Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303782

jeudi 26 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303782
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait l'arrêté du préfet de police de Paris du 11 janvier 2023 refusant le renouvellement de son titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour trois ans. Le tribunal a examiné les moyens soulevés, notamment ceux tirés de la méconnaissance des articles 7 b et 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation, mais les a écartés comme non fondés. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. B, confirmant ainsi la légalité des décisions préfectorales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi n°2302220/8 du 4 avril 2023, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Melun, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A B, enregistrée le 1er février 2023.

Par cette requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Melun sous le n° 2303782, M. B, représenté par Me Reynolds, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2023 par lequel le préfet de police de Paris a refusé sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre à cette même autorité de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler le temps de cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la légalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tirée de la méconnaissance de l'article L.432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un vice de forme tiré d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance de l'article 7b et bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance de l'article L.251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne et sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention de New-York du

26 janvier 1990 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de forme tiré d'une insuffisance de motivation ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne et sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention de New-York du

26 janvier 1990 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de forme tiré d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne et sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention de New-York du

26 janvier 1990 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, le préfet de police de Paris, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Fanjaud a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 14 janvier 1967 à Sidi M'Hamed (Algérie), déclare être entré sur le territoire français en 1998 et s'y être maintenu depuis lors. Le

14 février 2022, M. B a sollicité, auprès des services de la préfecture de police de Paris, le renouvellement de son certificat de résidence algérien, en application des stipulations des articles 7 b et 7 bis 1° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 11 janvier 2023, le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord () Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ; () ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. () ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance ou le renouvellement du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

3. Pour refuser de renouveler le certificat de résidence algérien de M. B, le préfet de police de Paris a motivé sa décision sur le fait que sa présence en France constituait une menace à l'ordre public et s'est fondé sur le bulletin numéro 2 du casier judiciaire national de M. B transmis le 27 septembre 2022 dans le cadre de l'instruction du dossier de l'intéressé, faisant apparaitre une condamnation pénale, prononcée le 12 juillet 2021, par le tribunal correctionnel de Meaux, à trois mois d'emprisonnement avec sursis assortie d'une interdiction de paraitre dans certains lieux pendant un an, pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, que M. B a été condamné le 12 juillet 2021 à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Ces faits, aussi regrettables soient-il, ne sont pas de nature à caractériser que, par son comportement général, sa présence constituerait, compte tenu par ailleurs des liens qu'il entretient avec son enfant algérien mineur, une menace suffisamment réelle et sérieuse pour l'ordre public susceptible de fonder légalement la décision de refus de renouvellement du titre de séjour qu'il a sollicité. D'autre part, il est constant que M. B est employé depuis le mois de mai 2015 en qualité de serveur dans une brasserie et perçoit une rémunération mensuelle en lien avec cette activité. Dès lors, dans les circonstances particulières de l'espèce, au regard du caractère isolé des faits et en l'absence de réitération de tels actes à la date de la décision attaquée, le caractère actuel et réel de la menace pour l'ordre public que constitue la présence sur le territoire français de M. B n'est pas établi. Dans ces conditions, en estimant que la présence en France de l'intéressé était susceptible de constituer une menace à l'ordre public, le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution / () ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ".

6. Eu égard au motif retenu dans le présent jugement, et seul susceptible de l'être en l'état du dossier, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de Paris ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la demande de certificat de résidence en qualité de salarié de

M. B, en tenant compte du motif d'annulation, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre, à la charge de l'Etat, une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police de Paris du 11 janvier 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification de ce jugement et de lui délivrer durant ce délai une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Pradalié, premier conseiller,

M. Fanjaud, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.

Le rapporteur,

C. FANJAUD

Le président,

D. LALANDELa greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,