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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2300080

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2300080

lundi 8 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2300080
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSCP PIWNICA MOLINIE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a été saisi d’un recours en excès de pouvoir contre un permis de construire initial (8 novembre 2022) et un permis modificatif (4 avril 2024) délivrés par le maire de Villiers-sur-Marne pour l’extension et la surélévation d’un pavillon. Les requérants invoquaient notamment des vices d’incompétence, l’incomplétude du dossier de demande, et la méconnaissance des articles UP 7 et UP 11.2 du PLU ainsi que du plan de prévention des risques de mouvements de terrain. La commune a soulevé une fin de non-recevoir tirée du défaut d’intérêt à agir des requérants. Le tribunal a rejeté la requête, jugeant que les moyens soulevés n’étaient pas fondés, sans se prononcer sur la recevabilité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et quatre mémoires, enregistrés les 5 janvier 2023, 7 février 2023, 6 décembre 2023, 12 avril 2024 et 22 juillet 2024, M. A... K..., Mme F... E..., M. I... B... et Mme H... G..., représentés par la société civile professionnelle (SCP) Piwnica & Molinié, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d’annuler l’arrêté du 8 novembre 2022 par lequel le maire de Villiers-sur-Marne a délivré à M. D... J... un permis de construire pour l'extension et la surélévation d'un pavillon sur un terrain situé 62, avenue des Châtaigniers ;

2°) d’annuler l’arrêté du 4 avril 2024 par lequel le maire de Villiers-sur-Marne a délivré à M. D... J... un permis de construire modificatif pour ce projet ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Villiers-sur-Marne et de M. J... une somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

En ce qui concerne l’arrêté portant permis de construire initial :
il est entaché d’un vice d’incompétence ;
le dossier de demande d’autorisation est incomplet, faute pour le pétitionnaire d’avoir déposé une demande de permis de démolir ou précisé dans le formulaire Cerfa que sa demande portait simultanément sur des travaux de construction et des travaux de démolition partielle du pavillon existant ; il est entaché d’omissions, faute pour le pétitionnaire d’avoir mentionné la surface de plancher existante correspondant à la partie supérieure du pavillon comportant des combles aménagés ayant vocation à être démolis ;
le projet méconnaît l’article UP 7 du règlement du plan local d’urbanisme (PLU) de Villiers-sur-Marne alors applicable dès lors, d’une part, que la façade latérale implantée en limite séparative excède la longueur maximale autorisée et, d’autre part, que les travaux d’extension projetés ont pour effet d’aggraver la non-conformité de la construction existante aux dispositions de cet article, s’agissant de l’implantation de l’autre façade latérale implantée en retrait ;
le projet méconnaît l’article UP 11.2 du règlement du PLU de Villiers-sur-Marne alors applicable ;
il méconnaît les dispositions de l’article 2.1.2 du règlement du plan de prévention des risques de mouvements de terrain (PPRMT) ;

En ce qui concerne l’arrêté portant permis de construire modificatif :
- il est entaché d’un vice d’incompétence ;
- il ne permet pas de régulariser les vices entachant la légalité du permis de construire initial.


Par trois mémoires en défense enregistrés les 7 juillet 2023, 26 mars 2024 et 24 avril 2024, la commune de Villiers-sur-Marne conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que le tribunal mette en œuvre les dispositions de l’article L. 600-5-1 du code de l’urbanisme, et à ce qu’une somme de 3 000 euros soit solidairement mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, faute pour les requérants de justifier d’un intérêt à agir contre le projet ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.


La requête a été communiqué à M. J... qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Un mémoire en défense présenté pour la commune de Villiers-sur-Marne et enregistré le 6 septembre 2024 n’a pas été communiqué.

Des pièces complémentaires, présentées pour la commune de Villiers-sur-Marne en réponse à une demande de pièces du tribunal, ont été enregistrées le 16 juin 2025 et ont été communiquées, en application des dispositions de l’article R. 613-1-1 du code de justice administrative.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
le code général des collectivités territoriales ;
le code de l’urbanisme ;
le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Prissette,
les conclusions de M. Grand, rapporteur public,
les observations de Me Perret, représentant les requérants,
et les observations de Me Douvreleur, représentant la commune de Villiers-sur-Marne.


Considérant ce qui suit :

Par un arrêté du 8 novembre 2022, le maire de Villiers-sur-Marne a délivré à M. D... J... un permis de construire pour l'extension et la surélévation d'un pavillon sur un terrain situé 62, avenue des Châtaigniers. Le pétitionnaire a obtenu le 4 avril 2024, en cours d’instance, un permis de construire modificatif pour ce projet. M. K..., Mme E..., M. B... et Mme G... demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, l’annulation de ces deux arrêtés.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré des vices d’incompétence :

Aux termes de l’article L. 422-1 du code de l’urbanisme : « L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire (…) est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme (…) ». Aux termes de l’article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : « Le maire est seul chargé de l’administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l’absence ou en cas d’empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d’une délégation, à des membres du conseil municipal. / (…) ». Aux termes de l’article L. 2131-1 du même code, dans sa rédaction alors applicable : « Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu’il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu’à leur transmission au représentant de l’État dans le département ou à son délégué dans l’arrondissement (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 23 septembre 2021 publié au registre des arrêtés municipaux, le maire de Villiers-sur-Marne a donné délégation à M. L... C..., signataire des arrêtés attaqués des 8 novembre 2022 et 4 avril 2024, à l’effet de signer, notamment, les documents et actes relatifs à l’urbanisme, et notamment les permis de construire. Il ressort des mentions apposées sur cet arrêté qu’il a été transmis à la préfecture du Val-de-Marne le 23 septembre 2021 et affiché en mairie à compter de cette même date. Dans ces conditions, le moyen tiré des vices d’incompétence, soulevé tant à l’encontre de l’arrêté portant permis de construire initial que de l’arrêté portant permis de construire modificatif, doit être écarté comme manquant en fait.


En ce qui concerne le contenu du dossier de demande de permis de construire :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 421-3 du code de l’urbanisme : « Les démolitions de constructions existantes doivent être précédées de la délivrance d'un permis de démolir lorsque la construction relève d'une protection particulière définie par décret en Conseil d'Etat ou est située dans une commune ou partie de commune où le conseil municipal a décidé d'instaurer le permis de démolir ». Aux termes de l’article R. 421-27 du même code : « Doivent être précédés d'un permis de démolir les travaux ayant pour objet de démolir ou de rendre inutilisable tout ou partie d'une construction située dans une commune ou une partie de commune où le conseil municipal a décidé d'instituer le permis de démolir ». Aux termes de l’article R. 421-28 de ce code : « Doivent en outre être précédés d'un permis de démolir les travaux ayant pour objet de démolir ou de rendre inutilisable tout ou partie d'une construction : (…) / e) Identifiée comme devant être protégée en étant située à l'intérieur d'un périmètre délimité par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu en application de l'article L. 151-19 ou de l'article L. 151-23 (…) ».

Les requérants soutiennent qu’il revenait au pétitionnaire, en application des dispositions précitées, de justifier du dépôt d’une demande de permis de démolir, ou de préciser dans son dossier de demande d’autorisation que celle-ci portait simultanément sur des travaux de construction et de démolition, dès lors que le projet aboutira selon eux à une démolition partielle du pavillon existant. Toutefois, d’une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le territoire de la commune de Villiers-sur-Marne serait soumis au champ d’application du permis de démolir, ce que la commune conteste en défense. D’autre part, si, ainsi que le soutiennent les requérants, le terrain d’assiette du projet se situe partiellement, en fond de parcelle, dans le périmètre d’un « secteur jardin » institué en application de l’article L. 151-23 du code de l’urbanisme, les travaux de démolition partielle de la construction existante ne sont pas inclus dans ce périmètre, de sorte que les requérants ne peuvent utilement soutenir qu’un permis de démolir était requis en application de l’article R. 421-28 du code de l’urbanisme. Ce moyen d’incomplétude du dossier de demande d’autorisation ne peut, par suite et en tout état de cause, qu’être écarté.

En second lieu, aux termes de l’article R. 431-6 du code de l’urbanisme : « Lorsque le terrain d’assiette comporte des constructions, la demande précise leur destination, par référence aux différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28, leur surface de plancher et indique si ces constructions sont destinées à être maintenues et si leur destination ou sous-destination est modifiée par le projet ».

La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

En l’espèce, dans leur requête sommaire et leur mémoire complémentaire, les requérants reprochent au pétitionnaire de ne pas avoir renseigné dans le tableau des surfaces du formulaire Cerfa de demande de permis de construire la « surface supprimée » correspondant à la surface de plancher des combles aménagés situés au dernier étage du pavillon existant. Toutefois, contrairement à ce qu’ils soutiennent, il ne ressort pas des pièces du dossier que la surface de plancher générée par ces combles existants, qui aurait vocation selon eux à être supprimée, ne serait pas maintenue par les travaux d’extension et de surélévation projetés. Si dans leurs écritures ultérieures, les requérants ajoutent que la surface de plancher existante avant travaux qui correspond aux combles n’aurait pas non plus été mentionnée dans le tableau des surfaces, ils ne démontrent pas, ni même n’allèguent, que cette absence dans le dossier de demande de permis de construire initial, à la supposer même établie, aurait été de nature, dans les circonstances de l’espèce, à fausser l’appréciation portée par le service instructeur sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Dans ces conditions, ce moyen doit également être écarté.


En ce qui concerne les moyens tirés de la méconnaissance de l’article UP 7 du règlement du PLU :

En premier lieu, aux termes de l’article UP 7.3 du règlement du plan local d’urbanisme applicable à la date du permis de construire initial : « Pour chacune de ces deux dispositions / (…). / La longueur de chacun des pignons ou façades latérales de plus de 3m de hauteur en limite séparative ou en retrait, ne pourra excéder 17m. Les discontinuités sont comprises dans la mesure du pignon ou de la façade, en limite séparative ou non ». De même, l’article UP 7 du règlement du plan local d’urbanisme intercommunal Paris Est Marne et Bois applicable pour la commune de Villiers-sur-Marne dispose que : « (…) / 5 - La longueur de chacun des pignons ou façades latérales de plus de 3m de hauteur en limite séparative ou en retrait, ne pourra excéder 17m. Les discontinuités sont comprises dans la mesure du pignon ou de la façade, en limite séparative ou non ».

En l’espèce, les requérants soutiennent que le linéaire de la façade latérale de la construction projetée implantée en limite séparative avec la parcelle cadastrée section AE n°74 excèderait 17 mètres, en méconnaissance des dispositions précitées, après prise en compte de la profondeur de l’escalier extérieur, accolé à la façade de la construction située en vis-à-vis de la limite de fond de parcelle et en retrait par rapport aux limites séparatives latérales. En réplique, ils persistent à soutenir, alors que la commune de Villiers-sur-Marne fait valoir que l’implantation et le sens de cet escalier extérieur ont été modifiés par le permis de construire modificatif du 4 avril 2024, que la profondeur de l’escalier, quel qu’en soit son sens d’utilisation, qui est au demeurant passée de 1, 04 mètres au stade du projet initial à 1, 06 mètres dans le projet modifié, devrait être incluse dans la mesure du linéaire de façade. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des plans joints au dossier de demande d’autorisation, et il n’est pas même allégué par les requérants que cet escalier présenterait une hauteur supérieure à 3 mètres. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que cet escalier devrait être inclus dans le calcul de la mesure de la longueur de façade latérale de plus de 3 mètres de hauteur au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.

En second lieu, l’article UP 7.1 du règlement du plan local d’urbanisme de Villiers-sur-Marne applicable à la date du permis de construire initial prévoit, en zone UP1, que : « Les constructions pourront être édifiées dans les conditions suivantes : - Si la largeur du terrain au droit de la construction est inférieure ou égale à 11m, les constructions pourront être édifiées sur les limites séparatives ou en retrait - Si la largeur du terrain au droit de la construction est comprise entre 11m et 17m, un retrait au moins par rapport à l’une des limites séparatives sera obligatoire - Si la largeur du terrain au droit de la construction est supérieure ou égale à 17m, les constructions seront édifiées en retrait par rapport aux limites séparatives sauf si une construction voisine est implantée en limite séparative. Dans ce dernier cas, la construction pourra s’implanter en prolongement de la construction existante. S’il existe une vue directe, le retrait doit être au minimum de 5m et dans le cas contraire, le retrait doit être au minimum de 2,50m ». Le lexique de ce règlement définit la vue directe comme étant « constituée par un rectangle qui doit être laissé libre de toute construction dont la largeur est parallèle à la façade où se trouve la baie, la fenêtre ou l’ouverture ; sa largeur ne peut être inférieure à celle de la baie, de la fenêtre ou l’ouverture, majorée de 0,60m de part et d’autre de ses montants. Sa longueur se mesure par rapport au nu de la baie, de la fenêtre ou de l’ouverture en tenant lieu ». Il précise que : « Ne seront pas considérées comme générant des vues directes au sens des articles 7 et 8 des différentes zones : - les ouvertures des pièces telles que cuisine à condition que sa surface n’excède pas 7m², WC, salle de bain, cage d’escalier, porte de garage ; (…) / - les ouvertures situées au rez-de-chaussée dans la mesure où elles sont face à une construction existante implantée sur la limite séparative et n’ayant pas elle-même d’ouvertures sur ce pignon ». En outre, l’article UP 7.3 de ce règlement dispose que : « Les règles d’implantation par rapport aux limites latérales et de fond de parcelle pourront être adaptées à l’implantation de la construction existante (en retrait de ces limites) dans le respect des règles vues précédemment : - pour permettre l’amélioration des constructions existantes dont l’implantation est non conforme aux dites règles ; / (…) / Pour les constructions existantes à la date d’approbation du PLU et non implantées conformément aux dispositions précédentes, les travaux d’extension ou de surélévation sont autorisés dans le prolongement des murs existants. / (…) ».

D’une part, les requérants indiquent que la construction existante n’est pas conforme aux dispositions de l’article UP 7.1 du règlement du plan local d’urbanisme communal dès lors qu’elle est implantée en retrait de moins de cinq mètres par rapport à la limite séparative latérale avec la parcelle cadastrée section AE n° 80 alors qu’elle est munie d’une fenêtre au rez-de-chaussée créant une vue directe sur le fond voisin. Ils soutiennent également que les travaux projetés, qui prévoient de créer d’autres ouvertures sur cette façade, ne pouvaient être autorisés, faute de rendre davantage conforme la construction existante aux dispositions précitées. Toutefois, en l’espèce, l’une des façades latérales de la construction existante est implantée en limite séparative et l’autre en retrait, conformément à ce que permettent les dispositions précitées pour les terrains dont la largeur est comprise entre 11 et 17 mètres. S’il ressort des pièces du dossier que la façade latérale respectant un retrait compris entre 2, 53 et 2, 55 mètres vis-à-vis de la limite séparative avec la parcelle cadastrée section AE n° 80 comprend une fenêtre au rez-de-chaussée, il n’est pas démontré par les requérants, ainsi que le fait valoir la commune en défense, que cette fenêtre ferait face à une façade comportant elle-même une ouverture, de sorte qu’elle créerait une vue directe au sens qu’en donnent les dispositions du lexique précitées. Dans ces conditions, les requérants n’établissent pas la non-conformité alléguée de l’implantation de la construction existante, non modifiée par l’arrêté portant permis de construire modificatif du 4 avril 2024, aux dispositions de l’article UP 7 du règlement du plan local d’urbanisme alors applicable. En tout état de cause, les dispositions de l’article UP 7.3 précitées subordonnent l’autorisation de travaux d’extension ou de surélévation d’une construction existante non conforme à la seule condition qu’ils soient prévus dans le prolongement des murs existants, ce qui est bien le cas en l’espèce de l’extension et de la surélévation projetées. Par suite, ce moyen doit également être écarté.


En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l’article UP 11.2 du règlement du PLU :

Aux termes de l’article UP 11.2 du règlement du plan local d’urbanisme de Villiers-sur-Marne applicable à la date du permis de construire initial « (…) Les aménagements (réhabilitations, restaurations, rénovations, changements de destination, (…) des constructions dont les façades sont en pierre naturelle de type meulière devront mettre en valeur celles-ci et devront être conduits dans le respect de leurs caractéristiques esthétiques et historiques d’origine. / Les extensions devront par leur composition, leurs proportions et les matériaux employés respecter le bâti d’origine afin d’obtenir une volumétrie équilibrée et un aspect harmonieux avec la construction existante ».

Les requérants soutiennent que le projet autorisé par le permis de construire du 8 novembre 2022, et non modifié sur ce point par le permis de construire délivré au pétitionnaire en cours d’instance, méconnaîtrait les dispositions précitées en prévoyant d’augmenter considérablement la volumétrie de la construction existante. Toutefois, les dispositions de l’article UP 11.2 du règlement du plan local d’urbanisme communal sont seulement applicables aux constructions dont les façades sont en pierre naturelle de type meulière. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit une surélévation et deux extensions dans le prolongement des murs existants, concernant respectivement la façade sur rue et la façade Sud du pavillon, ainsi que le passage d’une toiture à deux pans à une toiture à quatre pans. Or, il ne ressort pas pour autant des pièces du dossier que par son architecture, ses proportions et les matériaux utilisés, le projet ne respecterait pas le bâti d’origine. À cet égard, la circonstance invoquée par les requérants tirée de ce que le projet conduirait à une augmentation de 50 % de la surface de plancher n’est pas, à elle seule, de nature à caractériser une rupture dans l’harmonie avec le pavillon existant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.


En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du plan de prévention des risques de mouvements de terrain (PPRMT) :

L’article 2 du plan de prévention des risques de mouvements de terrain applicable en zone bleu foncé, dans laquelle s’implante le projet, prescrit, pour les constructions de maisons individuelles ainsi que leurs extensions ou annexes accolées, « soit l’application directe des mesures techniques citées à l’article 2.1 du présent chapitre ; soit la réalisation d’une étude géotechnique préalable de type G1-ES (phase étude de site), au sens de la forme NF P 94-500, permettant de vérifier si, au droit de la parcelle, le proche sous-sol contient effectivement des matériaux sujets au retrait-gonflement ». Parmi les mesures techniques citées à l’article 2.1, ce règlement prévoit : « le rejet des eaux usées et pluviales et des dispositifs de drainage ou d’évacuation dans le réseau collectif lorsqu’il existe au regard du dimensionnement du réseau sous couvert des recommandations et avec l’autorisation du gestionnaire du réseau ».

Les requérants soutiennent que le projet, non modifié sur ce point par le permis de construire modificatif du 4 avril 2024, aurait été autorisé en méconnaissance des dispositions précitées, dès lors qu’il prévoit l’évacuation des eaux pluviales dans deux puisards perdus de 3 m3 et non dans le réseau collectif. Or, les dispositions précitées de l’article 2 du plan de prévention des risques de mouvements de terrain applicable en zone bleu foncé prescrivent alternativement soit l’application directe des mesures techniques, parmi lesquelles figure l’obligation de rejeter les eaux usées et pluviales dans le réseau collectif lorsqu’il existe, soit la réalisation d’une étude géotechnique. À cet égard, les requérants n’établissent pas, ni même n’allèguent, que cette seconde condition ne serait pas satisfaite. En outre, l’arrêté attaqué du 8 novembre 2022 est assorti d’une prescription, maintenue dans l’arrêté du 4 avril 2024, selon laquelle le titulaire de l’autorisation est dans l’obligation de réaliser une étude géotechnique préalable de type G1-ES ou de mettre en œuvre les mesures techniques indiquées dans le plan de prévention. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d’annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.


Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Villiers-sur-Marne et de M. J..., qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l’espèce, de mettre solidairement à la charge des requérants une somme de 1 800 euros à verser à la commune de Villiers-sur-Marne au titre de ces mêmes dispositions.




D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. K..., Mme E..., M. B... et Mme G... est rejetée.

Article 2 : Les requérants verseront solidairement une somme de 1 800 euros à la commune de Villiers-sur-Marne au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... K... (désigné requérant unique au titre de l’article R. 411-5 du code de justice administrative), à la commune de Villiers-sur-Marne et à M. D... J....




Délibéré après l'audience du 18 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,
M. Combier, conseiller,
Mme Prissette, conseillère.










Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2025.



La rapporteure,

L. PRISSETTE

La présidente,

I. GOUGOT

La greffière,





G. AUMOND



La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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