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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2306638

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2306638

jeudi 29 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2306638
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDELL'ASINO

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de Mme A... contestant la décision du 16 mai 2023 du président du conseil départemental de Seine-et-Marne restreignant son agrément d'assistante maternelle de quatre à trois places. La requérante invoquait des vices de procédure (irrégularité de l'avis de la commission consultative paritaire départementale, défaut de publication de l'arrêté désignant ses membres, anonymisation de son dossier) et une erreur d'appréciation sur le fond. Le tribunal a examiné ces moyens au regard des articles L. 421-3, L. 421-6, R. 421-23, R. 421-27 et R. 421-30 du code de l'action sociale et des familles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juin 2023 et le 11 décembre 2023,
Mme B... A..., représentée par Me Dell’Asino, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 16 mai 2023 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a prononcé la restriction de son agrément d’assistante maternelle à trois places d’accueil ;

2°) de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne une somme de 5 222 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision a été prise à l’issue d’une procédure irrégulière, dès lors que l’avis émis par la commission consultative paritaire départementale a été rendu en méconnaissance des dispositions des articles R. 421-23 et R. 421-27 du code de l’action sociale et des familles ;
- elle a été prise à l’issue d’une procédure irrégulière, en l’absence de publication de l’arrêté désignant les membres de la commission consultative paritaire départementale, en méconnaissance des dispositions de l’article R. 421-32 du code de l’action sociale et des familles ;
- elle a été prise à l’issue d’une procédure irrégulière dès lors que certaines informations de son dossier administratif ont été anonymisées et ne lui ont pas été communiquées ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors que le département de Seine-et-Marne n’apporte pas la preuve de la réalité des griefs qui lui sont reprochés.


Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2025, le département de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.


Une lettre du 20 août 2025 a informé les parties, en application de l’article R. 611-11-1 du code de justice administrative, que la clôture de l’instruction était susceptible d’intervenir à compter du 29 septembre 2025.


Une ordonnance du 3 octobre 2025 a prononcé la clôture immédiate de l'instruction.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fanjaud,
- les conclusions de M. Pradalié, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

Mme A... a été agréée en qualité d’assistante maternelle par le département de Seine-et-Marne le 28 avril 2016 pour l’accueil à son domicile d’un enfant. Au cours des années 2018 à 2020, Mme A... a bénéficié de plusieurs extensions d’agrément, lequel a été renouvelé en avril 2021 pour l’accueil de quatre enfants. Par une décision du 16 mai 2023, après saisine et avis de la commission consultative paritaire départementale (CCPD), le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a prononcé la restriction de l’agrément d’assistante maternelle de Mme A... à trois places d’accueil au lieu de quatre. Par la présente requête, Mme A... demande au tribunal l’annulation de cette décision.

Sur la légalité externe :

En vertu de l’article L. 421-3 du code de l’action sociale et des familles, l’agrément est accordé aux assistants familiaux si les conditions d’accueil garantissent la sécurité, la santé et l’épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. Aux termes de l’article L. 421-6 du même code : « (…) Si les conditions de l’agrément cessent d’être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d’une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l’agrément (…). (…) ». Aux termes de l’article R. 421-23 du code de l’action sociale et des familles : « Lorsque le président du conseil départemental envisage de retirer un agrément, d'y apporter une restriction ou de ne pas le renouveler, il saisit pour avis la commission consultative paritaire départementale mentionnée à l'article R. 421-27 en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. / L'assistant maternel ou l'assistant familial concerné est informé, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, des motifs de la décision envisagée à son encontre, de la possibilité de consulter son dossier administratif et de présenter devant la commission ses observations écrites ou orales. La liste des représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux à la commission lui est communiquée dans les mêmes délais. L'intéressé peut se faire assister ou représenter par une personne de son choix. / Les représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux à la commission sont informés, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, des dossiers qui y seront examinés et des coordonnées complètes des assistants maternels et des assistants familiaux dont le président du conseil départemental envisage de retirer, restreindre ou ne pas renouveler l'agrément. Sauf opposition de ces personnes, ils ont accès à leur dossier administratif. / (…) ». Aux termes de l’article R. 421-27 de ce même code : « La commission consultative paritaire départementale, prévue par l'article L. 421-6, comprend, en nombre égal, des membres représentant le département et des membres représentant les assistants maternels et les assistants familiaux agréés résidant dans le département. (…) ». Aux termes de l’article R. 421-30 du même code : « Les assistants maternels et les assistants familiaux agréés résidant dans le département élisent leurs représentants titulaires, ainsi qu'un nombre égal de suppléants, au scrutin de liste à la représentation proportionnelle suivant la règle de la plus forte moyenne. (…) ». Enfin, aux termes de l’article R. 421-32 de ce code : « Il est attribué à chaque liste un nombre de sièges de représentants suppléants égal à celui des représentants titulaires. / Les élus sont désignés dans l'ordre de présentation de la liste. Le président du conseil départemental rend publics les résultats des élections. (…) ».

Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

En premier lieu, la requérante soutient que la décision litigieuse est entachée d’un vice de procédure dès lors que le conseil départemental ne justifie pas de la publication des résultats des élections et de la composition de la commission administrative paritaire départementale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et des écritures mêmes de la requérante que le président du conseil départemental de Seine-et-Marne lui a communiqué l’arrêté
n° DGAS/DPMIPS/2021/060 portant désignation des membres de la CCPD, lequel a été régulièrement publié. Au demeurant, en supposant que cet arrêté n’aurait pas été publié au recueil des actes administratifs du département de Seine-et-Marne, il ne résulte pas des éléments produits que cette irrégularité aurait privé l’intéressée d’une garantie ou influencé le sens de la décision, alors notamment que la requérante s’est présentée à la séance de la CCPD et a été en mesure, si elle l’estimait utile, de formuler des observations sur la composition de cette commission. Il s’ensuit que ce moyen doit être écarté.

En deuxième lieu, la requérante soutient que la composition de la CCPD n’était pas paritaire lors de son audition et notamment que la directrice adjointe en charge de la protection maternelle infantile (PMI), représentante de l’administration, était présente lors de la séance alors que figureraient déjà parmi les membres désignés représentant l’administration, trois membres aux cotés des trois autres membres siégeant en qualité de membres élus. Toutefois, d’une part, il ressort du procès-verbal de la CCPD du 19 avril 2023, que la directrice adjointe en charge de la PMI a siégé en sa qualité de médecin-experte et non en tant que membre de la commission. A ce titre, il ne ressort pas de ce procès-verbal que l’experte aurait pris part au délibéré. D’autre part, il ne ressort pas plus des termes de ce procès-verbal que la requérante, qui a comparu assistée de son avocat, aurait formulé une opposition à la présence de la directrice adjointe en charge de la PMI pendant son audition par les membres de la commission. Il s’ensuit que ce moyen doit être écarté.

En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante a pu avoir accès à son dossier administratif préalablement à sa comparution devant la CCPD. A supposer que certaines informations de son dossier administratifs aient été irrégulièrement anonymisées, il ne résulte pas des éléments produits que cette irrégularité aurait privé l’intéressée d’une garantie ou influencé le sens de la décision, alors notamment que Mme A... s’est présentée devant la CCPD en présence de son avocat et a pu formuler des observations sur l’ensemble des griefs qui lui étaient alors reprochés. Il s’ensuit que ce moyen doit être écarté.

Sur la légalité interne :

Aux termes de l’annexe 4-8 du code de l’action sociale et des familles : « (…) Les critères d'agrément définis à la section 1 et à la section 2 sont communs à l'exercice à domicile et en maison d'assistants maternels, à l'exception des dispositions mentionnées ci-dessous qui s'appliquent exclusivement à l'exercice en maison d'assistants maternels : / Section 1 / Les capacités et les compétences pour l'exercice de la profession d'assistant maternel (…) / Sous-section 5 / La connaissance du métier, du rôle et des responsabilités de l'assistant maternel / Il convient de prendre en compte : 1° La capacité à mesurer les responsabilités qui sont les siennes vis-à-vis de l'enfant, de ses parents ainsi que des services départementaux de protection maternelle et infantile, en tenant compte de l'apport des réunions d'information préalables et de la formation obligatoire ultérieure prévues à l'article L. 2112-2 du code de la santé publique ; (…) 3° La connaissance ou la capacité de s'approprier, dans le cadre des réunions d'information obligatoires et de la formation obligatoire ultérieure, les principales règles légales, réglementaires et conventionnelles régissant la profession ; 4° La compréhension et l'acceptation du rôle d'accompagnement, de contrôle et de suivi des services départementaux de protection maternelle et infantile ; (…) ».

Il résulte de ces dispositions et de celles des articles L. 421-3 et L. 421-6 du code de l’action sociale et des familles précitées au point 2, qu’il incombe au président du conseil départemental de s’assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis. A cette fin, dans l’hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l’épanouissement d’un enfant de la part du bénéficiaire de l’agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l’enfant est victime des comportements en cause ou risque de l’être.

Mme A... soutient que la décision litigieuse est entachée d’une erreur d’appréciation dans la mesure où le département de Seine-et-Marne n’apporte pas la preuve des griefs qui lui sont reprochés notamment en ce qui concerne la difficile communication avec les parents, les carences dans la sécurisation de son logement, sa disponibilité et ses capacités d’organisation, et enfin la circonstance qu’elle aurait donné un boudoir à un enfant de sept mois. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et en particulier du procès-verbal de la CCPD en date du 19 avril 2023, que
Mme A... a répondu aux interrogations des membres de la commission en déclarant ne plus se souvenir de la date de la dernière formation professionnelle continue qu’elle a suivie, en précisant qu’elle remonte à l’année 2018 ou 2019. Par ailleurs, Mme A... a expliqué devant les membres de la CCPD ne pas avoir besoin de formation et qu’elle n’en a pas le temps. En outre, Mme A... a reconnu ne pas se tenir informée des nouveaux textes en vigueur qui règlementent la profession. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la requérante ne se conforme pas aux demandes des parents employeurs et qu’elle est peu disposée à se remettre en question, y compris s’agissant de la formation. Dans ces conditions, compte tenu de la nature des faits en cause, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a pu, sans commettre d’erreur d'appréciation, prononcer la restriction de l’agrément de l’intéressée à trois accueils en lieu et place de quatre.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de Mme A... doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au président du conseil départemental de Seine-et-Marne.


Délibéré après l'audience du 8 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,
Mme Tiennot, première conseillère,
M. Fanjaud, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2026.

Le rapporteur,

C. FANJAUD
Le président,

D. LALANDE


La greffière,




C. BOURGAULT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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