Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2309959

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2309959
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation14ème chambre, DALO

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun annule la décision du 13 juillet 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable (DALO) du Val-de-Marne a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement de M. B. Le tribunal juge que la commission a commis une erreur d'appréciation en estimant que M. B ne remplissait pas les conditions de permanence de résidence en France, alors qu'il était titulaire d'une carte de séjour valable jusqu'en 2033, conformément à l'article R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation. Il enjoint à la commission de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 septembre 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 juillet 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de réexaminer sa demande tendant à la reconnaissance de son droit à un logement décent et indépendant tenant compte de ses besoins et capacités.

Il soutient que :

- son titre de séjour, qui expirait le 30 janvier 2023, a été renouvelé

jusqu'au 30 janvier 2033 ;

- il est salarié au sein des tribunaux de Paris sous contrat à durée indéterminée dans un restaurant, et perçoit à ce titre une rémunération d'environ 2 000 euros net par mois ;

- résident au sein de la résidence sociale ADEF, il est à jour de l'ensemble de ses loyers.

La requête a été communiquée au préfet du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C, premier vice-président, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. C, les parties n'y étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne un recours amiable enregistré le 30 janvier 2023 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Cette commission de médiation a rejeté son recours par une décision du 13 juillet 2023 dont M. B doit être regardé comme demandant l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir () ". Aux termes de l'article R. 300-2 du même code : " Remplissent les conditions de permanence de la résidence en France mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1 les étrangers autres que ceux visés à l'article R. 300-1 titulaires : / 1° Soit d'un titre de séjour d'une durée égale ou supérieure à un an, sous réserve que celui-ci ne soit pas périmé ;() ".

3. Pour rejeter la demande présentée par M. B, la commission de médiation a relevé que celui-ci ne remplissait pas les conditions de permanence de la résidence en France mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1 et, par voie de conséquence, les conditions d'accès au droit au logement fixées à l'article R. 441-1 du code de la construction et de l'habitation. La situation du requérant, de nationalité mauritanienne, est régie par les dispositions de l'article R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation. Il ressort des pièces du dossier que M. B était, dès la date d'introduction de son recours amiable,

le 30 janvier 2023, titulaire d'une carte de séjour renouvelée dont la validité court

jusqu'au 30 janvier 2033. Dans ces conditions, la commission de médiation a fait une inexacte appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation. Dès lors, la décision attaquée de la commission de médiation doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ".

5. L'annulation de la décision de la commission de médiation refusant de reconnaître un caractère prioritaire et urgent à la demande de logement de M. B implique nécessairement que la commission se prononce de nouveau sur cette demande, en tenant compte des motifs du présent jugement. Il y a donc lieu d'enjoindre à la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne de réexaminer la demande de logement de l'intéressé et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er: La décision du 13 juillet 2023 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation du droit au logement opposable

du Val-de-Marne de réexaminer la demande de logement de M. B et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Val-de-Marne et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

O. C

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,