Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2207794
vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2207794 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 1ère chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 août 2022, la société Aktum travaux, représentée par Me Place, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 juillet 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer une autorisation de travail concernant M. C B ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de délivrer l'autorisation de travail qu'elle a sollicitée ou de réexaminer sa demande, dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision en litige :
- est entachée d'une erreur de droit dès lors que les dispositions du a) de l'article R. 5221-20 du code du travail sont désormais applicables aux ressortissants algériens ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Le ministre de l'intérieur a présenté des observations le 31 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Timothée Gallaud, président-rapporteur,
- et les conclusions de Mme Félicie Bouchet, rapporteure publique,
Considérant ce qui suit :
1. La société Aktum travaux demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 25 juillet 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer une autorisation de travail concernant M. B, ressortissant algérien.
2. Aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent code régit, sous réserve du droit de l'Union européenne et des conventions internationales, l'entrée, le séjour et l'éloignement des étrangers en France ainsi que l'exercice du droit d'asile ". Le b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 stipule que : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". L'article L. 414-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsque la délivrance du titre de séjour est subordonnée à la détention préalable de l'autorisation de travail prévue à l'article L. 5221-2 du code du travail, la situation du marché de l'emploi est opposable au demandeur sauf lorsque le présent code en dispose autrement, et notamment lorsque la demande de l'étranger concerne un métier et une zone géographique caractérisée par des difficultés de recrutement. / La liste de ces métiers et zones géographiques est établie et actualisée au moins une fois par an par l'autorité administrative après consultation des organisations syndicales représentatives d'employeurs et de salariés ". Aux termes de l'article L. 421-4 du même code : " Conformément à l'article L. 414-13, lorsque la demande de l'étranger concerne un métier et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement, les cartes de séjour prévues aux articles L. 421-1 et L. 421-3 lui sont délivrées sans que lui soit opposable la situation de l'emploi () ". Aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : / 1° S'agissant de l'emploi proposé : / a) Soit cet emploi relève de la liste des métiers en tension prévue à l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et établie par un arrêté conjoint du ministre chargé du travail et du ministre chargé de l'immigration ; / b) Soit l'offre pour cet emploi a été préalablement publiée pendant un délai de trois semaines auprès des organismes concourant au service public de l'emploi et n'a pu être satisfaite par aucune candidature répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé. / () ".
3. Les stipulations précitées de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 habilitent les services compétents à opérer sur l'exercice d'une activité salariée par un ressortissant algérien un contrôle fondé sur la situation de l'emploi de la nature de celui qui est prévu par l'article R. 5221-20 du code du travail. Par conséquent, le a) du 1°) de cet article est applicable aux ressortissants algériens, dès lors qu'il se borne à renvoyer à la liste des métiers en tension prévue à l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne mentionne pas qu'il serait uniquement applicable aux étrangers entrant dans le champ d'application dudit article L. 421-4. Par suite, en estimant que la société Aktum travaux ne peut pas se prévaloir de ce que l'emploi pour lequel elle demandait une autorisation de travail est sur la liste des métiers en tension à laquelle renvoie le a) du 1°) de l'article R. 5221-20 du code du travail, le préfet
de Seine-et-Marne a entaché sa décision d'une erreur de droit.
4. Il résulte de ce qui précède que la décision du 25 juillet 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de délivrer à la société Aktum travaux une autorisation de travail concernant M. B doit être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête.
5. Le présent jugement n'implique pas nécessairement, compte tenu du motif qui le fonde, que soit délivrée à la société Aktum travaux l'autorisation de travail qu'elle a sollicitée. En revanche, il implique nécessairement que le préfet de Seine-et-Marne réexamine cette demande. Il y a lieu de fixer à deux mois le délai dans lequel devra intervenir ce réexamen.
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Aktum travaux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 25 juillet 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de délivrer à la société Aktum travaux une autorisation de travail concernant M. B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer la demande d'autorisation de travail présentée par la société Aktum travaux dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à la société Aktum travaux la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Aktum travaux et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.
Copie pour information en sera transmise au préfet de la Seine-Saint-Denis et
à M. C B.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Marine Robin, conseillère,
Mme Héloïse Mathon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
Le président-rapporteur,
T. GallaudL'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
M. ALa greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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