Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2305311

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2305311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a rejeté la requête de M. A, un ressortissant afghan, qui contestait la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 12 avril 2023 mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que l'OFII avait procédé à un examen de sa situation personnelle, conformément à l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, car M. A ne s'était pas présenté aux entretiens requis dans le cadre de sa demande d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mai 2023, M. B A, représenté par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 avril 2023 par laquelle la directrice territoriale de

l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil lui a notifié la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil et de lui verser rétroactivement l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 12 avril 2023, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à défaut, d'enjoindre à

l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer sa situation personnelle et ses droits ;

3°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a procédé à aucun examen de sa situation personnelle et n'a pas évalué sa vulnérabilité ; ces vices de procédure ont exercé une influence sur le sens de la décision contestée et l'ont privé d'une garantie ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des faits pertinents.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2024,

l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;

- par une décision du 15 décembre 2023, M. A s'est vu octroyer le statut de réfugié statutaire. Par conséquent, il ne peut plus bénéficier des conditions matérielles d'accueil et ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Par une ordonnance du 19 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 11 octobre 2024 à 12 heures.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juillet 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Luneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né en 1995 à Laghman (Afghanistan), qui a déposé une demande d'asile en France, enregistrée le 6 janvier 2023 selon la procédure dite " Dublin ", a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil (CMA). Par un courrier du 20 mars 2023, l'OFII lui a notifié son intention de mettre fin aux CMA et M. A a présenté ses observations par un courrier du 31 mars 2023. Par une décision du 12 avril 2023, dont le requérant demande l'annulation, la directrice territoriale de l'OFII de Créteil lui a notifié la cessation des CMA.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juillet 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun. Il suit de là que les conclusions que M. A a présentées tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle étant devenues sans objet, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () ".

4. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne également les éléments de fait propres à la situation de M. A et précise notamment qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'étant abstenu de se rendre aux entretiens personnels concernant sa procédure d'asile et qu'avant de prendre cette décision, l'OFII a examiné les besoins de l'intéressé et sa situation personnelle et familiale. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement sans que la circonstance que l'OFII n'ait pas indiqué ni les dates des entretiens personnels auxquels M. A ne s'est pas rendu ni les autorités auprès desquelles il a omis de se rendre ait une influence sur l'exigence de motivation prévue à l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'administration n'ait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A ainsi qu'à l'évaluation de sa vulnérabilité alors qu'il a, à l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile en guichet unique, le 6 janvier 2023, effectivement bénéficié d'un entretien avec un agent de l'OFII, qui n'a pas mis en exergue d'éléments particuliers de vulnérabilité, laquelle a été évaluée à 1 sur une échelle allant de 0 à 3, et qu'il n'a présenté aucun élément nouveau relatif à sa situation. Au demeurant, si aux termes des dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'OFII est tenu de réaliser un entretien tendant à évaluer la vulnérabilité des demandeurs d'asile lors de la présentation de leur première demande, aucune disposition ni aucun principe n'impose qu'un nouvel entretien soit réalisé avant l'édiction d'une décision mettant fin au bénéfice des conditions matérielles. M. A ne peut, dans ces conditions, soutenir avoir été privé d'une garantie.

7. En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier et, notamment, de la décision attaquée, que la directrice territoriale de l'OFII de Créteil a mis totalement fin aux CMA dont bénéficiait M. A au motif qu'il n'avait " pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en [s]'abstenant de [se] rendre aux entretiens personnels concernant [sa] procédure d'asile ". M. A soutient que cette décision le place dans une situation de vulnérabilité et de précarité extrêmes et qu'il n'a jamais manqué volontairement à aucune de ses obligations. Or, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a convoqué le requérant, une première fois, le 27 février 2023 à la structure du premier accueil du demandeur d'asile (SPADA) de Créteil en lui adressant, trois jours plus tôt, un message écrit sur le numéro de téléphone portable qu'il avait communiqué lors de l'offre de prise en charge et dont il produit une capture d'écran dans son mémoire en défense. Compte tenu de sa non-présentation au rendez-vous, il l'a convoqué une seconde fois, le 6 mars 2023, par une lettre du 28 février 2023 adressée à son service d'accompagnement. Dans ces conditions, M. A, qui ne conteste pas ne pas avoir reçu le message téléphonique, ne peut utilement, à l'appui de son moyen, contester la matérialité des faits en invoquant la circonstance qu'il s'est toujours présenté aux convocations des autorités. En outre, l'intéressé n'apporte aucun élément relatif à la situation de vulnérabilité qu'il invoque alors, au demeurant, ainsi que cela ressort des énonciations du point 6. du présent jugement, que l'entretien dont il a bénéficié n'a pas révélé d'éléments particuliers de vulnérabilité. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle à supposer qu'il ait entendu invoquer de tels moyens en soulevant l'" erreur manifeste d'appréciation des faits pertinents ".

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 12 avril 2023 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil lui a notifié la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à

l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Luneau, première conseillère,

M. Demas, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,