Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2210027
vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2210027 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SANGUE |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 octobre 2022, M. C D, représenté par Me Sangue, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 7 octobre 2022 par laquelle la directrice territoriale de Melun de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;
3°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle indique qu'il ne s'est pas présenté aux autorités ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait la directive 2013/13/UE du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors qu'il ne dispose d'aucune ressource.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 février 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Par une lettre du 2 février 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 19 février 2024 sans information préalable.
Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été émise le 7 juin 2024.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Collen-Renaux a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, de nationalité afghane, s'est présenté au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture de police de Paris le 9 février 2022. Il a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile et a bénéficié d'un hébergement à Lagny-sur-Marne. Sa demande a été placée en procédure " Dublin ", ses empreintes ayant été enregistrées en Autriche. Les autorités de ce pays ayant accepté sa reprise en charge, le préfet de Seine-et-Marne a pris à son encontre un arrêté de transfert le 11 avril 2022, notifié le 12 mai 2022. Le 17 juin 2022, M. D a signalé à l'administration qu'il refusait de retourner en Autriche. Le 13 septembre 2022, il a été informé qu'un vol avait été prévu pour lui le lendemain à destination de Vienne mais ne s'est pas présenté à l'embarquement. Le 16 septembre 2022, la directrice territoriale de Melun de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié son intention de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile, décision effective par une nouvelle décision du 7 octobre 2022. Par le présent recours, M. D demande l'annulation de cette décision.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Par une décision en date du 16 novembre 2022, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. D. Sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire est par suite dépourvue d'objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, la signataire de la décision attaquée, Mme B A, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Melun, a reçu délégation de signature du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration par décision n° NORV2015635S en date du 22 juin 2020 aux fins de signer notamment la décision en litige de suspension des conditions matérielles d'accueil. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que cette décision est entachée d'incompétence. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte ne pourra donc qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. D ne s'est pas présenté à l'embarquement du vol réservé pour lui à destination de Vienne le 14 septembre 2022. Si, pour justifier son absence, il indique avoir été victime d'une crise nerveuse le 13 septembre 2022 ayant nécessité une consultation à l'hôpital de Melun, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. Par suite, M. D n'établit pas qu'il lui était matériellement impossible de se présenter à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle le 14 septembre 2022 à 6 heures 20 comme il le lui avait été demandé. Dès lors, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.
6. En troisième et dernier lieu, M. D ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, dès lors qu'elle a été entièrement transposée en droit interne. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 7 octobre 2022. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La demande de M. D tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est sans objet.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Sangue.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mullié, présidente,
Mme Senichault-de-Izaguirre, conseillère,
M. Collen-Renaux, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
Le rapporteur,
T. COLLEN-RENAUXLa présidente,
N. MULLIE
La greffière,
H. KELI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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