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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2203434

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203434

jeudi 12 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2203434
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET LANDOT & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a été saisi par l'association Mobilité réduite du Sud Seine-et-Marne d'un recours pour excès de pouvoir contre le rejet implicite de sa demande de mise en conformité de la place de l'Étape à Fontainebleau aux règles d'accessibilité pour les personnes handicapées. La commune soutenait que la requête était devenue sans objet après des travaux réalisés en novembre 2023, mais le tribunal a rejeté cette exception, estimant que la décision initiale avait produit des effets et n'avait pas été retirée. Sur le fond, le tribunal a examiné les moyens au regard de la loi du 11 février 2005 et des décrets de 2006 relatifs à l'accessibilité de la voirie. La solution retenue n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais le jugement a été rendu après audience publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 avril 2022, le 30 août 2024 et le

21 novembre 2024, l'association Mobilité réduite du Sud Seine-et-Marne, représentée par son président, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Fontainebleau a rejeté sa demande du 17 janvier 2022 tendant à la mise en conformité de place de l'étape à la réglementation relative à l'accessibilité des personnes handicapées et à mobilité réduite ;

2°) d'enjoindre à la commune de Fontainebleau de mettre en conformité ladite place dans un délai de trois mois à compter du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Fontainebleau une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a intérêt à agir ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas fait l'objet

de l'accusé de réception prévu aux articles L. 112-4 et R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnait les dispositions du décret du 21 décembre 2006 et de l'arrêté du

15 janvier 2007 portant application du décret n° 2006-1658 du 21 décembre 2006 relatif aux prescriptions techniques pour l'accessibilité de la voirie et des espaces publics ;

- elle méconnait le principe de non-discrimination ;

-elle méconnait la liberté d'aller et venir et la liberté de circuler ;

- elle méconnait le principe d'égalité.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 décembre 2023 et le 29 octobre 2024, la commune de Fontainebleau, représentée par Me Landot, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de l'association Mobilité réduite du Sud Seine-et-Marne le paiement de la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

-la requête est devenue sans objet dès lors que des travaux de mise en conformité ont été réalisés en novembre 2023 ;

- la requête est irrecevable en l'absence de qualité du président de l'association pour ester en justice au nom de l'association ;

-elle est irrecevable en l'absence d'intérêt pour agir de l'association ;

-elle est irrecevable en l'absence de décision faisant grief ;

- aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

-la loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées

-le décret n°2006-1657 du 21 décembre 2006 relatif à l'accessibilité de la voirie et des espaces publics ;

-le décret n° 2006-1658 du 21 décembre 2006 relatif aux prescriptions techniques pour l'accessibilité de la voirie et des espaces publics ;

- l'arrêté du 15 janvier 2017 portant application du décret n° 2006-1658 du

21 décembre 2006 relatif aux prescriptions techniques pour l'accessibilité de la voirie et des espaces publics ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tiennot,

- les conclusions de M. Pradalié, rapporteur public,

- et les observations de Me Hébert, représentant la commune de Fontainebleau.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier en date du 17 janvier 2022, reçu par la commune de Fontainebleau le 18 janvier 2022, l'association Mobilité réduite du Sud Seine-et-Marne a saisi la commune de Fontainebleau d'une demande de mise en conformité à la réglementation relative à l'accessibilité des personnes handicapées et à mobilité réduite, des zones pavées sur la place de l'étape, située dans la commune. La commune de Fontainebleau a accusé formellement réception de cette demande par un courrier du 2 février 2022, qui ne constitue pas une décision faisant grief, et une décision implicite de rejet de cette demande est née le 18 mars 2022, dont l'association Mobilité réduite du Sud Seine-et-Marne doit être regardée comme demandant l'annulation dans le cadre de la présente requête.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la présente requête, qui est un recours pour excès de pouvoir dont l'objet est, à titre principal, l'annulation de la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Fontainebleau a rejeté la demande de l'association Mobilité réduite du Sud Seine-et-Marne du 17 janvier 2022, soit dépourvue d'objet. En particulier, la seule circonstance que certaines des non-conformités visées dans la demande initiale auraient été corrigées postérieurement à la date de la décision n'est pas de nature à faire regarder la décision initiale, qui a produit des effets, comme ayant été retirée. Par suite, les conclusions aux fins de non-lieu ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 45 de la loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées :

" I. - La chaîne du déplacement, qui comprend le cadre bâti, la voirie, les aménagements des espaces publics, les systèmes de transport et leur intermodalité, est organisée pour permettre son accessibilité aux personnes handicapées ou à mobilité réduite. ". Aux termes de l'article 1er du décret n° 2006-1657 du 21 décembre 2006 relatif à l'accessibilité de la voirie et des espaces publics : " A compter du 1er juillet 2007, l'aménagement, en agglomération, des espaces publics et de l'ensemble de la voirie ouverte à la circulation publique () est réalisé de manière à permettre l'accessibilité de ces voiries et espaces publics aux personnes handicapées ou à mobilité réduite avec la plus grande autonomie possible. / Ces dispositions sont applicables à l'occasion de la réalisation de voies nouvelles, d'aménagements ou de travaux ayant pour effet de modifier la structure des voies ou d'en changer l'assiette ou de travaux de réaménagement, de réhabilitation ou de réfection des voies, des cheminements existants ou des espaces publics, que ceux-ci soient ou non réalisés dans le cadre d'un projet de mise en accessibilité de la voirie et des espaces publics. ". Aux termes de l'article 1er du décret n°2006-1658 du 21 décembre 2006 relatif aux prescriptions techniques pour l'accessibilité de la voirie et des espaces publics, pris en application de cet article : " I. - Les aménagements destinés à assurer aux personnes handicapées, quel que soit leur handicap, et aux personnes à mobilité réduite l'accessibilité des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique et des autres espaces publics doivent satisfaire aux caractéristiques techniques suivantes : 1° Cheminements. Le sol des cheminements créés ou aménagés n'est pas meuble, le revêtement n'est pas glissant et ne comporte pas d'obstacle. Le profil en long présente la pente la plus faible possible et comporte le minimum de ressauts. Lorsque ceux-ci ne peuvent être évités, ils comportent des bords arrondis ou chanfreinés. () Des cheminements praticables, sans obstacle pour la roue, la canne ou le pied, sont aménagés pour permettre l'usage et la traversée des espaces publics, y compris des voies ou espaces pavés. ".

4. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des échanges entre l'association requérante et la commune, qu'en janvier 2021, l'opération de travaux de réfection de la place de l'Etape était en cours de conception, un premier plan de masse ayant été adressé au président de l'association, que les travaux ont débuté entre " l'été 2021 " et " l'automne 2022 ", que le

20 janvier 2022, un marché d'assistance à maitrise d'ouvrage a été conclu entre la commune et l'association en vue d'accompagner la commune sur la mise en accessibilité de la voirie et que, dans son accusé de réception du 2 février 2022, alors que les travaux étaient encore en cours, la commune de Fontainebleau indique faire " le point avec l'entreprise en charge de la pose des pavés sur la question de l'accessibilité ". Ainsi, il résulte de ce qui précède qu'à la date de naissance de la décision implicite de rejet qui est en litige, les travaux de la place de l'Etape étaient encore en cours de réalisation et que des travaux visant à l'accessibilité des pavés litigieux ont été réalisés jusqu'en novembre 2023. Par suite, et dans les circonstances particulières de l'espèce, à la date de la décision attaquée, les prescriptions techniques précitées, qui ne sont applicables, aux termes de l'article 1er du décret n° 2006-1657, qu'à l'occasion d'aménagements ou de travaux réalisés, n'étaient, dans le temps, pas encore applicables. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance du décret n° 2006-1658 du 21 décembre 2006 et de l'arrêté du 15 janvier 2017 sont inopérants et doivent être écartés.

5. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que développés aux points précédents, dès lors qu'aucune non-conformité à la réglementation relative à l'accessibilité des personnes handicapées et à mobilité réduite n'était établie à la date de la décision litigieuse, l'association Mobilité réduite du Sud Seine-et-Marne n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porte atteinte au principe de non-discrimination, à la liberté d'aller et venir et de circuler et au principe d'égalité.

6. Il résulte ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Les conclusions aux fins d'annulation ayant été rejetées, les conclusions à fins d'injonction ne peuvent également qu'être rejetées, par voie de conséquence. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que des travaux de mise en conformité des pavés litigieux ont été réalisés par la commune jusqu'en novembre 2023. A cet égard, si l'association Mobilité réduite du Sud Seine-et-Marne soutient que ces travaux ne sont pas de nature à avoir permis la mise en conformité des pavés litigieux, il résulte du rapport du 5 décembre 2023 que, pour les quatre zones concernées, l'ensemble des aspérités présentant une profondeur supérieure à 2 centimètres ont été mises à niveau. Par ailleurs, si l'association requérante produit un constat de commissaire de justice du

20 août 2024 indiquant qu'à quatre endroits les pavés sont " bombés ", que certains " présentent des aspérités ", " dépassent les uns par rapport aux autres " et que " l'état des pavés provoque une gêne à la marche par endroits ", ces éléments, qui sont insuffisamment précis, ne sont pas de nature à remettre en cause les constats du rapport du 5 décembre 2023. Dans ces conditions, les travaux réalisés par la commune de Fontainebleau jusqu'en novembre 2023 doivent être regardés comme ayant été de nature à mettre en conformité les pavés litigieux à la réglementation relative à l'accès aux personnes handicapées et à mobilité réduite. Par suite, les conclusions à fins d'injonction doivent, en tout état de cause, être rejetées.

Sur les frais liés au litige

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 s'opposent à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de l'association Mobilité réduite du Sud Seine-et-Marne présentées sur leur fondement.

9. Il n'y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association Mobilité réduite du Sud Seine-et-Marne le paiement de la somme demandée par la commune de Fontainebleau au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Mobilité réduite du Sud Seine-et-Marne est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Fontainebleau sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Mobilité réduite du Sud Seine-et-Marne et à la commune de Fontainebleau.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

Mme Tiennot, première conseillère,

Mme Arassus, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2025.

La rapporteure,

S. TIENNOTLe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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