Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303425

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303425
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMILEO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a rejeté la requête de M. A, un ressortissant malien, qui contestait l'arrêté du 6 mars 2023 de la préfète du Val-de-Marne lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de destination. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen, estimant la décision suffisamment motivée et prise par une autorité compétente. Il a également jugé que la décision de refus de séjour ne méconnaissait pas l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute pour le requérant de démontrer une insertion professionnelle ou des liens privés et familiaux suffisants. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation et les demandes accessoires ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 avril 2023 et le 15 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Mileo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat ou de la préfecture du Val-de-Marne une somme de

1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté du 6 mars 2023 a été pris par une autorité incompétente ;

Sur la légalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en tant qu'elle se fonde sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour qui est elle-même illégale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en tant qu'elle se fonde sur la décision d'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Fanjaud a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 31 décembre 1994 à Kersignane (Mali) déclare être entré en France le 27 mai 2018, et s'y maintenir sans discontinuer depuis lors. Le

13 juin 2022, M. A a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour portant la mention " salarié, travailleur temporaire ou vie privée et familiale ". Par un arrêté préfectoral en date du 6 mars 2023, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi. Il demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. Par un arrêté n° 2022/03367 du 19 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné à M. Ludovic Guillaume, secrétaire général de la préfecture, délégation de signature aux fins de signer notamment les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

3. En premier lieu, la décision du 6 mars 2023 précise notamment, pour refuser l'admission exceptionnelle au séjour de M. A, qu'il ne démontre pas être suffisamment inséré professionnellement en France, qu'il ne justifie d'aucune insertion particulière ni d'aucuns liens privés et familiaux depuis son arrivée sur le territoire français. Ainsi rédigée, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de l'arrêté du 6 mars 2023, que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'examen particulier ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui n'est pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présente pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité professionnelle ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger fait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

7. Le requérant soutient que la décision méconnait les dispositions relatives à l'admission exceptionnelle au séjour en ce que la préfète du Val-de-Marne aurait dû lui accorder un titre de séjour sur ce fondement dès lors qu'à la date de la décision attaquée, il séjournait depuis plus de trois ans sur le territoire français et s'était intégré professionnellement depuis le mois de septembre 2019. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que si M. A fournit deux attestations de concordance rédigées par son précédent employeur pour la période du

6 septembre 2019 au 4 février 2022 et par son employeur actuel à la date de la décision attaquée à partir du 7 février 2022, les périodes travaillées jusqu'au mois d'août 2021 ont généré des salaires nets mensuels significativement plus faibles que le salaire minimum de croissance, de sorte que l'intéressé n'a commencé à exercer une activité à plein temps qu'à compter du dernier trimestre de l'année 2021, soit moins de deux ans avant la date de décision attaquée. Par ailleurs, le requérant ne fait pas état de diplômes, d'expériences professionnelles particulières ou d'une situation personnelle particulière à l'appui de sa demande. D'autre part, si M. A fournit trois attestations au soutien de sa requête pour justifier d'une intégration familiale et sociale sur le territoire français, en plus de documents justifiant sa présence sur le territoire français depuis le mois de mai 2018, l'ensemble de ces éléments ne sont pas suffisants pour établir des considérations humanitaires ou justifier de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, il ne démontre être dénué d'attaches familiales dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 6 mars 2023 méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que doit être écarté le moyen invoqué par M. A tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.

9. En second lieu, le requérant soutient que la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce que, d'une part, il disposerait de nombreuses attaches familiales en France où il est présent depuis plus de cinq ans, d'autre part, l'obligation de quitter le territoire français impliquerait la cessation de ses activités professionnelles. Toutefois, alors notamment qu'il ne démontre être dénué d'attaches familiales dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre méconnaitrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, M. A soutient que la décision du 6 mars 2023 est insuffisamment motivée, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué, qui énonce la nationalité de l'intéressé, et mentionne l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de cet arrêté ne peut qu'être écarté.

11. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que doit être écarté le moyen invoqué par M. A tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 mars 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A réclame au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Pradalié, premier conseiller,

M. Fanjaud, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le rapporteur,

C. FANJAUD

Le président,

D. LALANDELa greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,