Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2308895

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2308895
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantSIRAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a rejeté la requête de M. B, un ressortissant éthiopien, qui contestait la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 1er juin 2023 mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil en tant que demandeur d'asile. Le tribunal a jugé que la procédure de cessation était régulière, notamment en ce qui concerne l'évaluation de la vulnérabilité et la motivation de la décision, et que les moyens soulevés par le requérant n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, sans qu'il soit nécessaire d'examiner tous les moyens invoqués. Les textes appliqués sont principalement le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L. 551-16 et L. 522-1.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 août 2023, M. D B, représenté par Me Siran, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 1er juin 2023 de la directrice territoriale de Melun de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant cessation de ses conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile à compter de leur suspension, dans le délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision attaquée :

- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'établit pas avoir procédé à un entretien de vulnérabilité, qu'il n'est pas établi que, le cas échéant, l'agent ayant conduit l'entretien de vulnérabilité aurait reçu une formation spécifique à cette fin, et qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations écrites préalables ;

- est entachée du vice d'incompétence de son auteur ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 15 octobre 2024 à midi.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Massengo a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant éthiopien né en 1985, a présenté une demande d'asile enregistrée le 18 juillet 2022 en procédure dite " Dublin ", ses empreintes ayant été enregistrées en premier lieu en Allemagne. Le même jour, il a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile. Par un arrêté du 16 août 2022, le préfet de police de Paris a décidé son transfert aux autorités allemandes. Par un courrier du 11 mai 2023, la directrice territoriale de Melun de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a informé M. B de son intention de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile puis, par une décision du 1er juin 2023, cette autorité a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de l'intéressé. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes, d'une part, de l'article 18 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " L'aide juridictionnelle peut être demandée avant ou pendant l'instance. ". Aux termes de l'article 20 de la même loi : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. /()/ ".

3. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20 septembre 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, qui est devenue sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". De plus, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur () ". Et enfin, aux termes de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () ".

5. D'une part, s'il résulte des dispositions de l'article L. 522-1 du code susvisé, que l'OFII doit réaliser un entretien avec l'étranger qui a déposé une demande d'asile afin d'évaluer sa vulnérabilité, elles ne lui imposent pas de réaliser un nouvel entretien avant de prendre une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil. Il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité le 4 août 2022 suite à l'enregistrement de sa demande d'asile, mené par un agent auditeur de l'OFII dont aucune pièce du dossier ne permet de tenir pour établi qu'il n'aurait pas reçu une formation spécifique.

6. D'autre part, il résulte des pièces du dossier que par un courrier du 11 mai 2023, reçu le 15 mai 2023, M. B a été informé de l'intention de la directrice territoriale de Melun de l'OFII de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait, et lui a laissé un délai de quinze jours pour présenter ses observations écrites. En dépit de cette information, M. B n'a pas présenté d'observations écrites et la directrice territoriale de Melun de l'OFII a décidé, au terme du délai imparti, la cessation des conditions matérielles d'accueil de l'intéressé. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations écrites. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure préalable à l'édiction de la décision attaquée doit être écarté en toutes ses branches.

7. En deuxième lieu, la signataire de la décision attaquée, Mme C A, directrice territoriale de l'OFII de Melun, a reçu délégation de signature du directeur général de l'OFII par une décision en date du 22 juin 2020 à l'effet de signer notamment la décision en litige de cessation des conditions matérielles d'accueil. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'incompétence.

8. En troisième lieu, la décision attaquée énonce les dispositions légales applicables ainsi que les faits qui en constituent le fondement. Par suite, et dès lors que la motivation d'une décision administrative ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

9. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier que la directrice territoriale de Melun de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. B, notamment en ce qui concerne sa situation personnelle et sa vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être rejeté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : /()/ 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; /()/ ".

11. En sixième lieu, la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil du 1er juin 2023 est fondée sur le non-respect par M. B des exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Ce dernier ne conteste pas avoir manqué trois convocations des services de la préfecture de police de Paris les 8 décembre 2022, 19 janvier 2023 et 23 mars 2023, mais soutient d'une part qu'à compter du 20 octobre 2022, date de son intégration au centre d'hébergement situé à Meaux, sa demande d'asile relevait de la compétence du préfet de Seine-Marne, de sorte qu'il n'était pas tenu de se rendre aux convocations émises par le préfet de police de Paris. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 16 août 2022, le préfet de police de Paris a prononcé le transfert de l'intéressé aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Cette autorité devait donc être regardée comme chargée de l'asile au sens des dispositions précitées, de sorte que M. B ne pouvait s'abstenir de se rendre aux convocations qu'elle a émises en vue de l'exécution de l'arrêté de transfert. D'autre part, si le requérant soutient qu'il était dans l'impossibilité d'honorer les rendez-vous en raison de perturbations du trafic causées par des mouvements de grève, il ne produit aucun élément permettant de tenir ses allégations pour établies ou de justifier qu'il était matériellement empêché de se déplacer à Paris depuis son lieu de résidence. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile et la directrice territoriale de Melun de l'OFII n'a, dès lors, pas méconnu les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en décidant la cessation des conditions matérielles d'accueil de l'intéressé.

12. En septième et dernier lieu, M. B soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation, dès lors qu'il présente une vulnérabilité psychologique liée à son parcours de vie et qu'il est contraint de vivre sans domicile. Toutefois, ces circonstances, que les pièces ne suffisent d'ailleurs pas d'établir, ne permettent pas de considérer que la directrice territoriale de Melun de l'OFII aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Au surplus, il résulte des constations opérées au point précédent que l'intéressé a fait obstacle à la mesure de transfert aux autorités allemandes en ne se présentant pas aux convocations, procédure qui lui aurait pourtant permis de bénéficier en Allemagne de l'aide aux demandeurs d'asile.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. B.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Siran et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Massengo, conseillère,

Mme Bourrel Jalon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La rapporteure,

C. MASSENGO

La présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,