Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301226
mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2301226 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 février 2023, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler les deux décisions du 9 janvier 2023 par lesquelles la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne a refusé de lui accorder une remise de ses dettes de prime d'activité d'un montant respectif de 5 129,25 euros et de 660,48 euros ;
2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne de lui accorder la remise totale de sa dette ;
3°) à défaut, de lui accorder un échéancier pour le remboursement de cette dette.
Elle soutient qu'elle est de bonne foi dès lors qu'elle n'est plus en contact avec son fils et qu'elle ne pouvait savoir ni que ce dernier travaillait ni déclarer à la caisse les sommes qu'il percevait dont elle n'avait pas connaissance ; elle est dans l'incapacité de rembourser ces dettes dès lors qu'elle a une fille de quinze ans à charge ainsi que des dépenses incompressibles ; elle sollicite la mise en place d'un échéancier avec un prélèvement maximal de 100 euros par mois afin de ne pas déséquilibrer son budget.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2023, la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par un courrier du 18 septembre 2024, les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le jugement était susceptible de se fonder sur un moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce que le tribunal prononce un échelonnement des dettes de Mme A, dès lors qu'il n'appartient pas à la juridiction administrative de prononcer une telle mesure.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère, a présenté son rapport au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A est allocataire de la prime d'activité. La caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne l'a informée qu'elle était redevable d'un indu de prime d'activité d'un montant de 5 129,25 euros pour la période allant du 1er juin 2021 au 31 mai 2022 par un courrier du 31 août 2022 et, par un autre courrier, d'un autre indu de prime d'activité d'un montant de 660,48 euros. Mme A a demandé une remise gracieuse de ces dettes. Par deux décisions du 9 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne a rejeté ses demandes. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler ces décisions et de lui accorder une remise totale de ses dettes de prime d'activité.
Sur la recevabilité des conclusions à fin d'échelonnement de ses dettes de prime d'activité :
2. En dehors des hypothèses prévues par les articles L. 911-1 à L. 911-4 du code de justice administrative dont ne relève pas la présente requête, il n'appartient au juge administratif ni de donner des injonctions à l'administration ni de faire lui-même œuvre d'administrateur en se substituant à l'administration. Par ailleurs, le juge administratif ne peut être saisi que par la voie d'un recours dirigé contre une décision.
3. Mme A demande au tribunal, à titre subsidiaire, de lui accorder un échéancier de remboursement de ses indus de prime d'activité. Toutefois, en vertu des principes ci-avant rappelés, une telle demande doit être adressée préalablement à l'autorité concernée, en l'espèce, la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne, et ne peut être directement portée devant le juge administratif. Il suit de là que les conclusions présentées par Mme A à fin d'octroi d'un échéancier de remboursement sont irrecevables et doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions à fin de remise des indus en litige :
4. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service (). La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise gracieuse totale ou partielle en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre parties à la date de sa propre décision.
En ce qui concerne l'indu de prime d'activité d'un montant de 5 129,25 euros :
6. Il résulte de l'instruction que l'indu de prime d'activité d'un montant de 5 129,25 euros pour la période du 1er juin 2021 au 31 mai 2022 trouve son origine dans l'omission de déclaration des revenus du fils de Mme A. Si la requérante soutient qu'elle n'était pas au courant des revenus touchés par son fils dès lors qu'elle n'est plus en contact depuis son départ du domicile fin 2021, il résulte de l'instruction, d'une part, que la période de l'indu concerne pour partie la deuxième moitié de l'année 2021, période pendant laquelle la requérante ne conteste pas que son fils vivait avec elle et n'apporte aucune explication sur l'absence de déclarations des revenus touchés par ce dernier à cette période, et d'autre part, qu'elle n'a pas informé la caisse du départ de son fils de son foyer. Compte tenu de ces omissions déclaratives répétées, Mme A ne peut être considérée comme de bonne foi et n'est ainsi pas fondée à demander une remise de dette concernant son indu de prime d'activité d'un montant de 5 129,25 euros.
En ce qui concerne l'indu de prime d'activité d'un montant de 660,48 euros :
7. En l'espèce, Mme A soutient qu'elle est dans l'incapacité de rembourser ces dettes de prime d'activité dès lors qu'elle a à sa charge sa fille ainsi que des dépenses incompressibles. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, compte tenu des ressources de Mme A, à savoir un traitement d'environ 1570 euros par mois ainsi que des aides versées par la caisse d'allocations familiales d'un montant d'environ 400 euros par mois ainsi que de ses dépenses fixes, à savoir le loyer de son logement d'habitation d'un montant mensuel de 536,33 euros, le loyer d'un box pour un montant mensuel de 240 euros, ses mensualités d'emprunt ainsi que les diverses factures produites, qui s'élèvent environ à un montant total d'environ 1310 euros par mois, que sa situation financière, au regard notamment de l'échelonnement des échéances de remboursement de la dette qui pourrait le cas échéant lui être accordé par la caisse s'il était demandé, ainsi qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, serait telle qu'il y aurait lieu de lui accorder une remise totale ou partielle de sa dette de prime d'activité de 660,48 euros.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la ministre du travail et de l'emploi et au directeur de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Xavier Pottier, président,
Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère ;
Mme Lina Bousnane, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
J. DARRACQ-GHITALLA-CIOCK
Le président,
signé
X. POTTIER La greffière,
signé
A. STARZYNSKI
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Pour expédition conforme,
La greffière,
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