Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208731

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208731
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. B C contestant le refus de renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité par le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). Le refus était fondé sur une condamnation pour conduite sans permis, inscrite au bulletin n°2 du casier judiciaire, que le juge a jugée incompatible avec l'exercice de fonctions de sécurité au regard de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure. Le tribunal a estimé que le requérant n'apportait pas la preuve de l'effacement de cette condamnation et que les faits, récents et commis pendant la détention de la carte, révélaient un défaut de probité. Les conclusions aux fins d'injonction ont également été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 septembre 2022, M. B C doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 août 2022 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) lui a refusé le renouvellement de sa carte professionnelle ;

2°) d'enjoindre au directeur du CNAPS de réexaminer sa situation.

Il doit être regardé comme soutenant que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

La procédure a été communiquée au directeur du CNAPS qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 4 septembre 2024 la clôture de l'instruction a été fixée au 19 septembre 2024.

Le directeur du CNAPS a produit un mémoire le 20 septembre 2024, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Combier,

- et les conclusions de M. Grand, rapporteur public.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Une note en délibéré a été enregistrée le 30 septembre 2024 pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C s'est vu refuser le renouvellement de sa carte professionnelle, expirant le 16 juin 2022, par une décision du directeur de la commission nationale des activités privées de sécurité (CNAPS) du 16 août 2022. Il demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative () que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ".

3. Pour refuser le renouvellement de sa carte professionnelle, le directeur du CNAPS s'est fondé sur la circonstance que le bulletin numéro 2 du casier judiciaire de M. C faisait mention d'une condamnation prononcée le 22 septembre 2020 par le président du tribunal judiciaire de Paris à une peine de 600 euros pour s'être rendu coupable le 12 mars 2019 de conduite sans permis. Il en a déduit que l'attitude de M. C se révélait incompatible avec l'exercice d'une activité privée de sécurité, et ce " sans qu'il soit besoin d'évoquer les autres éléments du dossier ". M. C estime que le directeur du CNAPS ne pouvait prendre la décision litigieuse au vu de cette seule mention portée à son casier judiciaire sans commettre d'erreur d'appréciation en soutenant que cette mention aurait été effacée du bulletin n° 2 par une ordonnance du 7 juin 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et en particulier de l'ordonnance sur requête en effacement du bulletin n° 2 dont se prévaut le requérant, que celle-ci concernait d'autres faits délictuels pour s'être rendu coupable des faits de conduite d'un véhicule avec un permis de conduire d'une catégorie n'autorisant pas sa conduite le 23 janvier 2020, faits sanctionnés par une condamnation distincte du 9 mars 2020, par une amende de 800 euros. Les faits à l'origine de la condamnation du 22 septembre 2020 ont été commis alors que l'intéressé était détenteur d'une carte professionnelle d'agent de sécurité depuis près de deux ans et donc soumis à une exigence déontologique particulièrement élevée. Ils sont relativement récents, et révèlent un défaut de probité incompatible avec l'exercice des fonctions d'agent de sécurité. La circonstance que le refus de renouvellement de sa carte professionnelle cause à l'intéressé des difficultés personnelles, qu'il se soit vu reconnaitre la qualité de combattant au titre des opérations extérieures, et qu'il serait particulièrement bien intégré professionnellement, ne sont pas de nature à atténuer la gravité des faits qui lui sont reprochés. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a refusé de faire droit à la demande de M. C.

4. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Le présent jugement qui rejette les conclusions en annulation n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au directeur du conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Combier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

Le rapporteur,

D. COMBIER

La présidente,

I. GOUGOT

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,