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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2308396

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2308396

mercredi 24 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2308396
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAKUESSON

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun annule le refus implicite du préfet de Seine-et-Marne de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. La juridiction retient que le préfet a commis une erreur manifeste d’appréciation, compte tenu de la présence continue en France depuis 2013, de l’insertion professionnelle stable et du mariage avec une Française depuis 2020. La décision est fondée sur l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. Le tribunal enjoint au préfet de délivrer un titre « vie privée et familiale » sous trois mois et condamne l’État à verser 1 200 euros au requérant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête, enregistrée le 9 août 2023, M. A... B..., représenté par
Me Akuesson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et de le munir, dans l’attente, d’une autorisation provisoire de séjour.

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B... soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
-
elle a été adoptée par une autorité incompétente ;
-
elle est insuffisamment motivée ;
-
elle n’a pas été précédée d’un examen particulier de sa situation personnelle ;
-
elle méconnait les stipulations des articles 6, 6-1 et 6-5 de l’accord franco-algérien ;
-
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-
elle est entachée d’une erreur manifeste quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n’a pas produit de mémoire en défense.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu
-
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
-
l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
-
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-
le code des relations entre le public et l’administration ;
-
le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Le rapport de Mme Tiennot a été entendu au cours de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :

M. A... B..., ressortissant algérien, né le 21 février 1953 à Béni Ksila (Algérie), déclare être entré irrégulièrement en France en 2008. Par un courrier reçu le
10 mars 2023, il a sollicité la délivrance d’un certificat de résidence algérien sur le fondement des stipulations des articles 6-1 et 6-5 de l’accord franco-algérien. Le silence gardé par le préfet de Seine-et-Marne sur cette demande a fait naitre une décision implicite de rejet dont il demande l’annulation.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

Il ressort des pièces du dossier, en particulier des très nombreuses pièces médicales et de près de la centaine de bulletins de salaire, que M. B... justifie de sa présence en France depuis l’année 2013 et y exerce l’activité de plombier sous contrat de travail à durée indéterminée auprès de la même société, la S.A.R.L C.C.P depuis le mois de novembre 2013. Il justifie ainsi de 9 ans et demi de présence en France à cette même date, ainsi que d’une insertion professionnelle stable et pérenne. En outre, il ressort des pièces du dossier qu’il est marié depuis le 6 juin 2020 avec une ressortissante française, avec qui il justifie mener une vie commune depuis lors. Ainsi, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. B..., le préfet de Seine-et-Marne a commis une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de sa décision sur sa vie personnelle, et de telle sorte que la décision attaquée doit être annulée.




Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :

Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que soit délivré à M. B... un titre de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale ». Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d’y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu, à ce stade, d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais liés au litige :

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.





D E C I D E :





Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B... est annulée.


Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. B... un titre de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale », dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.


Article 3 : L’Etat versera à M. B... la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.











Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de Seine-et-Marne.


Délibéré après l'audience du 4 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,
Mme Tiennot, première conseillère,
Mme Arassus, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 décembre 2025.


La rapporteure,
S. TIENNOT
Le président,
D. LALANDE



La greffière,



C. KIFFER


La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,



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