Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302025

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2302025
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. A, ressortissant ivoirien, qui contestait un arrêté préfectoral du 25 janvier 2023 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a estimé que la décision de refus était suffisamment motivée et que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration était inopérant, les dispositions spéciales du code de l'entrée et du séjour des étrangers prévalant. Sur le fond, le tribunal a jugé que M. A ne justifiait pas d'une intégration professionnelle suffisante pour bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire, fixation du délai de départ et du pays de destination, privées de base légale du fait de la légalité du refus de titre, ont également été validées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2023, M. A, représenté par Me Bertaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, lui a octroyé un délai de départ volontaire de 30 jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière';

2°) d'enjoindre au la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. A soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration (CRPA);

- est entachée d'une erreur de fait tirée de ce qu'il justifie d'une intégration professionnelle suffisante ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tirée de ce qu'il justifie entrer dans les critères de la circulaire du 28 novembre 2012.

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

-est entachée d'une erreur de droit tirée de ce que la préfète n'était pas en situation de compétence liée et devait examiner la situation du requérant ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

La décision fixant le délai de départ volontaire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision fixant le pays de destination :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre.

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondés.

Par ordonnance du 26 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 26 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Iffli, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né en 1973, déclaré être entré en France le 27 octobre 2013 et y résider depuis lors. Il a sollicité le 31 janvier 2022 la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 431-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 25 janvier 2023, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, elle est ainsi suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, dès lors que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile constituent des dispositions spéciales régissant le traitement par l'administration des demandes de titres de séjour, le requérant n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance de la procédure prévue à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées sera écarté, comme inopérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () "

5. Il ressort des pièces du dossier que si M. A produit des pièces établissant sa présence habituelle en France depuis l'année 2013, il n'établit toutefois pas, par les bulletins de paie produits au titre des années 2017, 2018 et 2019 qui ne sont corroborés par aucun autre document probant, alors en outre que son avis d'imposition au titre de l'année 2019 mentionne un revenu fiscal de 0 euros, les avis de l'année 2018 sur les revenus 2017 et de l'année 2019 sur les revenus 2018 n'étant en outre pas produits. Il ne produit pas non plus ses relevés de compte, autre que le livret A, pour établir la réalité des revenus perçus pour ces trois années, ni même de contrats de travail, établissant qu'il a effectivement travaillé pour les sociétés Sogi Auber, Boya voyages et Promo flash. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation en considérant que le requérant n'établit pas avoir effectivement travaillé pour ces employeurs doivent être écartés.

6. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A est célibataire, sans charge de famille en France et n'apporte pas la preuve de ce qu'il aurait transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Il n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales à l'étranger. Dans ces conditions, la préfète du Val-de-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En sixième lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de la décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écartée.

8. En septième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus concernant le refus de titre de séjour que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, pour les motifs précédemment exposés au point 5, être écartés.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

9. En huitième lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de la décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant un délai de départ volontaire de 30 jours, ne peut qu'être écartée.

10. En neuvième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus concernant le refus de titre de séjour que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, pour les motifs précédemment exposés au point 5, être écartés.

En ce qui concerne le pays de destination :

11. En dixième lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de la décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écartée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2023, par lequel préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, avec obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Iffli, conseillère,

Mme Seignat, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

La rapporteure,

C. IFFLI

Le président,

S. DEWAILLY

La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,