Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2311139

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2311139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. B, ressortissant chinois, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour "étudiant" et l'obligation de quitter le territoire français prise par la préfète du Val-de-Marne le 14 septembre 2022. La requête a été jugée irrecevable en raison de sa tardiveté, le pli recommandé contenant la décision ayant été régulièrement notifié à l'intéressé le 21 septembre 2022 et le délai de recours de trente jours n'ayant pas été respecté. Le tribunal s'est fondé sur les articles L. 614-1 et L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour constater cette irrecevabilité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 octobre 2023 et 14 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Teng, demande au tribunal, dans le cadre de ses dernières écritures :

1°) d'annuler les décisions en date du 14 septembre 2022 par lesquelles la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement sous astreinte de 600 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours sous astreinte de 400 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 432-1 et L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour entache d'illégalité la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 novembre 2024, la préfète du Val-de-Marne, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que la requête est tardive et que les moyens développés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Meyrignac ;

- et les observations de Me Teng, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant chinois né en 1997, est entré en France en août 2017 sous couvert d'un visa de long séjour. Il a bénéficié de cartes de séjour pluriannuelles portant la mention " étudiant ", dont la dernière expirait le 23 septembre 2021 et dont il a sollicité le renouvellement le 23 décembre suivant. Par arrêté du 14 septembre 2022, la préfète du Val-de-Marne a rejeté cette demande et l'a obligé à quitter le territoire français. Par la requête précitée, l'intéressé demande l'annulation des décisions contenues dans ledit arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de l'arrêté contesté : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision ".

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Eu égard aux modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

4. Il ressort des pièces du dossier que le pli contenant l'arrêté contesté du 14 septembre 2022 a été envoyé au requérant par lettre recommandée du 20 septembre 2022, que l'avis de réception indique qu'il a été présenté/avisé le lendemain et qu'il a été retourné à la préfecture du Val-de-Marne le 12 octobre suivant avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la production de cet avis de réception est de nature, alors par ailleurs que, contrairement à ce que soutient M. B, l'adresse mentionnée sur le pli ne comporte aucune erreur ni ambiguïté, à justifier de la notification régulière dudit pli. Par ailleurs, les circonstances que l'administration ne l'a, à aucun moment au cours de leurs échanges ultérieurs, informé de l'existence de cet arrêté et que ce dernier ne lui a été remis en mains propres que le 20 septembre 2023 sont sans incidence sur le délai de recours contentieux qui a couru à compter de la notification de cet arrêté. Dans ces conditions, la préfète du Val-de-Marne est fondée à faire valoir que l'arrêté en litige a été notifié au requérant le 21 septembre 2022 et que la requête enregistrée le 20 octobre 2023, présentée au-delà du délai de trente jours à compter de cette notification, prévu par les dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est tardive et partant irrecevable. Il y a donc lieu d'accueillir cette fin de non-recevoir et de rejeter, pour ce motif, la requête.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé : P. MeyrignacLe président,

Signé : N. Le Broussois

La greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,