établir en France par l'autorité compétente. ". Aux termes des dispositions alors codifiées à l'article L. 744-1 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile () sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente () ". Aux termes des dispositions alors codifiées à l'article L. 744-7 du même code : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil () est subordonné à l'acceptation par le demandeur d'asile de l'hébergement proposé, déterminé en tenant compte de ses besoins, de sa situation au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6 et des capacités d'hébergement disponibles. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, des conséquences de l'acceptation ou du refus de l'hébergement proposé. () ". Enfin, aux termes des dispositions alors codifiées à l'article L. 744-8 du même code : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile () n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; () / 3° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile () / La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. ".

5. Par une décision n° 428314 du 17 avril 2019, le Conseil d'Etat statuant au contentieux a jugé que si les termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

6. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels elle se fonde. Elle indique que le requérant, qui n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités et de répondre aux demandes d'information, a dès lors été placé en fuite le 28 novembre 2017. Elle mentionne également qu'il n'a pas justifié des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté ces obligations et que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale n'a fait apparaître aucun facteur de vulnérabilité. La décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A C.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et des termes mêmes de la décision attaquée que M. A C a bénéficié d'un entretien visant à évaluer sa vulnérabilité le 22 février 2022, avant que ne lui soit refusé le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil le 10 mars 2022. Il ressort également des pièces du dossier que l'évaluation de la vulnérabilité de l'intéressé a été réalisée par un agent de l'OFII, sans interprète, M. A C parlant le français. Si le requérant soutient que ledit agent n'a pas bénéficié d'une formation spécifique, il n'apporte aucun d'élément de nature à l'établir et n'avance aucune allégation sérieuse à l'appui de ce moyen. En tout état de cause, le requérant ne se prévaut d'aucun facteur particulier de vulnérabilité. Par suite, M. A C n'est pas fondé à soutenir que la décision aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

8. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile, désormais codifiées à l'article L. 522-3 : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. () ".

9. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative que si cette dernière a été prise pour son application ou s'il en constitue la base légale. Le requérant ne saurait, dès lors, utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile mentionné par les dispositions précitées, la décision attaquée n'ayant pas été prise pour son application et n'en constituant pas la base légale.

10. En dernier lieu, il résulte des dispositions citées au point 4 que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de sa demande d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'OFII de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'OFII, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

11. Dès lors que le rétablissement des conditions matérielles d'accueil n'est, même à la suite de l'enregistrement de la demande d'asile, aucunement de plein droit, l'OFII a pu légalement considérer que M. A C, qui ne justifie pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil et ne fait état d'aucun facteur particulier de vulnérabilité, ne démontrait pas être dans une situation justifiant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la directrice territoriale de l'OFII a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil alors qu'il était de nouveau titulaire d'une attestation de demande d'asile depuis le 11 janvier 2022.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 mars 2022 refusant de rétablir ses conditions matérielles d'accueil. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission de M. A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Freydefont, président,

M. Rehman-Fawcett, conseiller,

Mme Seignat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

La rapporteure,

D. Seignat

Le président,

C. FreydefontLa greffière,

L. Sueur

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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