mardi 4 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2301972 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | FAUVEAU IVANOVIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 février 2023, M. A D, agissant en qualité de représentant légal de sa fille mineure, Mme B C, représenté par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours préalable obligatoire contre la décision du 25 novembre 2022 refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à sa fille ;
3°) d'enjoindre, à titre principal, à l'OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de sa fille et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile rétroactivement à compter du 4 novembre 2022, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à l'OFII de procéder au réexamen de sa demande ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que la vulnérabilité de sa fille n'a fait l'objet d'aucune évaluation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de sa fille ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur de fait, dès lors que la demande d'asile de sa fille a été enregistrée à tort comme demande de réexamen alors qu'il s'agissait d'une première demande ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, les dispositions de l'article 24 de la charte européenne des droits fondamentaux et de l'article 23 de la directive 2013/33/UE ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 octobre 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Seignat a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant congolais né le 10 octobre 1990, a vu sa demande d'asile rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 12 mars 2021, puis par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 14 octobre 2021. Le 25 novembre 2022, il déposait une demande d'asile au profit de sa fille mineure, Mme B C, née le 25 octobre 2008, demande enregistrée en procédure accélérée. Le même jour, l'OFII refusait d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à sa fille. Par courriel du 9 décembre 2022, M. D formait un recours préalable obligatoire contre cette décision de refus des conditions matérielles d'accueil, recours implicitement rejeté par l'OFII. M. D sollicite l'annulation de cette décision implicite.
Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2023. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. ".
4. L'institution, par les dispositions précitées, d'un recours administratif préalable obligatoire, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître, le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Il en résulte que les vices propres de la décision initiale ne sauraient être utilement invoqués à l'appui d'un recours contestant la décision rejetant ce recours. Cette substitution ne fait toutefois pas obstacle à ce que soient invoqués à son encontre des moyens tirés de la méconnaissance de règles de procédure applicables à la décision initiale qui, ne constituant pas uniquement des vices propres à cette décision, sont susceptibles d'affecter la régularité de la décision soumise au juge.
5. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. D, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche d'évaluation de la vulnérabilité produite en défense, que l'OFII a procédé à un entretien visant à évaluer la vulnérabilité de Mme C le 25 novembre 2022, avant de lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté comme manquant en fait.
6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée ou des autres pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de Mme C avant de prendre la décision attaquée. Il ressort en outre des pièces du dossier, tel qu'il a été dit au point précédent, que Mme C a bénéficié, le 25 novembre 2022, d'un entretien au cours duquel ses besoins ont été évalués et que cet entretien n'a pas mis en lumière d'éléments particuliers de vulnérabilité, cette dernière ne se prévalant d'aucun problème de santé et déclarant être hébergée en centre d'accueil avec sa belle-mère et sa fratrie. Le moyen tiré du défaut d'examen doit, par suite, être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, elle est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants. ". Aux termes de l'article L. 531-41 du même code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure. () ".
8. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile de présenter une demande en son nom et, le cas échéant, en celui de ses enfants mineurs qui l'accompagnent. En cas de naissance ou d'entrée en France d'un enfant mineur postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'étranger est tenu, tant que l'OFPRA ou, en cas de recours, la CNDA, ne s'est pas prononcé, d'en informer cette autorité administrative ou cette juridiction. La décision rendue par l'OFPRA ou, en cas de recours, par la CNDA, est réputée l'être à l'égard du demandeur et de ses enfants mineurs, sauf dans le cas où le mineur établit que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire.
9. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les parents d'un enfant entré en France après l'enregistrement de leur demande d'asile présentent, postérieurement au rejet définitif de leur propre demande, une demande au nom de leur enfant. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point précédent que la demande ainsi présentée au nom du mineur doit alors être regardée, dans tous les cas, comme une demande de réexamen au sens de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France en octobre 2022, après le rejet définitif de la demande d'asile présentée par son père, le 14 octobre 2021 par la CNDA. Dès lors que Mme C n'atteste ni même n'allègue que son père n'était pas en droit de présenter une demande en son nom, la décision de rejet, rendue par la CNDA, est réputée l'être à l'égard tant du demandeur que de son enfant mineur. Par conséquent, en qualifiant la demande présentée pour sa fille par M. D le 25 novembre 2022 de demande de réexamen, l'OFII n'a entaché sa décision d'aucune erreur de droit ni erreur de fait. Ces moyens doivent donc être écartés.
11. En quatrième lieu, si M. D soutient que la décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, les dispositions de l'article 24 de la charte européenne des droits fondamentaux et de l'article 23 de la directive 2013/33/UE, en se bornant à invoquer la minorité de sa fille, il n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
12. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'accorder à Mme C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle l'OFII a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision de refus des conditions matérielles d'accueil du 25 novembre 2022. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Dewailly, président,
M. Rehman-Fawcett, conseiller,
Mme Seignat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.
La rapporteure,
D. SEIGNAT
Le président,
S. DEWAILLYLa greffière,
L. SUEUR
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026