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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2302620

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302620

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2302620
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantAUCHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mars 2023, Mme A C, représentée par Me Aucher, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jours de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, avec autorisation de travail dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 avril 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante congolaise née le 8 mars 1980 et entrée en France le 4 décembre 2016 selon ses déclarations, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 février 2023, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le préfet de Seine-et-Marne a fait application pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à Mme C. Il indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de Mme C, il lui permet de comprendre les motifs du refus de titre qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne a procédé à un examen particulier de la situation personnelle Mme C avant de refuser de lui accorder un titre de séjour, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir que cela n'aurait pas été le cas.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ".

5. Pour refuser de délivrer à Mme C un titre de séjour, le préfet de Seine-et-Marne a estimé, ainsi que l'avait fait le collège de médecins de l'OFII dans son avis du 17 août 2021, que, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner de conséquence d'une exceptionnelle gravité et qu'il lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que Mme C souffre de douleurs pelviennes, ainsi que de douleurs aux genoux et à l'épaule droite. Si Mme C soutient qu'elle ne peut bénéficier de manière effective aux soins indispensables au traitement de ses diverses pathologies dans son pays d'origine, les pièces médicales qu'elle produit, à savoir divers certificats médicaux prescrivant différents médicaments, le compte-rendu de radiographies des genoux et de l'épaule droite, le compte rendu d'examen des urgences indiquant qu'elle se plaint de douleurs pelviennes ainsi que divers documents médicaux faisant état d'un utérus polymyomateux, ne permettent pas de justifier du traitement nécessaire à ses pathologies et des conséquences de l'arrêt de celui-ci sur son état de santé. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en rejetant sa demande de titre de séjour.

6. Si la requérante soutient que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaitrait l'article L. 423-23 du même code, elle n'établit, ni même ne soutient, avoir fait sa demande de titre de séjour sur ces fondements, que le préfet n'a d'ailleurs pas examinés d'office. Par suite, ces moyens doivent être écartés comme inopérants.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Mme C se prévaut de ce qu'elle vit en France depuis décembre 2016 et y a noué des liens dès lors qu'elle est en concubinage avec un ressortissant angolais, M. B en situation régulière, titulaire d'une carte de résident. Toutefois, les pièces qu'elle produit, à savoir une attestation d'hébergement de M. B indiquant l'héberger depuis le 27 décembre 2017, l'attestation de titulaire de contrat d'électricité à leur deux noms depuis 2020 ainsi que la production de divers courriers de 2018 à 2023 indiquant l'adresse de M. B, sont insuffisantes pour établir leur communauté de vie alors qu'il ressort des termes de la décision que M. B est marié à une ressortissante congolaise qui réside au Congo et dont il n'est ni soutenu, ni même allégué, qu'il aurait divorcé. En outre, elle ne justifie pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, alors que la décision attaquée indique que sa fille née le 13 décembre 2007 y réside. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en refusant la délivrance d'un titre de séjour à Mme C, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas, en tout état de cause, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de Mme C.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant une atteinte excessive au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme C.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dès lors que l'État n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Xavier Pottier, président ;

- Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère ;

- Mme Lina Bousnane, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

La rapporteure,

J. D

Le président,

X. POTTIER

La greffière,

C. LEROY

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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