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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2300245

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2300245

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2300245
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 11 janvier 2023 et le 20 septembre 2024, M. B A, représenté par Me De Sèze, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié sa sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile ;

2°) d'enjoindre à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le maintenir dans son hébergement, et, dans le cas où il serait déjà sorti, de lui proposer un autre hébergement prenant en compte sa situation particulière dans le délai de quinze jours, sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à Me de Sèze, son avocat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle n'a pas pris en compte sa vulnérabilité dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'un entretien d'évaluation de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation compte tenu de sa vulnérabilité ainsi que des deux évènements reprochés qui n'ont jamais été réitérés et qui sont d'une faible gravité.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 septembre 2024, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juin 2023

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère ;

- et les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan, né le 3 juin 1997 à Paktia (Afghanistan) est entré sur le territoire français le 1er décembre 2021. Il a présenté une demande d'asile enregistrée en guichet unique le 14 décembre 2021, a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 15 décembre 2021 et a été hébergé à l'HUDA de Fontenay-sous-Bois. Par une décision du 17 novembre 2022, l'OFII a prononcé la sortie de M. A de ce centre d'hébergement au motif qu'il ne respectait pas le règlement de fonctionnement du centre d'hébergement. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision du 17 novembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 552-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les personnes morales chargées de la gestion des lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 sont tenues de déclarer à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans le cadre du traitement automatisé de données, les places disponibles dans les lieux d'hébergement. Ces personnes morales sont tenues d'alerter l'autorité administrative compétente en cas d'absence injustifiée et prolongée des personnes qui y ont été orientées pour la durée de la procédure et en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ". Aux termes de l'article L. 552-14 de ce code : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ".

3. En outre, aux termes de l'article L. 551-16 du même code, dans sa version applicable à la décision attaquée : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants :1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; /2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; /3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; /4° Il a dissimulé ses ressources financières ; /5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ; /6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes. Un décret en Conseil d'Etat prévoit les sanctions applicables en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement. La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. () ". Enfin, aux termes de l'article D. 551-18 du même code, dans sa version applicable à la décision attaquée : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, pour mettre fin à l'hébergement en centre d'accueil du requérant, la directrice territoriale de l'OFII s'est fondée sur le fait que M. A a été surpris, le 25 février 2022, en train de fumer dans sa chambre et qu'il a été agressif verbalement à l'encontre d'un co-résident et a manqué de respect à un membre du personnel de l'hébergement le 9 septembre 2022. Toutefois, ces deux évènements, aussi regrettables qu'ils soient, n'ont pas été réitérés et sont demeurés isolés. En outre, il ressort des pièces du dossier, en particulier du certificat médical du 21 décembre 2022 qui, bien que postérieur à la décision attaquée révèle une situation existante à la date de cette décision, indique que M. A est suivi au comité pour la santé des exilés de l'Hôpital de Bicêtre depuis le début de septembre 2022, qu'il a débuté un traitement neuroleptique sédatif dans l'attente d'un suivi psychique et qu'en l'absence d'hébergement, une dégradation sévère de son état de santé pourrait le mettre en danger. Dans ces conditions, compte tenu de la situation médicale de M. A et des motifs ayant conduit à mettre fin à son hébergement, la directrice territoriale a commis une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 17 novembre 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié sa sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article R. 552-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La personne hébergée peut solliciter son maintien dans le lieu d'hébergement au-delà de la date de décision de sortie du lieu d'hébergement prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application des articles L. 551-11 ou L. 551-13, dans les conditions suivantes : / 1° Lorsqu'elle s'est vue reconnaitre la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire, elle peut demander à être maintenue dans le lieu d'hébergement jusqu'à ce qu'une solution d'hébergement ou de logement soit trouvée, dans la limite d'une durée de trois mois à compter de la date de la fin de prise en charge ; durant cette période, elle prépare les modalités de sa sortie avec le gestionnaire du lieu qui prend toutes mesures utiles pour lui faciliter l'accès à ses droits, au service intégré d'accueil et d'orientation, ainsi qu'à une offre d'hébergement ou de logement adaptée ; cette période peut être prolongée pour une durée maximale de trois mois supplémentaires avec l'accord de l'office () ".

7. Il résulte de ces dispositions qu'une fois que la qualité de réfugié est reconnue, la personne réfugiée ne peut demander le maintien dans le lieu d'hébergement que pour une durée de trois mois renouvelable une fois. Il résulte de l'instruction que M. A a obtenu la qualité de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 21 mars 2023, notifiée le 22 mars suivant de sorte qu'à la date du présent jugement, la période maximale de maintien dans le lieu d'hébergement est, en tout état de cause, expirée. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me de Sèze, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de ce dernier le versement à Me de Sèze d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 17 novembre 2022 est annulée.

Article 2 : L'État versera à Me de Sèze une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me de Sèze renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me de Sèze.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Xavier Pottier, président ;

- Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère ;

- Mme Lina Bousnane, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.

La rapporteure,

J. DARRACQ-GHITALLA-CIOCK

Le président,

X. POTTIER

La greffière,

C. LEROY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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