Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2211079

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2211079
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a été saisi par Mme A d’un recours en excès de pouvoir contre la décision du 2 novembre 2022 du président du conseil départemental de Seine-et-Marne lui retirant son agrément d’assistante maternelle, ainsi que d’une demande indemnitaire. Le tribunal a annulé cette décision pour vice de procédure, en application des articles L. 421-6 et R. 421-23 du code de l’action sociale et des familles, au motif que les observations écrites de Mme A, transmises avant la réunion de la commission consultative paritaire départementale, n’avaient pas été portées à la connaissance de ses membres, privant ainsi l’intéressée d’une garantie essentielle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 novembre 2022 et le 21 mars 2024, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses

écritures :

1°) d'annuler la décision en date du 2 novembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a prononcé le retrait de son agrément en qualité d'assistante maternelle ;

2°) de condamner le département de Seine-et-Marne à lui verser une somme en réparation des préjudices financier et moral qu'elle a subis.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle a transmis ses observations à la commission consultative paritaire départementale, et qu'elles n'ont pas été portées à la connaissance des membres de cette commission ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- le retrait illégal de son agrément justifie une indemnisation en réparation du préjudice financier et du préjudice moral qu'elle a subis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, le département de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 22 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 22 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fanjaud,

- les conclusions de M. Allègre, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été agréée en qualité d'assistante maternelle par le département de Seine-et-Marne pour l'accueil à son domicile de deux enfants. Cet agrément a été étendu à trois enfants en novembre 2012. Dans le cadre du renouvellement de son agrément, Mme A a fait l'objet d'une visite domiciliaire donnant lieu à l'envoi d'une lettre de mise en demeure et à un entretien à la maison départementale des solidarités de Meaux. Après avis de la commission consultative paritaire départementale du 12 octobre 2022, le président du conseil départemental de la Seine-et-Marne, par décision du 2 novembre 2022, lui a retiré son agrément. Mme A demande l'annulation de cette décision ainsi que l'indemnisation en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de ce retrait.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel () est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () / L'agrément est accordé () si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. () " et le 1° de l'article R. 421-3 du même code précise que pour obtenir cet agrément, le candidat doit : " Présenter les garanties nécessaires pour accueillir des mineurs dans des conditions propres à assurer leur développement physique, intellectuel et affectif ". Aux termes des troisième et quatrième alinéa de l'article L. 421-6 du même code : " Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. () / Toute décision de retrait de l'agrément () doit être dûment motivée () ". Enfin, aux termes de l'article R. 421-23 de ce code : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de retirer un agrément, () il saisit pour avis la commission consultative paritaire départementale mentionnée à l'article [L. 421-6] en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. / L'assistant maternel () concerné est informé, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, des motifs de la décision envisagée à son encontre, de la possibilité de consulter son dossier administratif et de présenter devant la commission ses observations écrites ou orales. () ".

3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que, s'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément de l'assistant maternel si ces conditions ne sont plus remplies, il ne peut le faire qu'après avoir saisi pour avis la commission consultative paritaire départementale compétente, devant laquelle l'intéressé est en droit de présenter ses observations écrites ou orales, en lui indiquant, ainsi qu'à l'assistant maternel concerné, les motifs de la décision envisagée. La consultation de cette commission sur ces motifs, à laquelle est attachée la possibilité pour l'intéressé de présenter ses observations, revêt ainsi pour ce dernier le caractère d'une garantie. Il en résulte qu'un tel retrait ne peut intervenir pour un motif qui n'aurait pas été soumis à la commission consultative paritaire départementale et sur lequel l'intéressé n'aurait pu présenter devant elle ses observations.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme A a été convoquée par courrier du 26 août 2022 à la commission consultative paritaire départementale du 12 octobre 2022 et informée de la possibilité de présenter devant cette commission ses observations écrites ou orales. Par un courrier reçu par le département de Seine-et-Marne le 6 octobre 2022, ce que ne conteste pas le département en défense, Mme A a formulé des observations écrites accompagnée de trois attestations à l'intention de la commission consultative paritaire départementale (CCPD) et indiqué qu'elle ne pourrait pas se présenter devant ladite instance. Il ressort des termes du procès-verbal du 12 octobre 2022 de la commission consultative paritaire départementale que les membres de la commission n'ont pas pris connaissance des observations écrites de Mme A. En outre, il ressort des termes de la décision contestée que le président du conseil départemental n'a également pas pris connaissance des observations de Mme A. Eu égard à la portée des dispositions précitées, la circonstance que les membres de la CCPD, puis l'autorité administrative, n'ont pas pris connaissance des observations écrites de Mme A, a privé l'intéressée d'une garantie, en méconnaissance de l'article R. 421-23 du code de l'action sociale et des familles. Dès lors, la décision du 2 novembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a prononcé le retrait d'agrément de Mme A en qualité d'assistante maternelle est entachée d'un vice de procédure et doit être annulée, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen soulevé.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. Si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'administration, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cadre d'une procédure régulière, la même décision aurait pu être prise.

6. Il résulte de l'instruction que si le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a entaché sa décision du 2 novembre 2022, portant retrait d'agrément, d'un vice de procédure, les faits de non-respect des consignes départementales de couchage, ceux relatifs à l'apprentissage de la propreté et à l'exposition aux écrans des enfants, ainsi que les carences dans le positionnement professionnel de la requérante, notamment dans sa capacité à mettre en balance les exigences éducatives parentales avec l'intérêt supérieur des enfants, justifiaient la mesure de retrait d'agrément prise à son encontre. Par suite, l'illégalité dont la décision du 2 novembre 2022 est entachée n'est pas de nature à ouvrir à Mme A un droit à indemnité.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 2 novembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a retiré à Mme A son agrément d'assistante maternelle est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions présentées par Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Pradalié, premier conseiller,

M. Fanjaud, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

C. FANJAUD

Le président,

D. LALANDELa greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,