Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2207276
jeudi 26 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2207276 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DM AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Dokhan, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 février 2022 par laquelle par laquelle le maire de la commune de Choisy-le-Roi l'a exclu définitivement de son emplacement situé sur le marché municipal du centre ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Choisy-le-Roi de l'autoriser à occuper son emplacement sur le marché du centre de la commune ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Choisy-le-Roi une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, ne le mettant pas en mesure de présenter des observations préalablement à la mesure d'exclusion qui lui a été infligée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait le règlement de marché, en tant qu'elle prononce à son encontre une exclusion de longue durée non prévue pour les faits reprochés, dès lors qu'aux termes de l'article 46 dudit règlement, le commerçant poursuivi pour avoir prononcé des insultes à l'encontre d'un agent de l'administration ou d'une autorité chargée de la police du marché ne peut se voir infliger qu'un avertissement s'agissant de la première infraction, et en toute hypothèse qu'une exclusion maximale de 6 mois ;
- elle méconnait l'article 45 du règlement de marché et le principe de proportionnalité, de nécessité et d'adaptation aux faits reprochés, des sanctions et des mesures de police administrative en tant que le maire a prononcé une exclusion de longue durée sans que celui-ci ait pris soin de fixer la durée de l'exclusion.
La requête a été communiquée à la commune de Choisy-le-Roi qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pradalié,
- les conclusions de M. Allègre, rapporteur public,
- les observations de Me Dokhan, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A exerçait une activité de commerçant non sédentaire en vente de produits d'entretien depuis l'année 2016 sur le marché du centre de la commune de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne). Par une décision en date du 14 février 2022, le maire de la commune de Choisy-le-Roi a pris une décision d'exclusion de longue durée du marché de la commune à l'encontre de M. A. Il demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. () " . Aux termes de l'article L. 122-2 de ce code : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; 2° Infligent une sanction () ".
3. Il ressort des éléments produits, et en particulier du texte même de la décision attaquée, que le maire de la commune de Choisy-le-Roi a fondé sa décision sur l'article 4 du règlement des marchés communaux qui dispose que le maire peut prononcer une sanction administrative en cas de non-respect du règlement des marchés communaux, et sur l'article 46 du règlement des marchés communaux faisant mention de la sanction d'exclusion de longue durée. Eu égard au caractère de sanction administrative que présentait dans les circonstances de l'espèce la décision d'exclusion de longue durée du marché de Choisy-le-Roi et à sa gravité, une telle mesure ne pouvait légalement intervenir sans que M. A eût été mis à même de discuter les griefs formulés contre lui. Ainsi, le respect du principe général des droits de la défense impliquait que l'occupant fût informé, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et de la sanction encourue.
4. Dans le cas présent, si le courrier adressé le 30 décembre 2021 par M. A au maire de la commune de Choisy-le-Roi fait état de ce qu'il aurait laissé au mois d'octobre son frère gérer son commerce, et que ce dernier a eu une altercation avec l'adjoint au maire en charge des marchés, il ne résulte d'aucun élément que M. A aurait été informé avant la réception de la décision attaquée en date du 14 février 2022 des faits qui lui étaient reprochés. Dès lors, faute d'avoir été informé des griefs formulés à son encontre et de la sanction encourue pour les infractions qui lui étaient reprochées, M. A n'a pas été mis à même de présenter utilement sa défense et ses observations auprès de la commune de Choisy-le-Roi. Par suite, il est fondé à soutenir que le caractère contradictoire de la procédure a été méconnu.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision litigieuse.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution / () ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ".
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, et seul susceptible de l'être en l'état du dossier, le présent jugement implique seulement d'enjoindre à la commune de Choisy-le-Roi de réexaminer la situation de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de la commune de Choisy-le-Roi au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du maire de la commune de Choisy-le-Roi du 14 février 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Choisy-le-Roi de réexaminer la situation de
M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Article 3 : La commune de Choisy-le-Roi versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Choisy-le-Roi
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lalande, président,
M. Pradalié, premier conseiller,
M. Fanjaud, conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 décembre 2024.
Le rapporteur,
G. PRADALIELe président,
D. LALANDE
La greffière,
C. KIFFER
La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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