Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2207626
mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2207626 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | GENESIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 août 2022 et 7 septembre 2023, la société Copror, représentée par Me Brillat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 février 2022 par lequel le maire de Maisons-Alfort a refusé de lui délivrer un permis de construire un immeuble de sept logements collectifs sur un terrain situé 50 rue des Sapins sur le territoire de la commune de Maisons-Alfort ;
2°) d'enjoindre au maire de Maisons-Alfort de lui délivrer le permis de construire sollicité, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Maisons-Alfort une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation de signature ;
- l'avis de l'architecte des bâtiments de France (ABF) du 15 décembre 2021 a été rendu sur la base d'un dossier incomplet dès lors que la commune s'est abstenue de lui communiquer les pièces complémentaires au dossier de demande de permis de construire transmises le 23 février 2022 et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le projet ne porte pas atteinte aux abords du monument historique ;
- le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article UM1-11-1 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors qu'il s'insère harmonieusement dans son environnement et qu'il ne résulte d'aucune disposition du plan local d'urbanisme que la construction d'un immeuble collectif et la présence de toiture à la Mansart seraient proscrites en zone UM ;
-il ne méconnaît pas les dispositions de l'article UM1-13 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que le projet prévoit un recours à une large palette végétale, diversifiée et adaptée aux caractéristiques du terrain d'assiette et composée d'espèces locales notamment.
Par des mémoires en défense enregistrés les 6 janvier 2023 et 5 juillet 2024, la commune de Maisons-Alfort, représentée par la SELARL Genesis avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Copror une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du patrimoine ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Duhamel, premier conseiller,
- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,
- les observations de Me Soussin, substitut de Me Brillat, représentant la société Copror,
- et les observations de Me Menesplier, substitut de Me Cassin, représentant la commune de Maisons-Alfort.
Considérant ce qui suit :
1. Le 9 novembre 2021, la société Copror a déposé en mairie de Maisons-Alfort (Val-de-Marne) une demande de permis de construire en vue de la réalisation d'un immeuble de sept logements collectifs sur un terrain situé 50 rue des Sapins, en zone UM1 du plan local d'urbanisme de la commune alors applicable. Par un arrêté du 25 février 2022, le maire de Maisons-Alfort a refusé de délivrer le permis de construire sollicité en se fondant, notamment, sur l'avis défavorable rendu le 15 décembre 2021 par l'architecte des Bâtiments de France. Le 4 mai 2022, la société pétitionnaire a saisi le préfet de la région Ile-de-France d'un recours gracieux contre l'avis de l'architecte des bâtiments de France qui a été explicitement rejeté le 4 juillet 2022. Par la présente requête, la société Copror demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 février 2022.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 621-32 du code du patrimoine : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. Lorsqu'elle porte sur des travaux soumis à formalité au titre du code de l'urbanisme ou au titre du code de l'environnement, l'autorisation prévue au présent article est délivrée dans les conditions et selon les modalités de recours prévues aux articles L. 632-2 et L. 632-2-1 ". Aux termes de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le demandeur peut, en cas d'opposition à une déclaration préalable ou de refus de permis fondé sur un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région ".
3. Il résulte de ces dispositions que le pétitionnaire doit, avant de former un recours pour excès de pouvoir contre un refus de permis de construire portant sur un immeuble situé dans le champ de visibilité d'un édifice classé ou inscrit et faisant suite à un avis négatif de l'ABF, saisir le préfet de région d'une contestation de cet avis. L'avis émis par le préfet, qu'il soit exprès ou tacite, se substitue à celui de l'ABF.
4. Il n'est pas contesté que les travaux objet de la demande d'autorisation se situent dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable. Le 15 décembre 2021, l'architecte des bâtiments de France (ABF) a émis un avis conforme défavorable au projet. La société requérante a alors saisi le préfet de la région Ile-de-France en application de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme cité au point précédent. Rejetant le recours administratif préalable obligatoire formé par la société requérante, le préfet a, le 4 juillet 2022, émis à son tour un avis défavorable sur les travaux envisagés, qui s'est substitué à celui de l'architecte des bâtiments de France. Dans ces conditions, alors même que l'arrêté contesté du 25 février 2022 a été pris sur le fondement de l'avis de l'ABF du 15 décembre 2021, les moyens tirés de l'exception d'illégalité de cet avis de l'ABF au motif qu'il se serait prononcé sur un dossier alors incomplet et que cet avis serait entaché d'erreur d'appréciation doivent être écartés comme inopérants. Ces moyens doivent, cependant être regardés comme soulevés à l'encontre de l'avis du préfet qui s'est approprié en l'espèce les motifs de l'avis défavorable de l'ABF.
5. En deuxième lieu, la société requérante doit être regardée comme soutenant que l'avis du préfet confirmant l'avis défavorable de l'ABF, d'une part, aurait dû tenir compte des pièces communiquées le 23 février 2022 qui apportaient des modifications au projet pour tenir compte de l'avis de l'ABF du 15 décembre 2021 et d'autre part, serait entaché d'erreur d'appréciation.
6. D'une part, il est loisible à l'auteur d'une demande de permis de construire d'apporter à son projet, pendant la phase d'instruction de sa demande et avant l'intervention d'une décision expresse ou tacite, des modifications qui n'en changent pas la nature en adressant une demande en ce sens accompagnée de pièces nouvelles qui sont intégrées au dossier afin que la décision finale porte sur le projet ainsi modifié, lorsque du fait de leur objet, de leur importance ou de la date à laquelle ces modifications sont présentées, leur examen ne peut être mené à bien dans le délai d'instruction compte tenu notamment des nouvelles vérifications ou consultations qu'elles impliquent, l'administration est alors regardée comme saisie d'une nouvelle demande se substituant à la demande initiale à compter de la réception par l'autorité compétente des pièces nouvelles et intégrant les modifications introduites par le pétitionnaire . Toutefois, le seul fait que le préfet n'ait pas tenu compte des modifications apportées par la société pétitionnaire et que le maire, en l'absence d'accord du préfet de région, ait refusé l'autorisation sollicitée sans tenir compte de ces modifications n'est pas de nature à entacher le refus opposé d'illégalité alors que le maire se trouvait en situation de compétence liée suite à l'avis défavorable du préfet et qu'il est constant qu'il a par ailleurs instruit la demande modifiée de la société pétitionnaire complétée par les pièces communiquées le 23 février 2022, à laquelle il a opposé un nouveau refus par un arrêté du 21 avril 2023, également contesté par la société requérante dans une autre instance.
7. D'autre part, le moyen selon lequel l'avis du préfet serait entaché d'erreur d'appréciation n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
8. Par suite, le maire de Maisons-Alfort étant tenu de refuser le permis de construire sollicité sur la base du dossier de demande de permis de construire déposé le 9 novembre 2021 les motifs tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des dispositions des articles UM1-11-1 et UM1-13 du règlement du plan local d'urbanisme ne peuvent qu'être écartés, comme inopérants.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la société Copror doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Maisons-Alfort, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société Copror au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Copror les sommes demandées par la commune de Maisons-Alfort au même titre.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de la société Copror est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Maisons-Alfort présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Copror à la commune de Maisons-Alfort.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gougot, présidente,
M. Duhamel, premier conseiller,
M. Combier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
Le rapporteur,
B. DUHAMEL
La présidente,
I. GOUGOTLa greffière,
M.NODIN
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2207626
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