Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2310278
mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2310278 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 14ème chambre, DALO |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er octobre 2023, M. A B C demande au tribunal d'annuler la décision du 7 septembre 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a rejeté le recours gracieux qu'il a formé contre la décision du 25 mai 2023 portant rejet de son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente.
Il soutient que :
- il lui est impossible de justifier la situation locative de son frère majeur car il est autiste et sans domicile fixe, tout comme lui ;
- il a fourni des attestations d'élection de domicile ainsi qu'un justificatif de son allocation adulte handicapé.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui a produit le dossier constitué par la commission de médiation pour l'instruction de la demande de M. B C.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- l'arrêté du 22 décembre 2020 relatif au nouveau formulaire de demande de logement locatif social et aux pièces justificatives fournies pour l'instruction de la demande de logement locatif social ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. D, premier vice-président, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de
l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. D, les parties n'y étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B C a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne un recours amiable enregistré
le 30 novembre 2022 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Cette commission de médiation a rejeté son recours comme irrecevable par une décision du 25 mai 2023, puis a rejeté le recours gracieux formé
par M. B C contre cette décision le 7 septembre 2023. Par sa requête, il doit être regardé comme demandant l'annulation de ces deux décisions.
Sur le cadre juridique applicable :
2. Aux termes de l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation : " La commission est saisie par le demandeur dans les conditions prévues au II ou au III de l'article L. 441-2-3. La demande, réalisée au moyen d'un formulaire répondant aux caractéristiques arrêtées par le ministre chargé du logement et signée par le demandeur, précise l'objet et le motif du recours, ainsi que les conditions actuelles de logement ou d'hébergement du demandeur. Elle comporte, selon le cas, la mention soit de la demande de logement social déjà enregistrée assortie du numéro unique d'enregistrement attribué au demandeur, sauf justification particulière, soit de la ou des demandes d'hébergement effectuées antérieurement. Le demandeur fournit, en outre, toutes pièces justificatives de sa situation. Les pièces justificatives à fournir obligatoirement sont fixées par l'arrêté précité. La réception du dossier, dont la date fait courir les délais définis aux articles R. 441-15 et R. 441-18, donne lieu à la délivrance par le secrétariat de la commission d'un accusé de réception mentionnant la date du jour de la réception de la demande. Lorsque le formulaire n'est pas rempli complètement ou en l'absence de pièces justificatives obligatoires, le demandeur en est informé par un courrier, qui fixe le délai de production des éléments manquants, délai pendant lequel les délais mentionnés aux articles R. 441-15 et R. 441-18 sont suspendus. () ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 22 décembre 2020 : " La liste des pièces justificatives pour l'instruction de la demande de logement social mentionnée à l'article R. 441-2-4 du code de la construction et de l'habitation est annexée au présent arrêté ".
3. En vertu de l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation, le demandeur qui saisit la commission de médiation au moyen d'un formulaire dont le modèle est prévu par arrêté ministériel, doit préciser l'objet et le motif de son recours amiable, ses conditions de logement ou d'hébergement, et fournir les pièces justificatives permettant de démontrer qu'il se trouve effectivement dans la situation au titre de laquelle il souhaite que sa demande soit reconnue comme prioritaire et urgente. Parmi les pièces obligatoires qui doivent être produites par le demandeur, le paragraphe I. de l'annexe à l'arrêté du 22 décembre 2020 prévoit, au titre de l'identité du demandeur et de la régularité de son séjour : " a) Pièce d'identité (carte nationale d'identité, passeport) du demandeur ; () ". Parmi les pièces obligatoires qui doivent être produites par le demandeur, le paragraphe II. B. de cette même annexe prévoit, au titre du revenu fiscal de référence des personnes appelées à vivre dans le logement : " a) Avis d'imposition indiquant le revenu fiscal de référence de l'année N-2 pour toutes les personnes appelées à vivre dans le logement ou à défaut avis de situation déclarative à l'impôt sur le revenu ou à défaut document de taxation ; () ". Parmi les pièces complémentaires que le service instructeur peut demander au demandeur au titre de la situation familiale figure notamment le livret de famille ou document équivalent démontrant le mariage, un jugement de divorce ou une convention homologuée en cas de divorce par consentement mutuel, au titre de l'appréciation du montant des ressources mensuelles : " Tout document justificatif des revenus perçus pour toutes les personnes appelées à vivre dans le logement : () -prestations sociales et familiales (allocation d'adulte handicapé, revenu de solidarité active, allocations familiales, prestation d'accueil du jeune enfant, prime d'activité, allocation journalière de présence parentale, allocation d'éducation d'enfant handicapé, complément familial, allocation de soutien familial ) : attestation de la Caisse d'allocations familiales (CAF)/ Mutualité sociale agricole (MSA), allocation de solidarité aux personnes âgées ; () ", et, au titre de la santé, du handicap et de la perte d'autonomie du demandeur : " (): carte mobilité inclusion invalidité ou carte d'invalidité pour les personnes qui en sont titulaires à titre définitif ; décision d'attribution d'un droit ou d'une prestation par une commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées ; décision d'attribution d'une pension d'invalidité par un organisme de sécurité sociale ; décision d'attribution de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) ".
4. Si la commission de médiation peut solliciter la production des pièces exigibles dont la communication est rendue obligatoire par les dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation et l'arrêté du 22 décembre 2020 susvisé, elle ne peut légalement rejeter un recours amiable comme étant incomplet que si elle n'est pas en mesure, avec les éléments dont elle dispose, d'apprécier les mérites du recours amiable qui lui est soumis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Par sa décision du 25 mai 2023, la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a rejeté le recours amiable présenté par M. B C au motif qu'il n'avait pas fourni l'ensemble des pièces obligatoires à l'examen de son dossier, notamment les justificatifs des ressources déclarées des trois derniers mois de son frère majeur. Par sa décision rendue le 7 septembre 2023, cette même commission de médiation a rejeté le recours gracieux formé par l'intéressé aux motifs qu'il n'avait pas apporté d'éléments supplémentaires permettant à la commission de médiation de prendre une décision favorable et qu'il n'avait pas répondu à la demande d'informations complémentaires concernant la situation locative de son frère majeur.
6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la lettre du 8 décembre 2022 du service instructeur de la commission de médiation du Val-de-Marne, demandant à M. B C de justifier de sa situation familiale, notamment par la production d'un livret de famille, un jugement de divorce ou une ordonnance de non-conciliation, de produire une copie recto-verso d'une pièce d'identité, d'un titre de séjour ou d'un certificat, en cours de validité, concernant son frère Biakan, une copie recto-verso du dernier avis d'imposition ou de non-imposition de son frère, notamment un avis sur les revenus de 2021 valant avis d'impôt établi en 2022, un justificatif fourni par la CAF ou la MSA avec le détail des prestations perçues en août et en septembre 2022, un document justificatif du handicap de son frère, notamment une carte d'invalidité, une décision d'une commission compétente ou d'un organisme de sécurité sociale, des précisions sur l'inadaptation de son logement au handicap et sur la présence ou non d'un ascenseur dans l'immeuble, des justifications concernant des demandes auprès du propriétaire sur la mise en conformité du logement compte tenu du handicap et des justifications de sollicitations auprès de son propriétaire d'aides à l'adaptation du logement.
7. À la suite de ce courrier, M. B C a adressé au service instructeur de la commission de médiation le passeport et la carte nationale d'identité de son frère, en précisant que ces documents étaient en cours de renouvellement, l'avis d'imposition pour l'année 2021, ses propres attestations de paiement de la CAF pour les mois d'août et septembre 2022 et une convocation du tribunal judiciaire de Créteil émise en vue de procéder à une tentative de conciliation dans le cadre de la procédure de divorce engagée par son conjoint. Toutefois, il est constant qu'à la date de la décision du 25 mai 2023,
M. B C n'avait pas produit l'ensemble des pièces attendues de lui.
8. Toutefois, sa demande initiale ayant été rejetée, il a transmis, à l'appui de son recours gracieux, une attestation de paiement de la CAF indiquant le montant des prestations perçues par son frère pour chacun des mois de juillet à novembre 2022, la décision approuvant l'octroi d'une allocation adultes handicapés à son frère à compter
du 1er décembre 2022, le récépissé de demande de titre biométrique de son frère, sa propre décision d'octroi de l'allocation adulte handicapés, sa carte mobilité inclusion mention " invalidité " et son avis d'imposition pour 2021 établi en 2022. Il a en outre produit à cette occasion le détail des prestations sociales perçues par son frère et lui pour les mois d'avril à juin 2023. Par suite, en rejetant le recours gracieux de M. B C au motif qu'il n'avait pas répondu à la demande d'informations complémentaires, la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a en revanche entaché sa décision d'une erreur de fait, alors au demeurant que l'intéressé ne pouvait justifier de la situation locative de son frère majeur, celui-ci étant sans domicile fixe.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 7 septembre 2023 rejetant son recours gracieux.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 7 septembre 2023 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B C, au préfet du Val-de-Marne et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
O. D
La greffière,
M. E
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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