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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2311522

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2311522

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2311522
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantADRIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 31 octobre 2023 et 15 février 2024, Mme D A, représentée par Me Adrien, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée en cas d'inexécution ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 octobre 2024 à midi.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Massengo a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante serbe née en 1961, déclare être entrée en France le 18 mai 2015 pour rejoindre sa fille, titulaire d'un droit au séjour sur le territoire. L'intéressée a déposé une demande d'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 octobre 2023, la préfète du Val-de-Marne a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes, d'une part, de l'article 18 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " L'aide juridictionnelle peut être demandée avant ou pendant l'instance. ". Aux termes de l'article 20 de la même loi : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. / () ".

3. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20 décembre 2023, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, qui est devenue sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2023/02910 du 1er mars 2021 publié au recueil des actes administratifs du même jour et au demeurant visé dans l'arrêté attaqué, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation de signature à M. B C, sous-préfet de Nogent-sur-Marne, à l'effet de signer l'ensemble des actes relatifs aux attributions de l'Etat dans l'arrondissement de Nogent-sur-Marne, au nombre desquels figurent les actes relevant de la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce les dispositions légales applicables ainsi que les faits qui en constituent le fondement. Par suite, et dès lors que la motivation d'une décision administrative ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. Mme A soutient qu'elle est entrée en France en 2015, à la suite de son divorce prononcé en Serbie pour rejoindre sa fille, titulaire d'une carte de résident et mère d'une fille de nationalité française née le 24 février 2015 dont elle s'occupe quotidiennement depuis sa naissance. Toutefois, s'il est constant que Mme A est entrée en France le 18 mai 2015 et que son divorce a été prononcé le 8 mai 2015, les pièces produites par la requérante ne permettent pas d'établir qu'elle y résiderait de manière continue depuis lors. En tout état de cause, à supposer même qu'elle dispose d'une résidence habituelle sur le territoire depuis 2015, cette circonstance, ainsi que celles relatives à l'aide qu'elle apporterait à sa fille pour garder son enfant pendant qu'elle travaille en tant qu'aide-soignante et au suivi médical régulier dont elle bénéficie, ne sont pas suffisantes pour considérer que la préfète du Val-de-Marne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation en refusant son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées.

8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il résulte des constatations opérées au point 7 que Mme A n'établit pas sa résidence continue depuis 2015 au domicile de ses fille et petite-fille. En outre, la requérante, âgée de cinquante-quatre ans lors de son entrée en France, ne conteste pas que sa fille s'est installée sur le territoire français huit ans plus tôt, en 2007. De plus, si Mme A soutient qu'elle n'a plus d'attaches familiales dans son pays d'origine, elle ne produit aucune pièce permettant de tenir ses allégations pour établies et de contester utilement la présence en Serbie de ses deux frères et de sa sœur, relevée par la préfète du Val-de-Marne. Dans ces conditions, la préfète du Val-de-Marne n'a porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A aucune atteinte disproportionnée aux buts poursuivis par la décision et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit, dès lors, être écarté.

10. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention précitée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Il ressort des pièces du dossier que la petite-fille de Mme A, de nationalité française, vit avec sa mère titulaire d'une carte de résident et employée en tant qu'aide-soignante dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées. Si Mme A produit des pièces relatives à son rôle dans la garde et l'éducation de cet enfant, ce seul fait ne permet pas de considérer que la décision attaquée porterait atteinte à l'intérêt supérieur de la petite-fille. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée, par les seuls moyens qu'elle invoque, à demander l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, la décision de refus de délivrance de titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision d'obligation de quitter le territoire français, doit être écartée.

14. En deuxième lieu, l'arrêté vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il résulte des constatations opérées au point 5 que la décision portant refus de délivrance du titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, la décision d'obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas à faire l'objet d'une motivation en fait distincte du refus de titre de séjour qui la fonde, est suffisamment motivée.

15. En troisième lieu, il résulte des constatations opérées aux points 7 et 9 que la décision d'obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est entachée d'aucune erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de Mme A.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

17. La décision d'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écartée.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de la préfète du Val-de-Marne du 2 octobre 2023, doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil de Mme A, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, la somme de 1 500 euros au titre des frais qu'elle aurait exposés si elle n'avait pas bénéficié de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de Mme A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Adrien et au préfet du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Massengo, conseillère,

Mme Bourrel Jalon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.

La rapporteure,

C. MASSENGO

La présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

L. LE GRALL

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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