Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2207232

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2207232
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun annule l'arrêté préfectoral du 25 mai 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne avait mis en demeure M. A, propriétaire d'un logement, de sécuriser son installation électrique sous cinq jours. La juridiction a jugé que le danger ponctuel imminent pour la santé publique n'était pas caractérisé, le rapport d'enquête sanitaire se bornant à des constats imprécis et non étayés sur la nature des désordres électriques. La solution retenue est fondée sur l'article L. 1311-4 du code de la santé publique, qui exige un danger imminent pour ordonner de telles mesures. Les conclusions indemnitaires et la demande d'enquête administrative ont été rejetées comme irrecevables.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juillet 2022, M. D A doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté préfectoral du 25 mai 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a mis en demeure de mettre en sécurité l'installation électrique du logement qu'il loue au 61, rue du Commandant B E à Saint-Mandé dans un délai de 5 jours ;

2°) de prescrire une enquête administrative portant sur les conditions d'élaboration du rapport du 24 mai 2022 par le technicien sanitaire et de sécurité sanitaire de l'Agence régionale de santé ;

3°) de lui allouer des dommages et intérêts.

Il soutient que :

- l'arrêté du 25 mai 2022 a été édicté sur le fondement d'un rapport d'enquête irrégulier : ce dernier comprend des inexactitudes ; il s'appuie sur un faux document d'état des lieux ; il est entaché d'insuffisances dès lors qu'il ne mentionne pas qu'une personne était présente en plus de la locataire lors de la visite du 23 mai 2022, que la mairie de Saint-Mandé a clôturé le dossier le 24 mai 2022, qu' il ne mentionne pas que la locataire fait l'objet d'une procédure d'expulsion et d'autres procédures, y compris pénale, pour faux et usage de faux, dégradation de biens d'autrui et vandalisme ;

- il n'a pas obtenu communication des éléments constitutifs du dossier, et notamment du rapport d'enquête du 24 mai 2022, avant le 4 juillet 2022 ;

- le danger électrique imminent n'est pas caractérisé ; le rapport du 24 mai 2022 n'est pas basé sur un rapport du Consuel ou celui d'un électricien mais est basé sur les déclarations de la locataire et des éléments inexacts ;

- l'arrêté préfectoral du 25 mai 2022 a été édicté pour les besoins de la locataire du logement, qui d'ailleurs refuse que les travaux soient exécutés, et non pour des considérations sanitaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2022, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un courrier du 12 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office, tirés 1°) de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires en l'absence de réclamation préalable indemnitaire et 2°) de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce que le tribunal prescrive une enquête administrative qui ne relèvent pas des pouvoirs du juge administratif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Prissette,

- et les conclusions de M. Grand, rapporteur public.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A est propriétaire d'un logement situé au 61, rue du Commandant B E à Saint-Mandé. Par un arrêté du 25 mai 2022, la préfète du Val-de-Marne l'a mis en demeure, sur le fondement des dispositions de l'article L. 1311-4 du code de la santé publique, de mettre en sécurité l'installation électrique de ce logement dans un délai de cinq jours à compter de sa notification. M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 1311-4 du code de la santé publique : " En cas d'urgence, notamment de danger ponctuel imminent pour la santé publique, le représentant de l'Etat dans le département peut ordonner l'exécution immédiate, tous droits réservés, des mesures prescrites par les règles d'hygiène prévues au présent chapitre. / () ".

3. Pour prendre la mise en demeure contestée, la préfète du Val-de-Marne a relevé que le rapport faisant suite à la visite du logement situé 61 rue du Commandant B E à Saint-Mandé par le technicien sanitaire et de sécurité sanitaire de l'Agence régionale de santé le 23 mai 2022 mettait en évidence un danger imminent pour la santé ou la sécurité physique des personnes, compte tenu d'une installation électrique non sécurisée. M. A soutient que le danger ponctuel imminent n'était pas caractérisé.

4. En l'espèce, le rapport du 24 mai 2022 a d'abord relevé, s'agissant du logement en cause, la défectuosité d'une prise électrique située dans la cuisine. Toutefois, le même rapport précise que la charge de son remplacement incombe au locataire, de sorte que ce désordre ne peut justifier l'édiction de l'arrêté contesté à l'encontre de M. A. En outre, si ce rapport, auquel renvoie la décision attaquée, comprend des photographies du compteur électrique, du tableau électrique, de la plaque de cuisson et du chauffe-eau, et indique qu'ont pu être constatées, s'agissant de l'installation électrique du logement, " un certain nombre d'anomalies " et enfin que les plaques de cuisson et le chauffe-eau " ne semblent plus être alimentés en électricité ", ces seuls éléments ne sont étayés d'aucun constat relatif à la nature des désordres qui toucheraient l'installation électrique du logement, alors que M. A produit le courriel du 21 mai 2021 par lequel sa locataire l'a informé de ce que son chauffe-eau était à remplacer en raison d'une panne de résistance. Dans ces conditions, la préfète du Val-de-Marne se limitant à faire valoir en défense que ledit rapport " décrit, de façon précise et technique, toutes les caractéristiques démontrant que ce local présente un danger imminent pour la santé physique des locataires " sans apporter d'élément plus précis de nature à caractériser l'imminence d'un tel danger, M. A est fondé à soutenir que les seuls constats relevés par le technicien sanitaire et de sécurité sanitaire de l'Agence régionale de santé étaient insuffisants à fonder l'édiction de l'arrêté du 25 mai 2022.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 25 mai 2022 doit être annulé.

Sur les conclusions tendant à ce que le tribunal prescrive une enquête administrative :

6. Les conclusions présentées par M. A et tendant à ce que le tribunal prescrive une enquête administrative portant sur les conditions d'élaboration du rapport du 24 mai 2022 par le technicien sanitaire et de sécurité sanitaire de l'Agence régionale de santé, qui ne relèvent pas de l'office du juge administratif, ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

8. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que les conclusions indemnitaires présentées par M. A auraient été précédées d'une demande préalable devant l'administration. Dès lors, le contentieux n'étant pas lié sur ce point, les conclusions du requérant tendant à l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis, au demeurant non chiffrées, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète du Val-de-Marne du 25 mai 2022 est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la ministre de la santé et de l'accès aux soins.

Copie en sera adressée au préfet du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,

M. Combier, conseiller,

Mme Prissette, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

L. PRISSETTE

La présidente,

I. GOUGOTLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,1