Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302860
vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2302860 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | ATMOS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. - Par une requête enregistrée sous le n° 2302860 le 23 mars 2023 et un mémoire enregistré le 10 septembre 2024, la SNC LNC Babel Promotion, représentée par Me Leparoux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2022 par lequel le maire de la commune de Gretz-Armainvilliers a refusé de lui délivrer un permis de construire un ensemble immobilier de 60 logements collectifs en accession sur un terrain situé 13-15 boulevard Aristide Briand et 42-46 rue Arthur Papon, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux née le 25 janvier 2023 ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune, à titre principal de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de reprendre l'instruction de la demande de permis de construire dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son recours est recevable dès lors qu'il a été introduit dans les délais ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé dès lors que le maire se contente de mentionner que le département de Seine-et-Marne a émis un " certain nombre de remarques ", ce qui ne lui permet pas de comprendre de quelles remarques il s'agit ;
- le projet ne méconnait pas l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " habitat " dès lors que les parties de la construction affectées aux aires de stationnement sont suffisamment éloignées de la rue Arthur Papon ; la rampe d'accès au sous-sol est en retrait de plus de 5 mètres de la rue ; le porche d'accès est en retrait de 5 mètres de la rue ; l'implantation du rez-de-chaussée affecté au stationnement est conforme quand même bien les niveaux supérieurs seraient implantés à 4 mètres de la voie ;
- il ne méconnait pas l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " habitat " dès lors que le rayon de la rampe d'accès au stationnement est suffisant ;
- le dossier n'était pas incorrect en ce qui concerne la représentation des balcons sur les documents graphiques ;
- le département de Seine-et-Marne a émis un avis favorable au projet sous réserve de la réalisation de préconisations ; il n'a pas prescrit la suppression de l'accès piéton depuis le boulevard Aristide Briand, contrairement à ce que le maire enjoint dans son arrêté ;
- le maire a ajouté une condition supplémentaire à l'édification de la construction alors qu'aucune disposition du règlement du plan local d'urbanisme n'impose que les terrains prévoient des aires spécifiques pour le stationnement des camions de déménagement ;
- le maire ne pouvait retenir l'insuffisance de la largeur de passage au droit des cages d'escaliers dans le parking pour fonder son refus ;
- la création d'un cheminement piéton aux droits des parkings pouvait faire l'objet d'une prescription au sein de l'arrêté de permis de construire dès lors que cette mesure est précise et limitée ;
- le maire a estimé à tort que le projet devait prévoir un isolement acoustique des façades alors que le projet n'est pas compris dans un périmètre portant sur le classement sonore des infrastructures de transport terrestre aux abords de la voie ferrée.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 août 2024, la commune de Gretz-Armainvilliers, représentée par Me Braud, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- le projet est incompatible avec l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " habitat " en ce qui concerne la rampe d'accès dès lors que ses dispositions exigent que le rayon extérieur de la rampe d'accès à double sens présente une largeur minimale de 12 mètres ;
- elle sollicite une substitution de motifs tirée de la méconnaissance de l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " habitat " dès lors que les combles ne sont pas accessibles aux personnes à mobilité réduite ;
- elle sollicite une substitution de motifs tirée de la méconnaissance de l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " habitat " dès lors que pour l'ensemble des 20 logements accessibles depuis la cage A, il n'existe pas d'aire de précollecte accessible ;
- elle sollicite une substitution de motifs tirée de la méconnaissance de l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " habitat " dès lors que le nombre de places de stationnement en sous-sol est supérieur au seuil de 50% prévu ;
- le maire était tenu de s'opposer à la demande de permis de construire alors que le projet ne respecte pas l'isolement acoustique conforme à celui édicté dans l'arrêté du 19 avril 1999 concernant le classement sonore des infrastructures de transport terrestre aux abords de la voie ferrée.
Par une lettre en date du 5 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi en ce qui concerne l'inapplicabilité matérielle des dispositions relatives aux normes acoustiques eu égard au principe d'indépendance des législations.
Des observations ont été enregistrées et communiquées le 11 septembre 2024 pour la commune de Gretz-Armainvilliers.
Un mémoire a été enregistré le 18 septembre 2024 pour la commune de Gretz-Armainvilliers mais n'a pas été communiqué.
II. - Par une requête enregistrée sous le n° 2302861 le 23 mars 2023 et un mémoire enregistré le 1er février 2024, la SNC LNC Babel Promotion, représentée par Me Leparoux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2023 par lequel le maire de la commune de Gretz-Armainvilliers a refusé de lui délivrer un permis de construire un ensemble immobilier de 60 logements collectifs en accession sur un terrain situé 13-15 boulevard Aristide Briand et 42-46 rue Arthur Papon ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune, à titre principal de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de reprendre l'instruction de la demande de permis de construire dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son recours est recevable dès lors qu'il a été introduit dans les délais ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé dès lors que le maire se contente de mentionner que le département de Seine-et-Marne a émis un " certain nombre de remarques " ce qui ne lui permet pas de comprendre de quelles remarques il s'agit ;
- le projet ne méconnait pas l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " habitat " dès lors que le rayon de la rampe d'accès au stationnement est suffisant ;
- le projet ne méconnait pas l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " habitat " dès lors que l'ensemble des étages est accessible aux personnes à mobilité réduite ;
- le projet ne méconnait pas l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " habitat " en ce qui concerne l'accessibilité de l'aire de précollecte ;
- le projet ne méconnait pas l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " habitat " en ce qui concerne le nombre de places de stationnement en sous-sol ;
- le département de Seine-et-Marne a émis un avis favorable au projet sous réserve de la réalisation de préconisations ; il n'a pas prescrit la suppression de l'accès piéton depuis le boulevard Aristide Briand contrairement à ce que le maire enjoint dans son arrêté ;
- le maire a ajouté une condition supplémentaire à l'édification de la construction alors qu'aucune disposition du règlement du plan local d'urbanisme n'impose que les terrains prévoient des aires spécifiques pour le stationnement des camions de déménagement ;
- le maire a estimé à tort que le projet devait prévoir un isolement acoustique des façades alors que le projet n'est pas compris dans un périmètre portant sur le classement sonore des infrastructures de transport terrestre aux abords de la voie ferrée ; à considérer que le terrain d'assiette relevait du périmètre d'application de mesures d'isolation acoustique, le maire aurait dû délivrer le permis de construire et l'assortir d'une prescription en ce sens ;
- le projet ne méconnait pas les articles R. 111-2 du code de l'urbanisme et UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- le projet ne méconnait pas l'article UA 6 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- le projet ne méconnait pas l'article UA 7 du règlement du plan local d'urbanisme.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 janvier 2024, la commune de Gretz-Armainvilliers, représentée par Me Braud, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SNC LNC Babel Promotion au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué comporte les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement ;
- le projet est incompatible avec l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " habitat " en ce qui concerne la rampe d'accès dès lors que ses dispositions exigent que le rayon extérieur de la rampe d'accès à double sens présente une largeur minimale de 12 mètres ;
- le maire était tenu de refuser le permis de construire en l'absence de prise en compte des remarques émises par le département de Seine-et-Marne ;
- le maire était tenu de s'opposer à la demande de permis de construire alors que le projet ne respecte pas l'isolement acoustique conforme à celui édicté dans l'arrêté du 19 avril 1999 concernant le classement sonore des infrastructures de transport terrestre aux abords de la voie ferrée ;
- elle sollicite une substitution de motifs tirée de la méconnaissance de l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " habitat " dès lors que les combles ne sont pas accessibles aux personnes à mobilité réduite ;
- elle sollicite une substitution de motifs tirée de la méconnaissance de l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " habitat " dès lors que pour l'ensemble des 20 logements accessibles depuis la cage A, il n'existe pas d'aire de précollecte accessible ;
- elle sollicite une substitution de motifs tirée de la méconnaissance de l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " habitat " dès lors que le nombre de places de stationnement en sous-sol est supérieur au seuil de 50 % prévu ;
- elle sollicite une substitution de motifs tirée de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et des dispositions de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme par la voie traversant le niveau rez-de-chaussée du parc de stationnement ;
- elle sollicite une substitution de motifs tirée de la méconnaissance de l'article UA 6 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que le local technique, annexe non maçonnée, sera implanté à l'alignement avec le boulevard Aristide Briand alors qu'il aurait dû être implanté à 10 mètres minimum de l'alignement ; une partie de la construction se situe au-delà de la bande de 40 mètres ; la partie de la construction permettant d'accéder aux places de stationnement depuis la rue Arthur Papon aurait dû se situer à cinq mètres au moins de l'alignement ;
- elle sollicite une substitution de motifs tirée de la méconnaissance de l'article UA 7 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que de nombreux balcons se situeront à moins de 4 mètres des limites séparatives.
Par une lettre du 24 novembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 22 janvier 2024 sans information préalable.
Une ordonnance de clôture immédiate a été prise le 14 mai 2024.
Par une lettre en date du 5 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi en ce qui concerne l'inapplicabilité matérielle des dispositions relatives aux normes acoustiques eu égard au principe d'indépendance des législations.
Des observations ont été enregistrées et communiquées le 11 septembre 2024 pour la commune de Gretz-Armainvilliers.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,
- les conclusions de Mme Blanc, rapporteure publique,
- et les observations de Me De Lahaye, représentant la société requérante, et de Me Lovera, représentant la commune de Gretz-Armainvilliers.
Dans chacun des deux dossiers, une note en délibéré présentée pour la SNC Babel Promotion, par Me Leparoux, a été enregistrée le 26 septembre 2024. Elle n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. La SNC LNC Babel Promotion a déposé le 25 mars 2022 une demande de permis de construire portant sur la réalisation d'une construction de 60 logements collectifs en accession sur un terrain situé 13-15 boulevard Aristide Briand, 42-46 rue Arthur Papon cadastré section B n° 363, 385, 387, 724, 725, 967 et 968 à Gretz-Armainvilliers. Par un arrêté du 7 juin 2022, le maire de la commune a refusé de lui délivrer ce permis de construire. Le 13 juillet 2022, la société pétitionnaire a redéposé une demande de permis de construire qui a été refusée par un arrêté du 6 octobre 2022. La SNC LNC Babel Promotion a formé un recours gracieux reçu le 25 novembre 2022 et une décision implicite de rejet est née du silence gardé sur ce recours le 25 janvier 2023. Le 21 décembre 2022, la SNC a redéposé une demande de permis pour le même projet, qui a été rejetée par un arrêté du 9 mars 2023. Par les requêtes susvisées, la SNC LNC Babel Promotion demande au tribunal l'annulation des arrêtés du 6 octobre 2022 et du 9 mars 2023 ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux née le 25 janvier 2023.
2. Les requêtes présentées par la SNC LNC Babel Promotion et enregistrées sous les n° 2302860 et n° 2302861 concernent le même terrain et le même projet de construction et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 6 octobre 2022 :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables. La motivation n'est pas nécessaire lorsque la dérogation est accordée en application des 1° à 6° de l'article L. 152-6 ".
4. D'une part, il ressort de l'arrêté attaqué qu'il comporte les visas du code de l'urbanisme et du règlement du plan local d'urbanisme. D'autre part, il ressort de ces mêmes motifs que le maire de Gretz-Armainvilliers s'est fondé sur l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " habitat " pour considérer que le porche d'accès aux places de stationnement est situé à 4 mètres de la rue Arthur Papon et que le projet prévoit une rampe dont le rayon extérieur n'est que de 9,5 mètres, sur l'avis de la direction des routes du département de Seine-et-Marne en date du 4 octobre 2022 pour considérer que l'accès piétons devait être supprimé, ainsi que sur l'arrêté préfectoral du 19 avril 1999 relatif au classement des infrastructures de transports terrestres et à l'isolement acoustique des bâtiments d'habitation dans les secteurs affectés par le bruit pour considérer que le projet devait prévoir un isolement acoustique des façades. Il a également déduit qu'un cheminement piéton devait être matérialisé au droit des parkings pour favoriser la sécurité et que la largeur de passage au droit des cages d'escaliers au rez-de-chaussée était insuffisante. Ce faisant, contrairement à ce qu'elle soutient, la société pétitionnaire a été mise en mesure de comprendre les considérations sur lesquelles le maire s'est fondé pour refuser le permis de construire sollicité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
5. Aux termes de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent () des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements et, en zone de montagne, sur les unités touristiques nouvelles. / () ". Et aux termes de l'article L. 152-1 du même code : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. / A travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation ". Il résulte de ces dispositions qu'une autorisation d'urbanisme ne peut être légalement délivrée si les travaux qu'elle prévoit sont incompatibles avec les orientations d'aménagement et de programmation d'un plan local d'urbanisme et, en particulier, en contrarient les objectifs.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'orientation d'aménagement et de programmation thématique habitat : " Les constructions ou parties de construction ainsi affectées aux aires de stationnement fermées ou en sous-sol et à leurs accès doivent être situées en retrait des voies d'au moins 5 mètres ".
7. Pour refuser le permis de construire en litige, le maire de Gretz-Armainvilliers a notamment opposé à la société pétitionnaire la méconnaissance des dispositions précitées au motif que le porche d'accès aux places de stationnement est situé à 4 mètres de la rue Arthur Papon. Il ressort des pièces constituant la demande de permis de construire et, en particulier, de la notice ainsi que des documents graphiques que, rue Arthur Papon, la construction est implantée dans une bande comprise entre 4 mètres et 40 mètres et qu'au droit des stationnements en rez-de-chaussée et sous-sol, la construction est implantée à 5 mètres de l'alignement, sans que cette distance ne tienne compte du volume du porche d'accès aux places de stationnement sur cette façade. Si l'orientation d'aménagement et de programmation précitée impose un retrait d'au moins 5 mètres, eu égard au rapport de comptabilité qui prévaut et aux objectifs de ce document, la circonstance que la partie de la construction affectée à l'accès aux aires de stationnement serait implantée à 4 mètres de la rue Arthur Papon, alors que l'orientation prévoit une distance de 5 mètres, ne pouvait légalement fonder l'arrêté attaqué. Par suite, la SNC LNC Babel Promotion est fondée à soutenir que c'est à tort que le maire a retenu que le projet méconnaissait ces dispositions pour refuser de lui délivrer le permis de construire qu'elle sollicitait.
8. En troisième lieu, la société requérante soutient que c'est à tort que le maire de Gretz-Armainvilliers s'est fondé sur l'avis du département de Seine-et-Marne pour considérer que l'accès piéton depuis le boulevard Aristide Briand devait être supprimé pour des raisons de sécurité dès lors que les camions de déménagement seront stationnés sur la chaussée, ce qui perturbera la circulation. Il ressort des pièces du dossier qu'un accès piéton permet d'accéder à la construction projetée depuis le boulevard Aristide Briand. Toutefois, la circonstance que des camions de déménagement stationnent sur la chaussée ne pouvait conduire le maire de la commune à exiger la suppression de ce cheminement piéton, alors qu'aucune atteinte à la sécurité publique n'est caractérisée au sens de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Ainsi, c'est à tort que le maire a fondé son arrêté portant refus de permis de construire sur un tel motif. Par suite, ce moyen doit être accueilli.
9. En quatrième lieu, la société requérante soutient que c'est à tort que le maire de la commune a considéré que le projet doit prévoir un isolement acoustique des façades alors qu'il ne ressort pas des documents d'urbanisme accessibles que le projet serait compris dans un périmètre portant sur le classement sonore des infrastructures de transport terrestre aux abords de la voie ferrée. Il ressort de l'arrêté attaqué qu'en se fondant sur l'arrêté préfectoral du 19 avril 1999 pour considérer que le projet ne prévoit pas d'isolement acoustique des façades, le maire de Gretz-Armainvilliers a méconnu le champ d'application de la loi, une telle disposition n'étant pas opposable à une demande de permis de construire en application du principe d'indépendance des législations. Dans ces conditions, c'est à tort que le maire a opposé ces dispositions. Par suite, ce moyen doit être accueilli.
10. Il résulte de ce qui précède que les trois motifs tirés de l'incompatibilité du projet avec l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " habitat " en ce qui concerne l'implantation du porche d'accès, l'erreur d'appréciation relative à la suppression de l'accès piéton boulevard Aristide Briand et l'inopposabilité des dispositions relatives à l'isolement acoustique sont entachés d'erreur de droit.
11. Toutefois, le maire de Gretz-Armainvilliers s'est également fondé sur quatre autres motifs pour rejeter la demande présentée par la SNC LNC Babel Promotion.
12. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / () ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; () ".
13. D'autre part, aux termes de l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme : " Toute saillie dans le comble est interdite à l'exclusion des lucarnes autorisées et des équipements techniques nécessaire à la construction ".
14. La société requérante soutient que c'est à tort que le maire de la commune a considéré que le dossier de permis de construire était incorrect en ce qui concerne la représentation des balcons en toiture au motif que ceux-ci ne sont pas représentés sur les plans des façades et toitures. Il ressort des pièces du dossier que des balcons en saillie sont représentés au dernier niveau de la construction dans les vues d'insertion du projet dans l'environnement donnant sur le boulevard Aristide Briand, ainsi que sur la rue Papon. Il en résulte que le maire de Gretz-Armainvilliers a pu légitiment considérer que le permis de construire était incorrect sur ce point, qui pose la question du respect des dispositions précitées de l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme. Dans ces conditions, ce moyen ne pourra qu'être écarté.
15. En deuxième lieu, aux termes de l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " habitat " : " Caractéristiques des rampes d'accès : sens unique : 3,5 m / double sens desservant jusqu'à 60 voitures : 3,5 m / double sens desservant plus de 60 voitures : 5 m. A rampes ne doivent pas entraîner de modification dans le niveau du trottoir. B pente dans les trois premiers mètres à partir de l'alignement ne doit pas excéder 5%, sauf dans le cas d'impossibilité technique. B rayon intérieur ne peut être inférieur à 5 m. B rayon extérieur doit être égal au rayon intérieur augmenté d'une largeur de 3,50 m pour une rampe à sens unique ou de 5 m pour une rampe à double sens, sans pour autant descendre au-dessous de 9,50 m ou 12 m dans chacun des cas ".
16. Pour refuser le permis de construire en litige, le maire de Gretz-Armainvilliers a notamment opposé à la société pétitionnaire la méconnaissance des dispositions précitées au motif que le projet prévoit une rampe dont le rayon extérieur n'est que de 9,50 mètres. Il ressort des pièces du dossier que la rampe d'accès dessert 52 places de stationnement en sous-sol, qu'elle mesure 3,50 mètres de largeur et qu'elle a un rayon extérieur de 9,50 mètres. Au regard des pièces jointes au dossier de permis de construire, la rampe litigieuse ne peut être qualifiée de rampe à sens unique alterné, comme le soutient la société requérante, dès lors qu'elle a vocation à permettre l'entrée et la sortie des véhicules de façon alternative. Eu égard à l'impact sur la visibilité des conducteurs qui relève d'impératifs de sécurité, c'est à bon droit que le maire de la commune a opposé ce motif à la demande de permis de construire déposée par la société requérante. Par suite, ce moyen doit être écarté.
17. En troisième lieu, aux termes dispositions de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux voies et accès : " () Les voies, les voies d'accès au terrain et les voies de circulation internes doivent répondre à l'importance de la destination de la ou des constructions à édifier et présentant des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité de la circulation et de l'accès, de la protection civile et des moyens d'approche permettant une lutte efficace contre l'incendie. Pour permettre une défense incendie optimale, toute construction devra être desservie par une voie répondant aux normes de largeur définies dans le tableau ci-dessous : () supérieur à 4 logements : largeur des voies : 8 mètres () ".
18. La société requérante soutient que c'est à tort que le maire de Gretz-Armainvilliers a considéré que le projet est illégal au motif qu'au rez-de-chaussée de la construction, la largeur de passage est inférieure à 5 mètres à deux endroits au droit des cages d'escalier. Il ressort de la notice explicative du projet que cette voie interne mesure en moyenne 5 mètres et de manière exceptionnelle une largeur moindre, d'environ 3,50 mètres au droit notamment des escaliers. En vertu de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme précité, pour les voies desservant plus de 4 logements, une largeur supérieure à 8 mètres est exigée. Par suite, c'est à bon droit que le maire a opposé à la société pétitionnaire ce motif de refus.
19. En quatrième lieu, aux termes de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les voies nouvelles (publiques ou privées), les voies de circulation internes et les voies d'accès au terrain desservant 2 logements ou plus doivent comprendre a minima un cheminement piétonnier d'une largeur minimale de 1,40 mètre ".
20. L'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
21. Il ressort de l'arrêté attaqué que le maire a considéré dans son arrêté qu'un cheminement piéton devait être matérialisé au droit des parkings afin de favoriser la sécurité. La société requérante fait valoir que ce motif aurait pu faire l'objet de prescriptions assortissant la délivrance du permis de construire. Toutefois, et alors que le maire a entendu se fonder sur les dispositions précitées de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme, il ressort du plan du rez-de-chaussée qu'un tel cheminement piéton n'est pas prévu. En outre, le fait d'ajouter un cheminement piéton à la voie de circulation interne du projet par voie de prescriptions conduirait à rétrécir cette voie qui mesure 5 mètres alors qu'elle dessert 60 logements et plus de 100 places de stationnement ce qui entrainerait nécessairement des difficultés en termes de sécurité pour la circulation des piétons ainsi que des voitures. Dans ces conditions, ce moyen sera écarté.
22. Ainsi, il en résulte que le maire de Gretz-Armainvilliers aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur ces motifs.
23. Enfin, la société requérante soutient que c'est à tort que le maire de Gretz-Armainvilliers a ajouté une condition supplémentaire à l'édification de constructions nouvelles, non prévue par le règlement du plan local d'urbanisme, en considérant qu'une aire de stationnement affectée aux camions de déménagement devrait être prévue au sein de la parcelle afin de desservir le hall A. Il ressort des mentions de l'avis du département de la Seine-et-Marne en date du 4 octobre 2022 que celui-ci a considéré qu'une aire de stationnement affectée aux camions de déménagement devra être prévue au sein de la parcelle afin de desservir le hall A. Toutefois, il ne ressort pas des mentions de l'arrêté attaqué que la création d'une telle place soit exigée, dès lors que cette mention de l'avis a seulement été utilisée pour justifier la suppression de l'accès piéton depuis le boulevard Aristide Briand pour des raisons de sécurité. Par suite ce moyen sera écarté comme inopérant.
24. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les demandes de substitutions de motifs et la demande de substitution de base légale opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2022 du maire de Gretz-Armainvilliers, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux née le 25 janvier 2023 doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 9 mars 2023 :
25. En premier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué qu'il comporte les visas du code de l'urbanisme et du règlement du plan local d'urbanisme. Par ailleurs, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le maire s'est fondé sur l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " habitat " pour considérer que le projet prévoit une rampe dont le rayon extérieur n'est que de 9,5 mètres, sur l'avis de la direction des routes du département de Seine-et-Marne en date du 4 octobre 2022 pour considérer que l'accès piétons devait être supprimé ainsi que sur l'arrêté préfectoral du 19 avril 1999 relatif au classement des infrastructures de transports terrestres et à l'isolement acoustique des bâtiments d'habitation dans les secteurs affectés par le bruit pour considérer que le projet devait prévoir un isolement acoustique des façades. Ce faisant, contrairement à ce qu'elle soutient, la société pétitionnaire a été mise en mesure de comprendre les considérations sur lesquelles le maire s'est fondé pour refuser le permis de construire sollicité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
26. En deuxième lieu, conformément à ce qui a été dit au point 8 du présent jugement, le maire de Gretz-Armainvilliers ne pouvait pas considérer que l'accès piéton depuis le boulevard Aristide Briand devait être supprimé pour des raisons de sécurité. Dans ces conditions, ce moyen pourra être accueilli.
27. En troisième lieu, le motif tiré de ce que le maire de la commune a considéré que le projet ne prévoit pas d'isolement acoustique alors qu'il n'est pas établi que le projet serait compris dans un périmètre portant sur le classement sonore des infrastructures de transport terrestre aux abords de la voie ferrée est entaché d'une méconnaissance du champ d'application de loi. Ce moyen sera accueilli.
28. Il résulte de ce qui précède que les motifs tirés de l'erreur d'appréciation relative à la suppression de l'accès piéton boulevard Aristide Briand et à l'inopposabilité des dispositions relatives à l'isolement acoustique sont entachés d'erreur de droit.
29. Toutefois, le maire de Gretz-Armainvilliers s'est également fondé sur un autre motif pour rejeter la demande présentée par la SNC LNC Babel Promotion.
30. Conformément à ce qui a été dit au point 16 du présent jugement, la rampe d'accès aux parkings situés au rez-de-chaussée de la construction est une rampe à double sens qui devait satisfaire à l'exigence d'un rayon minimum de 10 mètres. Dans ces conditions, le maire pouvait légalement fonder sa décision sur ce motif pour refuser l'arrêté attaqué.
31. Enfin, ainsi qu'il a été précédemment dit au point 23 du présent jugement, le moyen tiré de ce que le maire a ajouté une condition supplémentaire à l'édification de constructions nouvelles en considérant que le projet devait prévoir une aire spécifique pour le stationnement des camions de déménagement est inopérant et doit être écarté.
32. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les demandes de substitutions de motifs et la demande de substitution de base légale opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 mars 2023 du maire de Gretz-Armainvilliers doivent être rejetées.
33. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2022, de la décision implicite de rejet du recours gracieux née le 25 janvier 2023 et de l'arrêté du 9 mars 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a également lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
34. Dans les deux instances, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune, qui n'est pas la partie perdante, les sommes que la SNC LNC Babel Promotion demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge de la société SNC LNC Babel Promotion les sommes demandées par la commune de Gretz-Armainvilliers.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2302860 et n° 2302861 sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Gretz-Armainvilliers dans les instances n° 2302860 et n° 2302861 au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SNC LNC Babel Promotion et à la commune de Gretz-Armainvilliers.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mullié, présidente,
Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,
M. Collen-Renaux, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteure,
J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,
N. MULLIE
La greffière,
C. ROUILLARD
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Nos 2302860
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