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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2306652

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2306652

lundi 28 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2306652
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantMARMIN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. B, ressortissant laotien, contestant l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 15 juin 2023 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que la décision de refus de titre de séjour était suffisamment motivée et que la procédure prévue à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration n'était pas applicable aux demandes de titres de séjour, régies par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sur le fond, il a estimé que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant l'admission exceptionnelle au séjour, faute pour M. B de justifier de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du même code. En conséquence, la mesure d'éloignement n'était pas illégale et ne méconnaissait pas l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juin 2023 et le 25 mars 2025, M. A B, représenté par Me Marmin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2023 du préfet de Seine-et-Marne en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il méconnaît également les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la mesure d'éloignement :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Billandon, vice-présidente ;

- et les observations de Me Marmin, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant laotien né en 1982, est entré en France le 11 juin 2019 muni d'un visa de court séjour. Le 9 juillet 2022, il a demandé au préfet de Seine-et-Marne son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Par un arrêté du 15 juin 2023, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande, a obligé M. B à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il lui refuse un titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant a, ainsi, suffisamment motivé sa décision.

3. En deuxième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile constituent des dispositions spéciales régissant le traitement par l'administration des demandes de titres de séjour, en particulier les demandes incomplètes, que le préfet peut refuser d'enregistrer. Par suite, la procédure prévue à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration n'est pas applicable à ces demandes. Le moyen tiré du vice de procédure doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

5. Au cas particulier, pour refuser d'admettre exceptionnellement au séjour le requérant au titre du travail, le préfet a relevé que le seul fait pour l'intéressé de disposer d'un contrat de travail ou d'une promesse d'embauche ne pouvait constituer à lui seul un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pas plus que sa durée de présence en France ; qu'en outre et, d'une part, son employeur avait transmis une lettre de désistement de son soutien à sa régularisation au motif que l'intéressé souhaitait cesser son activité professionnelle au sein de son entreprise, ce qui était confirmé par un courrier manuscrit de M. B, et quitter le France dès l'obtention d'un titre de séjour et, d'autre part, l'intéressé se prévalant d'une nouvelle promesse d'embauche datée du 9 mai 2023 ne produisait aucune autorisation de travail ni de documents justifiant de l'existence légale de son potentiel employeur. Si M. B, qui établit à l'instance cette existence légale, soutient que le préfet n'a pas, ainsi, tenu compte de sa qualification, de son expérience ni des spécificités de l'emploi occupé, lequel constitue un métier en tension, il n'établit pas que la détention d'un diplôme en cuisine thaïlandaise délivré par un organisme thaïlandais en 2019 et l'occupation d'un emploi de commis de cuisine depuis le 2 octobre 2019 dans différents restaurants asiatiques, constitueraient un motif exceptionnel au sens des dispositions précitées. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.

6. En quatrième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France le 11 juin 2019 est célibataire, que la majeure partie de sa famille, dont ses deux enfants, vit dans son pays d'origine où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 37 ans. S'il produit une attestation établie par un ressortissant français déclarant qu'ils vivent en couple depuis l'année 2020, cette déclaration n'est assortie d'aucune pièce justificative de nature à démontrer la réalité, l'ancienneté et la stabilité de la communauté de vie ainsi invoquée, les documents produits à l'instance faisant seulement état d'une adresse commune à compter du mois de janvier 2022.

7. Il ne résulte pas des faits décrits aux points 5 et 6 que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la mesure d'éloignement qui assortit une décision de refus de séjour édictée sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, dès lors que cette dernière décision est elle-même suffisamment motivée. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que tel était le cas en l'espèce. Le moyen ne peut, dès lors, être accueilli.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ne résulte pas des faits décrits aux points 5 et 6 que la décision attaquée porte au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour sur laquelle elle se fonde, doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 juin 2023 du préfet de Seine-et-Marne en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Jean, première conseillère,

Mme Massengo, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2025.

La présidente-rapporteure,

I. BILLANDON

L'assesseure la plus ancienne,

A. JEANLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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