Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2207029
vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2207029 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Stephan, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 mai 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse et de son enfant ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, à titre principal, de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse et de son enfant dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision contestée :
- n'a pas été signée par une autorité compétente ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- n'a pas été précédée d'un examen circonstancié de sa situation dès lors que le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée pour opposer un motif tenant à son comportement et n'a pas examiné les conséquences de sa décision sur sa vie privée et familiale ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale relative à sa vie familiale et qu'il dispose de ressources et d'un logement suffisants ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Marine Robin, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien, a sollicité le 25 septembre 2019, le regroupement familial au bénéfice de son épouse et de son enfant. Par une décision du 25 mai 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande au motif que ses condamnations pénales démontraient un comportement inapproprié et le non-respect des valeurs républicaines.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article L. 434-7 du même code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes () / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ".
3. Pour refuser à M. A le bénéfice du regroupement familial pour son épouse et son enfant, le préfet de Seine-et-Marne a relevé que les condamnations de M. A démontraient un comportement inapproprié et un non-respect des valeurs républicaines. Toutefois, d'une part, s'il ressort des pièces du dossier que le bulletin n° 2 du casier judiciaire de M. A porte mention de trois condamnations prononcées au cours des années 2012, 2013 et 2018 pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance pour lesquels il a été condamné à des amendes et à quatre mois d'emprisonnement avec sursis, aucune d'entre elles n'est de nature à caractériser une méconnaissance par le requérant des principes essentiels qui régissent la vie familiale en France au sens des dispositions citées ci-dessus du 3° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, il ne résulte pas de ces dispositions, ni d'aucune disposition législative ou réglementaire ni d'aucun principe, que le droit au regroupement familial soit soumis de manière générale à une condition de respect des " valeurs républicaines ". Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la décision en litige fait une inexacte application des dispositions citées au point 2.
4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 25 mai 2022 par laquelle le préfet du Seine-et-Marne lui a refusé le bénéfice du regroupement familial pour son épouse et son enfant.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
5. Le présent jugement n'implique pas nécessairement, compte tenu du motif qui le fonde, que le bénéfice du regroupement familial sollicité par M. A soit accordé. En revanche, il implique nécessairement que le préfet de Seine-et-Marne réexamine la demande de l'intéressé. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de procéder à ce réexamen et de fixer à deux mois le délai dans lequel il devra intervenir.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet de Seine-et-Marne du 25 mai 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de procéder au réexamen de la demande de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Marine Robin, conseillère,
Mme Héloïse Mathon, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteure,
M. Robin
Le président,
T. GallaudLa greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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