Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302560
lundi 1 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2302560 |
| Type | Décision |
| Formation | 8ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mars 2023, M. C D et Mme E D, agissant en qualité de représentants légaux de leur enfant mineur, M. B D, représentés par Me Charles, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision de clôture de demande de document de circulation pour étranger mineur pour leur fils valant refus de délivrance d'un tel document émise le 16 janvier 2023 ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à leur fils un document de circulation pour étranger mineur dans un délai de deux semaines à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C D et Mme E D soutiennent que la décision attaquée :
- méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration en l'absence de nom, prénom et qualité de son auteur ;
- est entachée d'un défaut de motivation en droit et d'un défaut d'examen ;
- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 21 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 janvier 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Avirvarei, conseillère ;
- les observations de Me Charles, représentant M. et Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D et Mme E D, ressortissants algériens nés respectivement le 5 juin 1975 et le 14 janvier 1979, titulaires d'un certificat de résidence algérien, ont sollicité la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur (A) pour leur fils, B, né le 8 janvier 2015, de nationalité algérienne. Par un courrier du 16 janvier 2023, reçu dans leur compte personnel sur la plateforme " administration numérique pour les étrangers en France " (ANEF), ils ont été informés que leur demande en ligne avait été clôturée. Aux termes des motifs indiqués dans ce courrier, ce dernier doit être regardé comme portant refus de délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur. Par la présente requête, les requérants demandent l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de
celui-ci. () ". Aux termes de l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions ; () ".
3. Si la décision attaquée du 16 janvier 2023, qui est revêtue de la mention " l'agent instructeur, ministère de l'intérieur et des outre-mer ", mentionne ainsi la qualité de son auteur, elle n'indique pas son nom ni d'ailleurs son prénom, de sorte que son auteur ne peut être identifié. Dans ces conditions, les requérants sont bien fondés à soutenir que la décision attaquée est irrégulière faute de comporter les mentions requises par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration.
4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 16 janvier 2023 portant refus de délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur à M. B D.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique que l'autorité administrative procède au réexamen de la demande de M. et Mme D. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent d'y procéder, au regard des circonstances existant à la date où elle statuera, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros à M. et Mme D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 16 janvier 2023 portant refus de délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur à M. B D est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la demande de M. et Mme D dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. et Mme D la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et Mme E D et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Xavier Pottier, président,
Mme Andreea Avirvarei, conseillère,
Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.
La rapporteure,
A. Avirvarei
Le président,
X. PottierLa greffière,
A. Starzynski
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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