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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209530

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209530

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209530
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantFAUVEAU IVANOVIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 2 octobre 2022, le 4 novembre 2022 et le 16 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2022 rejetant son recours administratif préalable obligatoire contre la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 3 juin 2022 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de 8 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de

100 euros par jour de retard ; à défaut, de réexaminer sa situation personnelle et ses droits ainsi que le versement rétroactif de l'allocation de demandeur d'asile depuis le 3 juin 2022 ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII, en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et l'article 37, alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, le reversement à son conseil de la somme de 1 500 euros.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée d'insuffisance de motivation puisqu'elle ne contient aucun élément factuel propre à sa situation, en violation de l'article 41.2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un premier vice de procédure tiré du non-respect du droit à l'information en violation des articles L. 551-10, D. 551-16 et R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un second vice de procédure tiré du défaut d'examen de sa situation en violation des articles 20.1 et 20.5 de la directive 2013/33/UE et des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation, et notamment de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 octobre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Lalande, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 3 juin 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé à Mme B, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 26 février 1993, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle a refusé l'orientation en région qui lui a été proposée par l'OFII. La requérante a alors exercé le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article R. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, recours qui a été rejeté par décision expresse du directeur général adjoint de l'OFII en date du 15 septembre 2022. Par la requête susvisée, Mme B demande d'annuler cette décision du 15 septembre 2022.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 19 octobre 2022. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'elle soit admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. " L'article

L. 552-8 du même code dispose que : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. /Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région. " L'article L. 552-9 du même code précise que " Les décisions d'admission dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ainsi que les décisions de changement de lieu, sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur. "

4. D'autre part, l'article L. 551-15 du même code dispose que : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". L'article L. 551-16, pour sa part, prévoit que : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil initialement proposées au demandeur d'asile ne comportent pas encore la désignation d'un lieu d'hébergement, dont l'attribution résulte d'une procédure et d'une décision particulières, le refus par le demandeur d'asile de la proposition d'hébergement qui lui est faite ultérieurement doit être regardé comme un motif de refus des conditions matérielles d'accueil entrant dans le champ d'application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non comme un motif justifiant qu'il soit mis fin à ces conditions relevant de l'article L. 551-16 du même code. Il en va ainsi alors même que le demandeur avait initialement accepté, dans leur principe, les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été proposées.

6. En premier lieu, la décision litigieuse vise notamment l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève que la requérante a refusé une proposition d'hébergement, sans motif légitime, le 8 août 2022, que le fait de souhaiter rester en Ile-de-France chez une cousine ne constitue pas un motif pour justifier son refus et qu'en outre, la requérante n'est pas isolée sur le territoire français. Ainsi rédigée, la décision comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, et est suffisamment motivée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, et de la décision litigieuse, qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen de la situation de Mme B.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ".

8. Si Mme B soutient qu'elle n'a pas été informée par écrit et dans une langue qu'elle comprend des motifs pour lesquels il pourrait être mis fin aux conditions matérielles d'accueil, il résulte toutefois du document relatif à l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil, contresigné par la requérante, que Mme B a été informée, en langue française qu'elle a déclaré comprendre, des motifs pour lesquels il pourrait être mis fin aux conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. En troisième lieu, si Mme B soutient que sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier, et notamment que sa vulnérabilité n'a pas été évaluée, il ressort toutefois des pièces du dossier, et en particulier de la fiche d'évaluation de la vulnérabilité établie le

3 juin 2022, que la situation personnelle de la requérante a fait l'objet d'un examen propre, et que, de même, sa vulnérabilité a fait l'objet d'un examen spécifique. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

10. En dernier lieu, Mme B soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'au mois de juin, alors qu'elle entamait son cinquième mois de grossesse, elle était particulièrement préoccupée par sa propre santé et surtout par la santé de l'enfant qu'elle portait, qu'elle souhaitait être proche de sa cousine, et conserver son médecin gynécologue avec qui elle a noué une relation de confiance. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui se borne à produire deux comptes-rendus d'échographie, n'établit pas quelles étaient les conditions de son suivi médical depuis son début de grossesse, ni que les conditions de sa prise en charge à Montpellier n'auraient pas été adaptées à son état de santé. Par suite, en considérant que Mme B avait refusé, sans motif légitime, la proposition d'hébergement, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision litigieuse. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles qu'elle a présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par Mme B.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

Mme Arassus, première conseillère,

M. Fanjaud, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

Le président-rapporteur,

D. LALANDE L'assesseure la plus ancienne,

A-L. ARASSUS

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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