Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 novembre 2023 et le 13 novembre 2025, la fédération Interco CFDT, représentée par Me Boussoum, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 21 novembre 2022 par laquelle la présidente du centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de création d’une formation spécialisée en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail au sein du comité social territorial ;
2°) d’enjoindre au centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale de Seine-et-Marne de créer sans délai une formation spécialisée en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale de Seine-et-Marne la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors que l’article L. 251-9 du code général de la fonction publique impose la création d’une formation spécialisée en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2025, le centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale de Seine-et-Marne, représenté par sa présidente en exercice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;
- les moyens soulevés par la fédération requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 3 octobre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 14 novembre 2025 à midi.
Le centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale de Seine-et-Marne a été invité, en application de l’article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des éléments ou des pièces en vue de compléter l’instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Bourrel Jalon, rapporteure,
- les conclusions de Mme Leconte, rapporteure publique,
- et les observations de M. A..., représentant le centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale de Seine-et-Marne.
Considérant ce qui suit :
Par un courrier du 14 novembre 2022, la fédération Interco CFDT a demandé à la présidente du centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale de Seine-et-Marne de créer, au sein du comité social territorial, une formation spécialisée en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail (FSSSCT). Par une décision du 21 novembre 2022, cette autorité a rejeté la demande de la fédération Interco CFDT. Par la présente requête, la fédération Interco CFDT demande l’annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, la motivation de la décision par laquelle le président d’un centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale refuse de créer une FSSSCT au sein du comité social territorial n’est exigée par aucun texte ni aucun principe. En tout état de cause, la décision attaquée mentionne les dispositions du code général de la fonction publique et les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
En second lieu, aux termes de l’article 32 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, codifié aux articles L. 251-5 et L. 251-8 du code général de la fonction publique : « Un comité social territorial est créé dans chaque collectivité ou établissement employant au moins cinquante agents ainsi qu'auprès de chaque centre de gestion pour les collectivités et établissements affiliés employant moins de cinquante agents. (…) / Les agents employés par les centres de gestion relèvent des comités sociaux territoriaux créés dans ces centres. / (…) ». Aux termes de l’article 32-1 de cette loi, codifié à l’article L. 251-9 du code général de la fonction publique : « I. - Dans les collectivités territoriales et les établissements publics employant deux cents agents au moins, une formation spécialisée en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail est instituée au sein du comité social territorial. / En dessous de ce seuil, cette formation peut être créée par décision de l'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement concerné lorsque des risques professionnels particuliers le justifient. / (…) ». Aux termes de l’article 13 de cette loi, codifié à l’article L. 452-1 du code général de la fonction publique : « Les centres de gestion de la fonction publique territoriale sont des établissements publics locaux à caractère administratif (…) » Aux termes de l’article 23 de cette loi, codifié à l’article L. 452-38 du code général de la fonction publique : « (…) / II.- Les centres de gestion assurent pour leurs agents, y compris ceux qui sont mentionnés à l'article 97, et pour l'ensemble des agents des collectivités territoriales et établissements publics affiliés, les missions suivantes, sous réserve des dispositions du II de l'article 12-1 : / (…) / 10° Le fonctionnement des comités sociaux territoriaux dans les cas et conditions prévus à l'article 32 (…) ».
Il résulte ce qui précède que le comité social territorial créé par le centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale de Seine-et-Marne est compétent pour les collectivités territoriales et les établissements publics de son ressort employant moins cinquante agents ainsi que pour ses propres agents. Or, alors qu’il n’est pas contesté que le centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale de Seine-et-Marne employait moins de deux cents agents à la date de la décision attaquée, il ne résulte pas des dispositions précitées que ce seuil devrait être comptabilisé en prenant en compte l’ensemble des agents des collectivités territoriales et établissements publics employant moins de cinquante agents affiliés au centre de gestion. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient la fédération requérante, le centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale de Seine-et-Marne n’avait pas l’obligation de créer, au sein de son comité social territorial, une FSSSCT. Par suite, la requérante n’est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d’une erreur de droit.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que la fédération requérante n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision de la présidente du centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale de Seine-et-Marne du 21 novembre 2022.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation, n’implique aucune mesure d’exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l’instance :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale de Seine-et-Marne, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse à la fédération Interco CFDT la somme qu’elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la fédération Interco CFDT est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la fédération Interco CFDT et au centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale de Seine-et-Marne.
Copie en sera adressée pour information au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 8 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Massengo, première conseillère,
Mme Bourrel Jalon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 janvier 2026.
La rapporteure,
A. BOURREL JALONLa présidente,
I. BILLANDON
La greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,